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La revengeance des duchesses

Archives de l’auteur : L'indiscrète de Limoilou

Gens de Limoilou : Nathalie Piché, l’âme charitable

Elle est généreuse et d’une grande sagesse. Nathalie Piché en a long à dire sur son parcours de vie, celui qui l’encourage à fréquemment remplir de petits plats le frigo-partage de la 3e Avenue. Assise à la table d’un café à Limoilou, elle parle ouvertement de son passé parce qu’elle a fait la paix avec ce dernier.

« J’ai grandi dans une famille où on manquait de beaucoup de choses. Mon père était atteint de maladie mentale. Il nous élevait comme il pouvait. Ma mère est partie de la maison lorsque j’avais 10 ans. On n’avait pas beaucoup de sous. »

C’est à peine âgée de 15 ans que Nathalie donne naissance à son premier enfant né avec un handicap rare – le même que le père. Mère monoparentale, elle n’a jamais baissé les bras devant les défis qu’amenait cette nouvelle réalité à un si jeune âge.

« Je me suis ramassée sur l’aide sociale avec ma fille. Je recevais 400 $ par mois, mon loyer m’en coûtait 110 dans le temps. Tout le monde autour de moi me décourageait. On me disait que je n’allais pas être capable, on se demandait ce que j’allais faire. Je n’aurais pas pu donner ma fille en adoption. Je suis comme ça. Une fille de cœur. »

Déménageant d’une ville à l’autre, toujours dans l’idée d’améliorer son sort, Nathalie fit, au fil du temps, des rencontres qui n’ont pas toujours tourné en sa faveur. Pourtant, le désir de donner une vie meilleure à sa famille était pour elle un puissant moteur, puisqu’à 29 ans déjà, elle avait quatre bouches à nourrir. Le faible revenu que lui rapporte l’aide sociale jumelé à une rencontre fortuite qui changera le cours de sa vie lui donnent la motivation nécessaire pour retourner sur les bancs de l’école. Ce lieu qu’elle avait quitté à 14 ans.

« On m’a classée en secondaire 1, sauf en français. J’étais bonne parce que c’est avec l’écriture que je me défoulais lorsque j’étais en famille d’accueil, plus jeune. J’ai ensuite fait un DEP en secrétariat-comptabilité. Je ne voulais plus dépendre de personne. Je voulais être capable de faire vivre mes enfants. J’ai eu de la misère. De fil en aiguille, je m’en suis sortie. »

Entre temps, elle tente par plusieurs moyens de retrouver les traces de son père disparu quelque part au Québec.

« Je n’étais pas capable de laisser tomber mon père. J’avais même fait des démarches auprès de l’émission de Claire Lamarche. Un jour, j’ai décidé de le chercher par moi-même. Je suis partie une journée. J’ai su qu’il restait à Saint-Jean-sur-Richelieu. J’ai fait les hôpitaux, les cliniques, les parcs… je suis allée le chercher. Je l’ai ramené à Québec, je lui ai trouvé un appartement et l’ai meublé. »

Aujourd’hui, âgée de 53 ans, Nathalie est toujours aussi dédiée dans le bonheur de sa famille, devenue aidante deux fois par semaine pour l’un de ses petit-enfants né avec un trouble du spectre de l’autisme. Malgré tout, Nathalie est fière du chemin difficile qu’elle a parcouru. Pour elle, aider les autres est devenu une seconde peau. Son ciel, elle l’a gagné à coups de misère. La vraie. C’est pourquoi, un petit plat à la fois, elle remplit le frigo-partage de la 3e avec tout son amour. Elle souhaite redonner à la communauté qui, en quelque sorte, lui a permis de s’en sortir.

 

Entrevue avec les souliers de Sol Zanetti (3/3)

Voici tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les souliers de Sol Zanetti (voir la première partie, puis la deuxième partie).

Sur quoi ça les énerve le plus de piler?

