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La revengeance des duchesses

Archives de l’auteur : Alix Paré-Vallerand

Que sont nos duchesses devenues? (partie 1)

Vous l’avez sans doute remarqué, nous sommes en plein recrutement pour la Revengeance des duchesses 2018. Histoire que nos candidates potentielles aient une idée de l’expérience, nous avons demandé à nos anciennes duchesses de répondre à un petit questionnaire ludique, digne d’une revue à potins.

Déclinez votre identité.
Marjorie Champagne, duchesse de Limoilou 2010 et Reine-Mère ;) [N.D.L.D. : Cofondatrice de la Revengeance des duchesses en 2010].
Chips ou popcorn?
Popcorn rose!

Marjorie Champagne, crédit : Cathy Lessard

Crédit : Cathy Lessard

Quels sont tes conseils pour l’aspirante duchesse?
Prends parole, agis, et profite de ce moment pour grandir et te faire de nouvelles amies! Parce que la solidarité entre femmes, entre sœurs, cest important.

Qu’est-ce que la Revengeance a apporté dans ta vie?
J’ai réalisé que j’étais féministe depuis toujours! Je me souviens du moment où, en décrivant le projet, j’ai utilisé le mot « féministe », qui n’était pas à la mode du tout en 2010. Je me suis questionnée longtemps avant de l’utiliser mais ça faisait tellement de sens. Presque toutes les décisions prises autour du développement du projet de la Revengeance ont été effectuées en fonction de cette valeur première, ainsi que celle de la prise de parole, du respect de la différence des participantes, ainsi que du plaisir et de la créativité. Parce que oui, « Girls just wanna have fun », mais un peu plus que ça aussi quand même.

Si tu avais l’occasion d’être à nouveau duchesse d’un jour, que ferais-tu?
Je serais beaucoup plus radicale dans mes publications et mes actions. Je réalise que les safe spaces sont rares et que la Revengeance en est un. Il faut en profiter pour s’exprimer artistiquement, de manière engagée ou pas, et crier haut et fort « J’existe! ». Bref, j’existerais encore plus et je ferais encore plus de bruit. On dirait que plus je vieillis, moins je m’assagis. Je suis plus sûre de mon affaire, comme on dit.
Trouves-tu que ton duché vieillit bien?
Je n’habite plus Limoilou, mais disons qu’entre le Limoilou de 2010 et celui de 2018, y’a tout un gap! Limoilou est rendu une place trendy-cool-hip. C’est bien en un sens, mais il faut faire attention à la gentrification, à la prise de pouvoir du quartier par des gens qui ne veulent pas nécessairement améliorer la qualité de vie des citoyens mais plutôt faire du cash. Limoilou doit demeurer un quartier accessible aux jeunes familles qui veulent demeurer en ville. Et pas seulement aux familles riches. La mixité sociale doit perdurer et malheureusement, en ce moment, elle est menacée.

Déclinez votre identité.
Ariane Lessard, duchesse de Saint-Sauveur 2014.
Saint-Sauveur
Un talent inusité (caché ou pas)?
Écrire d’la poésie topless su’la bol.
Quels sont tes conseils pour l’aspirante duchesse?
Sois laide et exprime-toi.
Quest-ce que la Revengeance a apporté dans ta vie?
Des amies de la douceur une vitrine pis des drinks gratuits.
Si tu avais l’occasion d’être à nouveau duchesse d’un jour, que ferais-tu?
Une duchesse luchador masquée mais aussi plus d’actions féministes à Québec.
Un ou des regrets?
Ne pas avoir gagné.
Trouves-tu que ton duché vieillit bien?
J’hope que oui. Perso j’ai déménagé à Montréal, mais chaque fois que je vois des photos de St-Sô, je meurs un peu en dedans.

Déclinez votre identité.
Jessica Landry, duchesse de Ville-Vanier 2015.
Un talent inusité (caché ou pas)?
Je chante l’opéra.
Quel pouvoir de super-héroïne vous serait le plus utile?
Détecter lorsque les gens mentent.
Quels sont tes conseils pour l’aspirante duchesse?
Si tu es sélectionnée, oublie ta vie, ta famille, lâche ta job, tes études et profites-en à fond parce que tu vas voir que ça passe trop vite.
Qu’est-ce que la Revengeance a apporté dans ta vie?
TOUTE mais plus précisément un réseau de contacts composé de belles femmes intelligentes, l’occasion de me faire aller le mojo à plusieurs occasions sur scène.
Si tu avais l’occasion de rencontrer la personne que tu étais avant la Revengeance, que lui dirais-tu?
Cette idée folle que tu as en tête pour la Revengeance, enlève-toi les doigts du nez et réalise-la!
Jessica - Vanier_01
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Top 10 des mauvaises raisons de ne pas participer à la Revengeance

Cest l’heure du recrutement à la Revengeance. Nous avons remarqué que certaines aspirantes duchesses se retiendront de s’inscrire à cause de certains mythes tenaces! Ce top 10 des mauvaises raisons de ne pas participer à la Revengeance des duchesses vise à rassurer les candidates réticentes.

1– Je n’ai pas le temps.

D’un œil extérieur, les duchesses ont l’air jetset pendant la Revengeance : lancement, couronnement, tournée des bars, conférences, articles de blogue, etc. Vous vous demandez certainement comment elles font pour trouver le temps de tout faire. Dans les faits, la « duchesserie » exige un engagement réaliste. La principale tâche de la duchesse est d’alimenter le blogue de la Revengeance avec un minimum de quatre articles qui peuvent, bien sûr, être rédigés d’avance (pendant le temps des fêtes, si ça vous chante!).

La plupart des événements, pendant les deux semaines de la Revengeance, se déroulent en soirée. La seule journée complète où on vous réquisitionne, c’est le samedi 9 décembre 2017, pour le tournage des capsules vidéo et la séance photo. Pour avoir plus d’informations sur les dates, nous vous invitons à consulter le formulaire de candidature ici.

2– Je suis timide.

Vous trouvez qu’on a l’air extraverties sur nos photos de duchesses : c’est trompeur! La cohorte de la Revengeance 2017 peut en témoigner : sur neuf duchesses, les « duchs » 2017 étaient en majorité des gênées qui le cachent bien. Que vous soyez timide ou extravertie, la Revengeance est pour vous et une équipe entière sera là pour vous mettre à l’aise!

3– Je ne suis pas féministe.

Notre Reine-Mère, Marjorie Champagne, ne se disait pas féministe lors de la création de la Revengeance des duchesses, en 2010. Dans les faits, elle était une féministe née qui s’ignorait. Sait-on jamais, peut-être êtes-vous une féministe, au fond. Pour en savoir plus sur la démarche féministe de la Revengeance, nous vous conseillons de lire l’historique de la Revengeance des duchesses ainsi que ce billet de Mickaël Bergeron, duchesse de Limoilou 2017.

4– Je n’ai pas d’idées.

Avoir carte blanche pour écrire des articles de blogue peut être intimidant, mais on s’y habitue (parlez-en à d’anciennes duchesses). On vous encourage à visiter nos archives et à écumer les billets de blogue des années précédentes pour vous donner des idées. Libre à vous de produire des vidéos, des podcasts, des recettes, d’écrire des poèmes, de dessiner, de faire des entrevues, d’écrire des articles historiques, de danser le bacon au beau milieu de la rue.

5– Je ne suis pas de Québec.

La Revengeance cherche à élargir ses frontières, justement. En 2017, la Revengeance a sélectionné trois duchesses de la grande région de Québec (Portneufîle d’Orléans et Lévis). Les possibilités de duché sont infinies!

6– Je ne connais pas ça.

Ça tombe bien, on a une foire aux questions bien remplie!

7– Je ne suis pas assez cool.

On n’est plus au secondaire! Nul besoin d’être cool et branché pour participer. S’inscrire à la Revengeance est une expérience de groupe où toutes peuvent s’exprimer sans jugement.

8– Je suis trop vieille.

À la Revengeance, nous n’avons pas de limite d’âge : que tu sois une prof nouvellement retraitée, une fringante du Vieux-Québec ou une baby-boomer de Montcalm, le seul prérequis, pour être duchesse de la Revengeance, c’est d’avoir plus de 18 ans.

9– Je n’ai pas l’air d’une duchesse.

Tu peux être une duchesse barbue, être non binaire dans le genre, être queer, avoir les cheveux courts, être née avant la Révolution tranquille, être née ailleurs qu’au Québec, à la Revengeance, tout le monde a l’étoffe d’une duchesse. La « duchesserie » s’exprime dans la diversité!

10– Je n’aime pas mon duché.

À la Revengeance, certaines duchesses sélectionnées avaient une relation conflictuelle avec leur duché. Tenez-le-vous pour dit : vous n’avez pas à apprécier votre duché. Vous avez le droit de le critiquer, de souligner ses bons comme ses mauvais côtés!