Parizeau disait que la politique, c’est un océan d’orteils. Où que tu mettes le pied, tu piles sur des orteils tout le temps. Fait que ce serait de piler sur des orteils. En même temps, je pense que c’est inévitable, Il n’y a aucune action politique qui peut potentiellement plaire à tout le monde en même temps. Tu peux faire du surplace et les gens vont arrêter de crier. Faut juste choisir sur quel orteil tu vas piler.

Ont-ils déjà trompé leur propriétaire?

Non! Elles sont fidèles. Mais à moins que dans mon dos, quand j’étais pas là, je le sais pas. Ça serait surprenant parce que quand je m’en vais, je retire la semelle qu’il y a à l’intérieur. Ce serait donc vraiment une mauvaise expérience pour quelqu’un qui voudrait les essayer.

Dans leur identité de genre, s’identifient-ils comme souliers blancs?

Oui. Ils s’assument! Pour les souliers, la blancheur n’est pas un critère d’identification de la classe dominante. C’est le contraire, en fait. Ils sont un peu ostracisés. Ici, ils sont seuls. Il y a près d’un millier de personnes qui travaillent ici et ils n’ont jamais vu de leur semblable. Parmi l’aile solidaire, les souliers sont vraiment très ouverts d’esprit. Les Dr. Martens et mes souliers s’aiment beaucoup. Ensemble, ils forment un clan d’oppressés. Les minorités se ramassent entre elles et se soutiennent.

Pensent-ils piétiner le troisième lien un jour?

Ils espèrent que non. Ils espèrent vraiment que non. Faudrait pas que ce soit piétinable. Faudrait pas que ça existe. Faudrait pas que ça arrive. Peut-être qu’en fin de vie, lorsqu’ils ne seront plus portables dans cette noble institution, je pense qu’ils vont aimer aller dans les transports en commun.

C’est quoi leur blague préférée?

Il y a deux semaines, dans le journal, il y avait une réaction d’un type que j’aime bien, Jean-Pierre Charbonneau, un ancien parlementaire qui s’est beaucoup intéressé à la réforme du mode de scrutin. Il disait que quand il est entré député dans ses jeunes années, il existait une phobie des sandales dans le Salon bleu. On spécifiait que « les sandales même pas de bas » étaient à proscrire. Et là, la question qui se pose c’est est-ce que c’est pire des sandales pas de bas ou c’est pire des sandales avec bas? Ça, c’est la blague préférée de mes chaussures.

Comment se sont-ils sentis face à la controverse qu’ils ont causée par leur existence à l’Assemblée nationale?

Ils se sont sentis jugés. Ils se sont dit : « Si les gens me rencontraient pour vrai, ils trouveraient vraiment qu’il n’y a rien là ». Mais c’est comme si l’image projetée par eux dans les différentes chroniques a fait véhiculer bien des préjugés à leur égard. À entendre les chroniqueurs qui ne les ont jamais rencontrés, ils ne sont que des godasses, à la limite du portable. Que de viles chaussures.

Ce sont des chaussures philosophales.

Entrevue avec les souliers de Sol Zanetti (2/3)

Voici tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les souliers de Sol Zanetti (voir la première partie).

C’est quoi leur grandeur?

Ce sont des 42 fabriqués au Portugal. Donc on pourrait penser que ce n’est pas de l’exploitation de la main-d’œuvre, mais il faudrait que je vérifie.

C’est le droit ou le gauche qui se lève en premier?

C’est le droit.

Politiquement parlant aussi?

Ah non! J’ai répondu vraiment de façon très technique. Mais trop tard. Ils sont dévoilés…

Ont-ils déjà botté des fesses?

Non. Pas encore. Juste dans leur pensée.

Ont-ils déjà eu les pieds dans les plats?

Ben ça dépend vraiment du point de vue. Il y a du monde qui pense qu’ils sont nés dans des plats et d’autres qui pensent qu’ils n’ont jamais croisé de plat de leur vie. Mais c’est très partagé. Hier, je suis allé à un souper du Club de l’âge d’or Saint-Pie-X dans le sous-sol de l’église Saint-Pascal à Limoilou, et j’ai eu des commentaires très partagés sur mes souliers. D’un côté, j’ai eu des commentaires très élogieux. Des gens disaient que notre attitude par rapport au cadre en général leur inspirait beaucoup d’espoir, d’enthousiasme et d’intérêt. Puis il y avait le penchant complètement inverse. Ceux qui disaient qu’on méprisait le peuple. C’est une question très polémique.