Qui sera notre duchesse 2018?

Qui sera notre reine 2018?

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Recrutement 2018 : la Revengeance est à la recherche de nouvelles duchesses!

Québec, 20 octobre 2017 – C’est avec fierté et enthousiasme que la Revengeance des duchesses lance aujourd’hui sa campagne de recrutement en vue de la prochaine saison. La 9e édition de cet incontournable événement hivernal se tiendra du 1er au 16 février 2018. Les aspirantes duchesses ont jusqu’au 12 novembre à minuit pour soumettre leur candidature en remplissant le formulaire d’inscription, disponible ici.

Afin de former sa nouvelle cohorte, la Revengeance invite des femmes de toutes les nationalités, de toutes les cultures et de toutes les générations à chausser leurs bottes à crampons afin de célébrer l’hiver dans toute sa diversité. Créatives et originales, les duchesses de la Revengeance partageront au public leur perspective unique ainsi que l’amour de leur quartier à travers des publications web et plusieurs autres activités hivernales.

Les participantes doivent être âgées de 18 ans et plus, et être résidentes de la région de Québec. Fidèle à son habitude, et dans le but de respecter son objectif de donner la parole aux femmes, la Revengeance accueillera au maximum un duchesse homme au sein de son équipe.

Surveillez aussi les apparitions de Bonhommette, fière membre de notre escouade hivernale ducale, sur le web ainsi que lors de nos nombreux événements.

Nouveau conseil d’administration

Afin d’encadrer l’édition 2018 de la Revengeance des duchesses, un nouveau conseil d’administration a vu le jour en juin dernier. Il est formé de Mickaël Bergeron (présidente), Karine Fortin (coprésidente et trésorière), Marrie Bathory (secrétaire) et Alix Paré-Vallerand (communications).  

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Informations : Mickaël Bergeron, présidente/presidente@diademe.ca / 418-576-7466

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Duchessement vôtre…

Estimés sujets, votre duchesse tire sa révérence après deux semaines, neuf articles, beaucoup de café et peu de sommeil; comme lorsqu’elle fréquentait les bancs d’école, votre grâce carbure à l’adrénaline et aux rencontres dans le feu de l’action! C’est maintenant l’heure des remerciements bien sentis…
J’ai toujours entretenu une fascination pour la royauté, spécialement pour la reine Élisabeth II. Le côté protocolaire, les robes, les costumes, les écharpes et les tiares me séduisent : la Revengeance c’était l’occasion pour moi de jouer baveusement avec les codes de la duchesserie.

Les duchesses 2017

Les duchesses 2017. Photo : Daniel Tremblay

En tant que féministe notoire, me suis lancée dans la Revengeance pour faire partie d’un girl squad, d’une gang de filles irrévérencieuses qui me représentent en se positionnant loin des diktats et des normes sociales. Plaquie, ton vécu m’inspire, ce fut un honneur de partager le duché de Saint-Roch avec toi, j’ai adoré tes textes merveilleusement écrits sur ton enfance au 201, rue du Roi. Jimena, la rassembleuse du groupe, continue de m’instruire sur les expressions mexicaines! Odile, j’ai admiré ton énergie consacrée à couvrir ton immense duché, bonne retraite : j’aurais aimé être ton étudiante! Karine, la belle de l’île excentrique, j’ai senti dès le début qu’on était faites pour être amies. Mickaël, c’est un plaisir de te côtoyer quotidiennement à CKIA, mais encore plus de découvrir tes talents cachés de bédéiste! Émily, tu m’as épatée avec ta comédie musicale, au lancement, put the funky back in Lévis! Nancy, tes capsules historiques tombaient dans mes cordes, en plus, tu es hilarante! Estelle, votre dévouée, ta poésie et ton engagement envers Saint-Suave m’ont touchée.

Je souhaite remercier tous les intervenants rencontrés dans le cadre du blogue : Réjean Lemoine, Wartin Pantois, François Gosselin-Couillard, Marc Grignon et le Comité Citoyen de Saint-Roch. Bien sincèrement, au début, je pensais n’écrire que des poèmes pour le blogue… Je suis sortie de ma zone de confort poétique pour le mieux. Ces échanges autour d’un café furent pour votre duchesse un éveil citoyen, une tape dans le dos pour continuer à militer, à m’insurger et surtout à écrire sur Saint-Roch et son histoire!