Quel est le premier concert où ils sont allés?

Ils n’ont jamais foulé autre chose que les murs de l’Assemblée nationale. Je les ai inaugurés à l’assermentation et puis je les laisse ici parce qu’ils sont blancs et je ne voudrais pas qu’ils se salissent. C’est vraiment des souliers d’intérieur purs. Ils ne verront jamais l’extérieur. Sauf peut-être en fin de vie, je leur ferai voir le monde.

Aiment-ils accueillir des chaussettes ou préfèrent-ils des pieds de souche?

Des chaussettes. Ils préfèrent les chaussettes en coton ou en bambou. Plus que les chaussettes synthétiques.

Quelle est leur plus grande qualité?

Ils ne passent pas inaperçus. Tout le monde a une idée sur eux. Deuxième qualité, ils sont très confortables. C’est long, les couloirs de l’Assemblée nationale. Parfois, quand je suis pressé, me rendre au Salon bleu de mon bureau au troisième étage et qu’il reste deux minutes, ça arrive de courir un peu. Pis dans ce temps-là, je suis vraiment content de les avoir.

Qu’est-ce qu’ils aiment le plus physiquement chez eux?

Je pense que c’est leur étincelance. Je pense qu’ils contrastent avec tout et vont avec tout.

Quelles ont été leurs pire et meilleure rencontres?

Ils ont rencontré beaucoup de personnes sympathiques dans le personnel de l’Assemblée nationale qui sont vraiment chouettes à bien des égards. Pour les pires rencontres, il n’y en a pas encore. Ils ont été épargnés. Les gens qui ont vraiment été méchants avec eux ne les ont jamais vus.

Qu’est-ce qui leur donne envie de changer de bord du couloir à l’Assemblée nationale?

Le vrai manque de respect des institutions. Et le vrai manque de respect des institutions, c’est quand les ministres ne répondent pas à l’opposition ou quand ils refusent de donner des informations qu’eux-mêmes demandaient au gouvernement quand ils étaient dans l’opposition. Ça c’est un vrai manque de respect pis même quand c’est fait par des chaussures à 1000 piastres en cuir vernis avec des lacets très minces et des petites semelles pas confortables. Dans ces contextes-là, ça leur donne envie de changer de bord dans le couloir.

Entrevue avec les souliers de Sol Zanetti (1/3)

En décembre dernier, les députés de Québec Solidaire, plus particulièrement Sol Zanetti et Catherine Dorion, ont causé toute une onde de choc au Québec : ils ont osé le pied de nez aux habits conventionnels de député à l’Assemblée nationale. Le premier a fait les manchettes avec des jeans et des espadrilles (omg), tandis qu’on pouvait voir la seconde en camisole, Dr. Martens aux pieds. #polqc

Les médias du Québec se sont enflammés. Mais comment ont-ils pu? Pourquoi? Était-ce une autre fine stratégie élaborée par la gaugauche pour établir son plan marxiste?

J’ai décidé de mener une enquête rigoureuse pour aller au fond des choses. Impavide, j’ai bravé les portes de l’Assemblée nationale pour y rencontrer… les souliers de Sol Zanetti. Toujours prêts à combattre les injustices, il leur fallait une tribune pour s’exprimer publiquement face aux jugements sévères qu’ils ont vécus dans les médias, ces pauvres!