Merci au C.A. de la Revengeance et à la Reine-Mère, Marjorie Champagne.

Pour finir, les véritables reines de la Revengeance, ce sont mes correctrices! Sophie Martineau et Claudine Boucher, je vous salue bien bas.

Duchessement vôtre,

Alix

Votre duchesse et sa meilleure amie

Votre duchesse et sa meilleure amie

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Wartin Pantois : le Banksy de Saint-Roch

Coin Charest-Dorchester, un matin d’août, la température est clémente. Fidèle à votre habitude, vous traversez diagonalement l’intersection – un thermos de café à la main. Au coin de la rue, près de l’édifice de la Fabrique, quelques piétons ont les yeux rivés au sol; ils observent cette silhouette en craie blanche qui n’était pas là la veille. C’est votre premier contact avec le mystérieux Wartin Pantois. Vous manquez votre autobus…

Frappe la mort, Peinture aérosol sur asphalte, Saint-Roch, 2016, Wartin Pantois

Frappe la mort, peinture aérosol sur asphalte, Saint-Roch, 2016
Wartin Pantois

Ces interventions que vous avez croisées en déambulant…

Un sentiment d’indignation, d’injustice : c’est ce qui meut Wartin Pantois lorsqu’il conçoit ses fameuses interventions dans la Basse-Ville de Québec. Résidents de mon duché, vous connaissez probablement l’artiste pour ces silhouettes blanches au sol apparues l’été dernier aux endroits où il y eut des décès dans les rues de Saint-Roch. Par cette intervention artistique , Pantois souhaitait inciter les automobilistes du quartier à faire attention aux piétons et aux cyclistes. Le projet Frappe la mort fut qualifié de « coup d’éclat artistique » par une journaliste du Soleil. Parmi les interventions récentes de Pantois, adorables sujets de la Basse-Ville, vous avez probablement remarqué les sans-abris dormant à la place de l’Université; les expulsés sur la rue Christophe-Colomb Est et les clins d’œil à Dialogue avec l’histoire à l’îlot Fleurie (voir les photos ci-bas). En 2014, l’artiste avait également décoré quelques bâtiments de Saint-Roch de photos d’habitants du quartier afin de sensibiliser la population et la Ville à l’abandon des immeubles. L’art de rue est d’ailleurs bien souvent éphémère : point de gardiens de musée pour surveiller les œuvres! L’intervention de Pantois au coin Saint-Joseph et Monseigneur-Gauvreau n’existe plus puisque qu’entre temps, le bâtiment fut rénové et transformé en bar à champagne (#lol).

Le Banksy de Québec?

Un peu comme le célèbre artiste britannique Banksy, Wartin Pantois désire garder l’anonymat en se cachant sous un pseudonyme. Je ne suis certes pas la première à dresser un parallèle entre sa pratique et celle de Banksy; l’artiste trouve d’ailleurs la comparaison très flatteuse! Précisons cependant que contrairement à Banksy, les interventions artistiques de Pantois sont intrinsèquement in situ, c’est-à-dire conçues pour un lieu précis.

De son propre aveu, Wartin Pantois fait un art « populaire », c’est à dire accessible à tous. Chez l’artiste, il n’existe point de distinction entre le high-art et low art; il se plaît d’ailleurs à mélanger les genres. Avec Sans-abris, Pantois s’est amusé à coller des feuilles dorées sur ses personnages pour « questionner la valeur que l’on attribue aux gens et aux choses ». 

Cette planche de Calvin & Hobbes représente bien ce débat stérile!

Cette planche de Calvin & Hobbes représente bien ce débat stérile!

Quelques citations visuelles

Certes, l’artiste se plait à glisser des références à l’histoire de l’art çà et là dans ses œuvres, mais celles-ci ne doivent pas occulter le message derrière ses interventions. En d’autres mots, elles doivent être comprises d’un seul coup d’œil par tous et toutes!

Votre duchesse formée en histoire de l’art s’est tout de même plu à déceler quelques citations… Hommage à Jean-Pierre Raynaud, par exemple, fait référence à la défunte œuvre Dialogue avec l’histoire (le fameux cube blanc de la place de Paris), dont la destruction en 2015 avait, avec raison, semé la controverse dans le milieu artistique de Québec. Pantois cite également souvent l’un de mes artistes préférés : Keith Haring. Les silhouettes caractéristiques de l’œuvre de Haring entourées par des sortes d’exclamations se retrouvent citées dans Hommage à Jean-Pierre Raynaud et Frappe la mort (ouvrez l’œil, chers sujets!). Pour finir, Expulsés est plus qu’une citation visuelle puisque ce collage reprend directement Expulsions, une œuvre de l’artiste niçois Ernest Pignon-Ernest, précurseur du street art.

De jour ou de nuit?

En terminant l’entretien, je demande à Wartin s’il prépare ses interventions de nuit. J’ai déjà eu un colocataire artiste qui partait la nuit avec son skate, dessiner sur les murs des bas quartiers. J’entretiens sans doute une vision romantique du graffiteur! Au contraire, dit-il, Wartin pose ses interventions à l’aube, vers 4 heures du matin, juste avant que la ville ne s’éveille et grouille de monde. Présenter des réalités qui existent mais que l’on a tendance à occulter, éveiller les consciences, voilà la démarche de Wartin Pantois. Pensez-y, la prochaine fois que vous croisez l’une de ses œuvres dans le quartier, et ce, avant même  d’avoir pris votre premier café!

Wartin Pantois est en résidence au Cercle pendant le mois de février. Il présentera prochainement Horizons, son nouveau projet, le jeudi 2 mars en formule 5 à 7 au sous-sol du Cercle. Ce sera l’occasion pour l’artiste de travailler en intérieur et de faire des collages plus élaborés. Ses nouvelles interventions porteront sur les femmes, la nordicité, les Premières Nations et l’inquiétante étrangeté; on veut déjà en savoir plus! Vous trouverez le lien vers l’événement Facebook ici. Merci l’ami de m’avoir accordé le dernier entretien du blogue!

Horizons, Wartin Pantois, 2017

Horizons, Wartin Pantois, 2017

 

 

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Un entretien avec Marc Grignon : Saint-Roch, c’est de la brique!

En 2012, j’étudiais tant bien que mal en histoire de l’art à l’Université Laval (#connoissance). Monsieur Grignon, c’était le prof sympa qui nous offrait des meringues lorsqu’on piquetait son cours d’Architecture de la Renaissance à 1900 (situé dans un amphithéâtre du pavillon De Koninck). Après ces quelques semaines mémorables de grève, ce cours s’était clos par une visite architecturale des quartiers Saint-Jean-Baptiste et Saint-Roch. Cette incursion avait contribué à m’intéresser au patrimoine urbain de ce quartier de la Basse-Ville où je n’habitais pas encore. Après avoir croisé monsieur Grignon devant la Boîte à Pain, je lui ai proposé une petite révision au café le Nektar…

Marc Grignon me le dit d’emblée : le patrimoine urbain de Saint-Roch est plutôt un ensemble. Alors que l’on connaît le Vieux-Québec pour ses monuments, Saint-Roch se caractérise par son architecture dite « mineure »; ici, point de Château Frontenac ou de place Royale, mais plutôt une trame de bâtiments. Saint-Roch s’est développé dans la seconde moitié du 19e siècle alors que des manufactures de chaussures s’y sont établies. À une époque où la construction navale était en déclin à Québec au profit du Port de Montréal, il fallut trouver un autre pilier économique : la chaussure! Petit quiz : qu’ont en commun les quartiers Pointe-Saint-Charles, Hochelaga-Maisonneuve, Saint-Jean-Baptiste et Saint-Roch? Ce sont bien sûr des quartiers ouvriers au patrimoine unique!

Les employés d'une manufacture de chaussures dans l'Îlot des tanneurs

Les employés d’une manufacture de chaussures dans l’îlot des Tanneurs. Source : Philippe Gingras BANQ; 585.

Pour Grignon, Saint-Roch, architecturalement parlant, c’est avant tout de la brique! L’esthétique de l’ancienne manufacture Bresse, devenue par la suite la Dominion Corset a fait école dans le faubourg. Dans le quartier, les ouvriers vont s’en inspirer pour construire leurs habitations. Vous trouverez donc dans Saint-Roch tant des maisons que des manufactures reproduisant ce style en brique rouge avec de jolies ouvertures de fenêtre jaunes ou beiges (voir image ci-bas). Chers sujets, habitez-vous dans un immeuble au style semblable?

Bâtiment coin Dorchester et St-Joseph empruntant à l'esthétique de la Dominion Corset.

Bâtiment coin Dorchester et Saint-Joseph empruntant à l’esthétique de la Dominion Corset.

Les habitations à logement multiples : un patrimoine à préserver! 