Mon carnet de questions n’est pas encore ouvert que Sol, autrefois enseignant en philosophie, m’expose sa vision :

« Mais quelle est l’essence d’une espadrille? Il faudrait faire une ontologie de l’espadrille parce que moi, je conteste la nature espadrillesque de ce que j’ai dans les pieds en ce moment. Je la conteste, mais ça m’échappe. Il y a beaucoup de qualificatifs qui sont sortis dans les médias, en les traitant de shoe-claques. Quand le monde utilise le mot shoe-claque, c’est souvent avec mépris. Consonance négative dans l’intention. La seule différence que je vois entre mes souliers, mise à part leur couleur, c’est la largeur des lacets. Mais si l’on mettait des lacets larges dans les souliers qui viennent de chez Aldo, est-ce que ce serait des espadrilles? Alors ça soulève une question à laquelle je n’ai pas approfondi la réponse. Je n’ai pas regardé dans le Larousse la définition encyclopédique de l’espadrille pour voir s’il y avait quelque chose de contestable.

Mais je soulève la question : qu’est-ce qu’une espadrille? Est-ce le matériel? Est-ce la semelle? Est-ce la forme? Est-ce les lacets? Est-ce l’usage? Je sais pas.

Je pense que la question la plus importante n’est pas tant qu’est-ce qu’est une espadrille?

La question la plus importante, c’est qu’est-ce qu’un soulier parlementaire pour un homme?

Parce qu’il y a aussi ça pour les femmes.

La définition qu’on se fait d’un soulier parlementaire pour homme, ce n’est pas ce que portent les femmes en ce moment pis personne dit rien. Sauf quand c’est des Dr. Martens. Ça, il paraît que ce ne sont pas des souliers parlementaires. »

Merci, Sol.

Pourquoi Limoilou?

Pourquoi pas? Parce qu’il y a une communauté à Limoilou. Il y a une identité collective. Pis il y a des gens qui font des choses ensemble. L’urbanisme limoulois crée la rencontre. Contrairement à un lieu où tu ne peux survivre qu’en voiture, à Limoilou, tu croises des gens et tu peux leur parler. Dans un endroit où tu ne peux que te promener en voiture, c’est pas vrai que quand tu croises ton ami, tu t’arrêtes et tu baisses ta fenêtre et que vous avez un échange. Mais à Limoilou, étant donné que tes courses tu les fais à pied, pis qu’il y a des parcs, ben ça crée la rencontre. Cette effervescence-là est vivifiante. La ruelle, c’est aussi une caractéristique urbaine qui crée la rencontre.

L’endroit où tu te sens le mieux?

C’est proche de la rivière Saint-Charles, parce que c’est très serein. La nature fait du bien. Le vert apaise.

Qu’est-ce que tu pourrais apprendre aux gens concernant Limoilou?

Il y a beaucoup de chats à Limoilou. Il y a aussi les plus vieux balcons faits en retailles de lames de patin. C’est parce qu’il y avait une usine de lames de patin et elle n’est plus là. Les gens se servaient des retailles pour en faire des balcons. C’était comme zéro-déchet avant que ce soit cool.

Gens de Limoilou : Catherine Lavoie, l’avant-gardiste artiste

Joëlle : Raconte-moi une histoire.

Catherine :  J’ai un parcours un peu spécial. J’ai travaillé beaucoup dans les restaurants, j’ai étudié en arts pis ça a été très difficile de travailler dans le milieu. Tu te dis que tu veux une job officielle en tant qu’artiste, mais ça existe pas. Fait que j’ai touché à plein de choses. J’ai fait du décor, du design de vêtements pis au final la création me manquait vraiment. J’ai décidé de me lancer vraiment à mon compte en tant qu’artiste parce que j’ai pas trouvé de travail là-dedans. Je l’ai créé moi-même. C’est mon histoire professionnelle résumée.

Joëlle : Pourquoi Limoilou?