Les manufactures situées dans l’îlot des Tanneurs firent l’objet d’un phase de revitalisation dans les années 1990. Pensons aux nombreuses anciennes usines converties en atelier d’artistes (la Chambre blanche, le Roulement à billes, l’édifice de la Fabrique) ou encore en lofts. La prochaine fois que vous voyez une poutre en bois dans un loft du quartier, dites vous que le choix de ce matériau n’est pas anodin : c’est le seul matériau qui pouvait résister au tremblement des machines!

Selon Grignon, ce type de patrimoine est moins en danger que celui des maisons à logements multiples. Ce qui préoccupe le professeur en histoire de l’art, c’est qu’on puisse raser sans conséquences le tissu urbain caractéristique de Saint Roch, soit des maisons en bord de rue avec des cours-arrières. Grignon s’est d’ailleurs levé contre la destruction de maisons de ce type sur de la rue de la Reine près de l’hôtel Best Western. Estimés sujets, surveillez vos propriétaires afin qu’ils ne détruisent pas vos précieux appartements qui font le charme du quartier!

Illuminer la Main de la bonne manière

Si je vous demandais de me nommer un bâtiment emblématique de mon duché, vous mentionneriez probablement l’église Saint-Roch. Ce qui frappe Marc Grignon, c’est le fait que celle-ci soit plongée dans l’obscurité la nuit : c’est triste à en mourir! Pour illuminer la rue, la Société de développement commercial (SDC) Centre-ville  a préféré installer des lumières D.E.L. qui s’allument de soir. L’intention est certes louable, mais ces néons ne mettent pas en valeur le patrimoine bâti de cette rue qui a fière allure; quasi conçues pour des automobilistes, ces tiges lumineuses ramènent la vision du piéton au ras du sol! 

Les fameuses lumières D.E.L de la rue Saint-Joseph

Les fameuses lumières D.E.L de la rue Saint-Joseph

Sujets de Roch City, la prochaine fois que vous arpentez la Main, de grâce, LEVEZ LA TÊTE et admirez le haut des magasins. Au début du 19e siècle, les bourgeois de la Haute-Ville descendaient dans Saint-Roch par les escaliers Lépine et de la Couronne pour aller magasiner sur Saint-Joseph, rue commerciale par excellence. Ces vitrines cossues s’étendaient parfois sur deux, voire trois étages. Pourquoi la SDC ne choisirait-elle pas d’éclairer le haut de ces anciens grands magasins la nuit? Aviez-vous remarqué que l’église de Scientologie est une merveille d’art déco? Vous êtes vous déjà attardés à observer de près la grandiloquence du bâtiment de la station de radio CKIA?

Estimés sujets, après cette rencontre avec Marc Grignon, je rêve d’une Main éclairée à sa juste valeur! Insurgeons-nous! On s’en reparle à la prochaine rencontre du Comité citoyen de Saint-Roch? Merci monsieur Grignon pour cet entretien des plus « éclairants » (!).

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Gabrielle

Gabrielle et ta machine à café (deux laits sans sucre). Gabrielle et tes toilettes (une femme s’y lave les cheveux, une autre s’y pique). Gabrielle et tes planchers blancs, ton odeur de piscine. Gabrielle et ceux qui viennent chez toi, la tuque enfoncée pour saluer le gardien bienveillant. Gabrielle et tes gens qui parlent rough, ceux qui viennent ici pour regarder ton lustre faire des jeux de lumière.  Gabrielle et ce blues qui te berce dans une allée au deuxième étage (près de Marguerite Duras). Gabrielle et ton musicien silencieux au piano (il joue du Bach). Gabrielle et tes internautes (vidéos de chat en continu). Gabrielle et ton centre d’archives plein de secrets (ne le dites pas, prenez l’ascenseur caché). Gabrielle et tes films de répertoire (un homme, aux écouteurs jaune moutarde écoute le dernier Xavier Dolan). Gabrielle et ceux qui feuillettent sans cesse, tes revues, tes journaux, tes bouquins (pour comprendre l’indicible). Gabrielle et ces cinq personnes à ta table le visage éclairé au néon : ils lisent les grands titres. Gabrielle et tes âmes esseulées en ce matin de carnage (six corps, ils disent).

Gabrielle je lirais et j’écrirais même plus, des poèmes, du beau du laid assise sur ton siège bleu, près de la fenêtre.

Troisième étage

Troisième étage

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Pour une place Jacques-Cartier soucieuse de son histoire!

Votre duchesse fut très flattée dans le sens du manteau de poil lorsqu’elle reçut un message Facebook de la part d’un sujet royal qui souhaitait la rencontrer pour parler de la vocation populaire de la place Jacques-Cartier. Je me suis donc entretenue dernièrement avec François Gosselin-Couillard, le crinqué derrière le site Saint-Roch, une histoire populaire (N.D.L.D. : Ce site web est ma bible) et également administrateur de la page Facebook Pour une Place Jacques-Cartier fière de son histoire populaire.

Selon François, la place Jacques-Cartier (N.D.L.D. : Au coin des rues de la Couronne et Saint-Joseph) fut historiquement un lieu important de rassemblement populaire dans le quartier Saint-Roch. Il déplore qu’on n’ait gardé aucune trace de cette vocation!

Au fil des ans, la place fut notamment un marché nommé les Halles Jacques-Cartier avec une salle de spectacle et un espace communautaire où se déroulaient des rassemblements syndicaux. Les fameuses émeutes de la conscription de 1918 se sont amorcées à cet endroit, pour se terminer tragiquement dans le quartier Saint-Sauveur (quatre morts). La place Jacques-Cartier fut également un lieu de rassemblement pour les communards français lors de la grève de la construction de 1878. C’est difficile aujourd’hui d’imaginer que, près des sapins enfermés de la tour Fresk, il y a près de 140 ans, des citoyens en colère y paradaient furieusement avec des drapeaux rouges! Je vous invite à vous faire une image mentale la prochaine fois que vous prenez un café à la Brûlerie St-Roch…

On fait quoi maintenant que la Tour Fresk est déjà construite? Selon lui, on peut encore honorer cet événement par une plaque, un monument ou une murale semblable à celle de Léa Roback, à Montréal. Il lui reste un mince espoir d’en faire une place publique qui a du bon sens, à moins que le corridor de vent ne gâche tout!

François a lu mon premier billet de blogue grinçant sur la tour Fresk : il me propose d’aller y cogner, juste pour voir. Adepte du gonzo journalism, je prends notre courage à deux mains afin d’aller saluer le fameux Garda, « le nouveau Jacques Cartier ». Finalement Jacques Cartier était plutôt sympa. Il nous proposa même sa carte de visite…

* N.D.L.D. : Notes de la duchesse.

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Le Comité citoyen de Saint-Roch : une parole citoyenne

Le 22 janvier dernier se déroulait la première rencontre de l’année du Comité citoyen de Saint-Roch. La réunion prenait place dans un appartement aux jolies poutres de bois situé dans l’îlot des Tanneurs. Après s’être assurés que je n’étais ni une espionne russe, ni une duchesse officielle du Carnaval, ni une sbire du maire Labeaume, les sympathiques membres du Comité ont accueilli à bras ouverts leur duchesse revengeressse munie d’un carnet…

Le logo du Comité citoyen de Saint-Roch

Le logo du Comité citoyen de Saint-Roch

Si vous êtes résidents de la Basse-Ville, peut-être avez-vous déjà entendu parler du Comité citoyen de Saint-Roch. Le Comité se réunit certes rarement, mais il n’en est pas moins important symboliquement. En effet, malgré les rencontres plus ou moins fréquentes du Comité, celui-ci est une force importante pour la prise de parole citoyenne puisqu’il crée une terreur chez les élus simplement par le fait d’exister! Parlez-en à Chantal Gilbert, conseillère municipale du district Saint-Roch–Saint-Sauveur…

Les membres du Comité le décrivent comme un groupe de citoyens à géométrie variable avec une structure plus ou moins anarchique. Son but : sensibiliser les élus à des enjeux importants et, à l’occasion, faire des actions. Pour participer aux réunions du groupe, nul besoin de carte de membre ou de cotisation, tout se fait à la bonne franquette! On peut s’y joindre en tout temps.

Les immeubles abandonnés

Peut-être connaissez-vous la mobilisation du Comité contre le grand nombre d’immeubles abandonnés dans le quartier Saint-Roch (notamment celui de l’ancien Omer DeSerres sur la rue Caron).  En 2014, le Comité organisa une marche qui se voulait un inventaire de ces bâtiments oubliés par la Ville ou laissés à l’abandon par des promoteurs immobiliers. Le Comité déplore d’ailleurs être parfois instrumentalisé par les médias de la capitale qui tentent de lui faire dire qu’il est contre les squatteurs, par exemple! Précisons-le : les membres du Comité sont progressistes, ils ne sont pas contre les squatteurs, mais bien contre la conjoncture qui fait en sorte qu’ils sont obligés d’y aller! En 2017, le Comité aimerait refaire cette marche de sensibilisation pour voir ce qui a changé depuis; quels immeubles sont encore placardés?