Catherine : J’habitais dans le Vieux-Port avant. J’avais pas de cour arrière. Ça me manquait de pouvoir sortir de chez nous en pyjama avec mon café sur mon terrain. On était trois à vouloir acheter donc chacun qui avait son avis : « Ah le stationnement est trop petit! Pas de sous-sol! Il manque un étage! ». Alors on a cherché pendant un an et demi une place où habiter à Limoilou. On a acheté un triplex il y a trois ans. On l’a tout rénové. J’adore le quartier. Je peux tout faire à pied. Je n’ai pas de voiture. Je vais faire mes courses à pied. Si je veux me rendre en Haute-Ville, je marche. Je veux aller dans le Vieux-Port dans un restaurant, je marche. J’ai une bicyclette, j’adore. Je peux faire du ski de fond sur le long de la Saint-Charles. Je détestais le ski de fond avant parce que j’étais plus une fille qui faisait du snowboard. Le snow c’est rendu trop cher pour une artiste. Alors maintenant je fais du ski de fond, ça me coûte rien! Limoilou, je trouve ça vraiment le fun parce que ça me rappelle un peu Montmagny, d’où je viens. C’est comme un peu le petit village, la campagne en ville. Plein de monde que je connais partout. Je suis une fan de Limoilou!

– Catherine Lavoie, artiste

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Gens de Limoilou : Hamed, le travailleur de milieu optimiste

Joëlle : Raconte-moi une histoire.

Hamed : Quand j’étais jeune, on restait à Saint-Pie X. On trouvait que ce quartier était une autre planète, contrairement à Beauport, là où nous nous étions installés à notre arrivée. Là-bas, les habitants viennent de partout. Quand on me demandait d’où je venais et que je leur répondais Saint-Pie X, on avait peur. Les gens avaient beaucoup de préjugés envers le quartier. Ça me dérangeait beaucoup. Les stéréotypes étaient intenses.

Avant d’arriver à Saint-Pie X, on s’est beaucoup déplacé dans Québec. En secondaire 3-4-5, je jouais au basket à Brébeuf, mais je m’intéressais majoritairement à tout ce qui était social. C’est à ce moment que je suis tombé amoureux de l’écriture. Ça commençait à prendre beaucoup de place. Mes amis jouaient au basket plusieurs fois par semaine et moi, je me réfugiais dans l’écriture. Ça me permettait de voir autre chose et de me poser des questions sur les gens, de connecter avec des émotions. Ensuite, j’ai fréquenté le Cégep Limoilou et je ne savais pas quoi faire. Pis quand tu sais pas quoi faire au cégep, le temps est long. Tu as l’impression de tourner en rond. Pendant cette période, je faisais beaucoup de bénévolat à l’organisme L’Évasion Saint-Pie X. J’ai tout de suite su que je voulais travailler dans le social et je me demandais comment je pouvais gagner ma vie de cette façon.

Parallèlement à tout ça, je sors un petit CD rap fait maison. Ça a super bien marché. Tellement, qu’on m’a proposé un voyage de trois semaines en France. C’était mon premier voyage consacré au rap. À Paris, ce qui m’intéressait, c’était pas nécessairement d’aller à la tour Eiffel, mais plutôt d’aller voir les quartiers où ça se passait moins bien. J’ai visité des quartiers où je me suis dit « Wow! Ça se passe pour de vrai! ». J’ai réalisé que c’était comme ça que les gens voyaient Saint-Pie X. C’est à ce moment que j’ai tout de suite su ce que je voulais faire : travailleur de rue ou travailleur de milieu pour défaire les préjugés face aux milieux moins favorisés. Je voulais me rendre utile, rencontrer des gens, parler de tout et de rien. Je suis un chiller!

Pendant que ça se passait moins bien au cégep, j’ai eu l’opportunité de faire un job de travailleur de milieu au Centre communautaire Ferland. C’était censé durer trois mois. Il y avait une problématique où les jeunes allaient traîner au Centre Ferland. Ça créait des problèmes avec la Ville. On m’a engagé pour voir ce qu’on pouvait faire dans le cadre d’un projet pilote. Ça s’est très bien passé! Les trois mois se sont allongés à deux ans. J’ai eu de gros projets. Avec les jeunes, j’ai fait une grande fresque. Leur visage est dessus. Ça a encore plus confirmé ce que je voulais faire.

La musique prend encore une place dans ma vie.  Il y a un rappeur que j’admire à Limoilou. Il s’appelle Webster. Il m’inspire. J’ai monté une conférence sur l’intimidation, le respect, croire en ses rêves. Je fais aussi des ateliers d’écriture dans les maisons des jeunes, centres jeunesse. Défaire les préjugés et dire aux gens « venez voir »!

– Hamed S. Adam, travailleur de milieu

Écouter la musique de Hamed ici

Gens de Limoilou : Jimmy Hamel, l’hurluberlu personnage

Joëlle : Raconte-moi une histoire.

Jimmy : Je suis nouvellement arrivé à Québec. Je suis travailleur social de formation. Pis là, j’ai décidé en juin dernier de me lancer en humour comme humoriste et conteur d’histoires avec un personnage que j’ai créé il y a déjà neuf ans, un fermier de vaches laitières du nom de Marcias Portelance.

Mon objectif, c’est vraiment d’axer mon contenu sur l’agroalimentaire. Mes clients sont autant des entreprises et des initiatives agroalimentaires que des agriculteurs.

Il y a différentes façons dont je les mets en lumière. Par exemple, par des capsules personnalisées que je fais passer sur mes réseaux sociaux. Ce sont des capsules très courtes, humoristiques, avec des liens faits avec leurs produits et l’humain derrière en utilisant le storytelling. On engage aussi mon personnage pour animer des événements maraîchers et mettre les entreprises présentes en lumière auprès des passants.

Mon travail est un exercice d’improvisation. C’est une structure en squelette avec quelques punch lines thématiques que je construis et avec laquelle je joue en incarnant Marcias. Tout se construit dans mon imaginaire avec tout ce que je vois. Je partage avec le client et le marchand. J’ai besoin de peu pour faire beaucoup. Tout est dans les détails.

Mon personnage est à ma couleur. Il parle beaucoup. Mon côté travailleur social se dépeint à travers Marcias qui se veut un peu hurluberlu, mais en même temps sensible à l’humain, à tout ce qui est agroalimentaire, proche de la nature et du soin des animaux.

J’essaie de saisir cette effervescence qui est là à Québec depuis une dizaine d’années. L’achat local, l’autosuffisance, les enjeux autour de l’agriculture et aussi les enjeux sociaux reliés. J’ai longtemps été militant. J’ai été membre de Greenpeace.

Un petit pas pour le fermier et un grand pas pour l’humanité!

Joëlle : Pourquoi Limoilou?

Jimmy : Ce qui m’a charmé dans Limoilou, c’est vraiment cette effervescence-là d’initiatives agroalimentaires qui poussent comme une tale de champignons. Pour moi, de pouvoir shtroumpher leurs idées en quelque chose d’humoristique et de charismatique, ce serait quelque chose de beau à faire valoir ici.

Puis, d’ailleurs, le marché public de Limoilou est quelque chose qui est très en vogue durant la période maraîchère. C’est l’un de mes objectifs d’essayer d’aller les charmer avec mon personnage à l’été 2019 prochain.

  • Jimmy Hamel, humoriste et conteur d’histoires sous le nom de Marcias Portelance

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Gens de Limoilou : Laurence Caron, l’excentrique artiste visuel·le

Joëlle : Raconte-moi une histoire.

Laurence : Je suis un artiste visuel·le pis je parle beaucoup de la diversité de genre. C’est une de mes obsessions. J’ai eu un parcours identitaire assez trouble, on s’entend. Jusqu’à l’âge de 25 ans, je savais pas que c’était possible d’être non binaire, fait que j’ai essayé de me suicider par divers moyens. Maintenant que j’ai déconstruit le genre, j’en parle beaucoup dans mon œuvre. Sébastien et moi, on est un couple d’artistes non binaires et… folles. J’ai pas peur d’utiliser le mot « folle ». On struggle avec divers problèmes de santé mentale pis en plus dans notre expression, on est folle. Si tu veux lire le recueil de Sébas, ça s’appelle #monâme. Ça explique bien le parcours identitaire d’une folle. C’est dans l’attitude. Je conçois ma vie comme une performance artistique constante. Je performe ma vie. J’ai ma bio sur le site de Première Ovation. On a même reçu leur bourse de Mentorat cet été. C’est mieux écrit de ce que je suis capable de dire là, on the spot.