L’îlot Dorchester

Selon le Comité, le projet à surveiller en 2017, c’est l’îlot Dorchester. Sous la mire de Kevlar, ce projet immobilier regroupant des logements, des commerces et des espaces publics ne doit pas reproduire le gâchis de la Tour Fresk, un exemple déplorable de privatisation de l’espace public. Le Comité propose également de prolonger la rue Belleau dans l’îlot Dorchester afin d’en faire la rue Marcel-Landry. Pourquoi une rue Marcel-Landry? Si vous empruntez l’escalier Badelard, vous connaissez probablement le fameux poteau de Marcel Landry,  celui-ci est décoré au gré des saisons depuis une quinzaine d’années. Aujourd’hui, monsieur Landry – figure connue de l’îlot des Tanneurs – souffre d’Alzheimer : il serait temps de lui rendre hommage avant qu’il n’oublie tout.

Si vous souhaitez participer aux rencontre du Comité, sachez qu’ils prévoient une rencontre saisonnière, tenez-vous le pour dit! Pour en savoir plus, vous pouvez les suivre sur leur page Facebook ou encore leur écrire un courriel.

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Une entrevue avec Réjean Lemoine partie 2 : le futur et l’affect d’un quartier

Je vous présente la suite de mon entretien avec l’historien Réjean Lemoine, sur la piste de Saint-Roch…

Photo de Réjean Lemoine, attablé devant son thé

Photo : Alix Paré-Vallerand

Alix : Quelles sont tes aspirations futures pour Saint-Roch?

Réjean : On constate depuis les années 90 un retour des jeunes familles et des jeunes professionnels au centre-ville. C’est un phénomène contraire aux années 1950 à l’époque où la classe moyenne souhaitait vivre en bungalow! Les pauvres se ramassent maintenant dans le beigne, en banlieue dans les appartement dans Limoilou à Saint-Rodrigue, par exemple. Les moins fortunés ne sont plus nécessairement à Saint-Roch et dans Saint-Sauveur, mais en dehors du centre! Le dynamisme urbain se déplace…

Alix : Quelle serait ta priorité pour Saint-Roch?

Réjean : La priorité serait de refaire la bibliothèque Gabrielle-Roy au lieu de la laisser se détériorer. La Ville de Québec l’a laissée à l’abandon malgré le fait qu’elle ait cinquante millions d’inscrits dans son budget pour la refaire! Je déplore qu’on ait construit à côté une immense tour [N.D.L.D. : la tour Fresk] au lieu de la rénover. C’est un manque flagrant de vision! C’est ce qui à mon sens nuit en ce moment au développement du quartier. Il ne faut pas poursuivre l’erreur du Centre Durocher dans Saint-Sauveur qu’on a démoli au lieu d’y construire une maison de la culture.

L’entretien se poursuit et nous nous égarons à parler du temps, de sa vieille maison dans Limoilou, des chantiers navals du 19e siècle qui bordaient ma rue…

Alix : Tu as raison Réjean, le temps c’est comme une pelure.

Réjean : Les astrophysiciens se demandent en ce moment s’il y a plusieurs univers. En d’autres mots, est-ce que les événements qui eurent lieu plusieurs années auparavant sont vraiment passés? En résiste-t-il de l’affect? Qui te dis que les couches ne sont pas quelque part? Juste dans ton temps présent, on est influencés par beaucoup de choses qui se sont passées avant.

Alix : J’ai envie de mettre la musique de The X files! En effet, l’affect est prédominant dans la construction d’une ville, d’un quartier.

Réjean : C’est ce qui fait l’intérêt, que j’aime l’histoire. Quand tu apprends l’histoire, tu apprends des dates, des faits, certes, mais des fois tu te replonges dans des situations qui sont significatives en terme d’émotions. Sont-elles réellement perdues?

Quand je prends mon café le matin, je regarde par la fenêtre et je vois ces travailleurs de chantiers maritimes qui s’échinent près de la Saint-Charles. Merci Réjean Lemoine de m’avoir permis de revisiter ces pelures d’histoire.

* N.D.L.D. = Note de la duchesse.

 

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