Joëlle : Pourquoi Limoilou?

Laurence : Parce que je m’y sens chez moi, dans un quartier loin de la gentrification.

  • Laurence Caron-C., artiste visuel·le

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Gens de Limoilou : Mélanie Beaulieu, l’héroïne féline

Ce blogue est le reflet d’habitants de Limoilou rencontrés par hasard ou par personne interposée. Une seule question leur est posée : « Raconte-moi une histoire ». Ainsi, je me laisse transporter par le récit de vie qu’ils veulent bien m’offrir. L’histoire dont ils me font don est transposée par écrit, dans leurs mots. Dans l’esprit du projet Humans of New York, voici « Gens de Limoilou ».

Les hommes se distinguent par ce qu’ils montrent et se ressemblent par ce qu’ils cachent.
– Paul Valéry

Joëlle : Raconte-moi une histoire.

Mélanie : C’est l’histoire d’un chaton qui a été brûlé par un fil de 240 V. C’est l’une des plus grosses histoires d’abandon illégal qu’on a eue ici. Ça s’est passé à l’ouverture de la clinique. C’est même allé en cour. En amenant son animal ici, le propriétaire avait signé un contrat qui stipulait que notre équipe devait tout faire pour le sauver. Le chat est resté quasiment deux mois pour recevoir les traitements. On l’a remis sur pied. Il a fait trois arrêts cardiorespiratoires pis avait un os fracturé. Finalement, la personne n’est jamais venue le chercher. Fait qu’on a entamé les démarches pour pouvoir le garder, puis le mettre en adoption. J’ai décidé de l’amener chez nous après avoir eu l’autorisation des huissiers. Je l’ai adopté. Le chat s’appelle Rupert. Maintenant, il est éclopé de la vie. Il est brûlé. La majorité de ses dents sont déformées. Mais sinon il va bien. Il a trois ans maintenant. C’est une de nos plus belles histoires, mais aussi une des plus tristes. Depuis ce temps, on a une clause sur nos contrats qui indique que le propriétaire doit reprendre possession de l’animal après les soins. C’est relié à cette histoire-là.

Avec les chatons, il faut faire attention aux fils électriques. Il faut être consciencieux. Quand on adopte un animal, c’est pour la vie! On utilise cet événement pour sensibiliser les gens. Souvent, il y a des animaux frappés qui arrivent ici en urgence. On nous croit pas souvent quand on dit qu’il y a beaucoup de gens qui abandonnent leur animal pour un rien. Ben oui ça arrive ici à Limoilou. Je suis anciennement inspectrice pour la Ville. C’est un fléau. Beaucoup ne font pas attention à ça et laissent les chats aller dehors. Ils se reproduisent. Les propriétaires ne veulent pas payer pour la stérilisation. Peut-être parce qu’on est dans un coin plus défavorisé. Je ne sais pas. C’est pour ça qu’à la clinique, on essaie d’avoir des prix plus abordables. On essaie de promouvoir le plus possible la stérilisation. De sensibiliser les gens. À l’accueil, on a une pancarte qui explique la stérilisation, comment ça fonctionne quand deux chats se multiplient. On est au cœur du quartier et on essaie de faire ce qu’il faut!

– Mélanie Beaulieu, chef technicienne en santé animale, Clinique vétérinaire Vieux-Limoilou

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Bio

En 4e année, elle a reçu un certificat de gentillesse. Depuis ce temps, elle n’a cessé de croître : les mèches en bandes rouge vin, les messages textes en papier triangle, les stylos en gel pastel. On était loin de se douter que cette ancienne timide au cerveau aussi organisé qu’un bac à DVD chez Walmart clamerait aujourd’hui ses convictions à tous ceux qui ne veulent pas l’entendre. Empreinte de sérénité, elle s’est rendue à l’évidence : elle n’est rien de plus qu’une autre survivante du papercut.

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