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La revengeance des duchesses

Roch-City

Il était beau, il sentait bon le sable chaud, mon SDF

Terminus.

Station de Charles de Gaulle–Étoile.

Chaque matin.

Il y est.

Sur son matelas du couloir de la sortie Avenue de Wagram, le lit brillamment fait, les couvertures de la nuit délicatement relevées. Blanches immaculées : pas de sleeping bag défraîchi.

Il s’assoit, boit parfois un café qu’on lui offre, regarde les passants, leur sourit.

Le matin, lorsque quelquefois je me décide à rentrer avant tout le monde au bureau, il dort à poings fermés.

Les 200 000 personnes par jour qui arpentent le sous-terrain menant aux Champs-Élysées ne le dérangent pas : il dort, fait sa toilette, mange, sort.

Quelques fois, lorsque je reviens du boulot, il est sorti, je ne sais où…

Il a donc une vie…

Pas de maison….

Mais une vie.

À Pâques, les gens lui laissent des œufs en chocolat.

D’autres fois, d’autres d’offrandes se trouvent sur ses draps : pain, fromage, cigarette, ticket de restaurant…

Ce qu’il y a de particulier avec mon SDF, et la raison pour laquelle il me captive autant, est troublant, dans ces conditions…

Il est beau comme un dieu.

En fait, je crois que c’est un dieu.

Une sorte de dieu de la mythologie perse ou autre qui doit faire neuf épreuves ou se mêler aux mortels.

Certains diront que son principal atout dans la quête est donc ce désir qu’il déclenche chez les hommes et femmes sortant du métro et du RER.

Quelques langues perverses diront qu’il devrait tirer profit de cette beauté.

Les deux fois par jour où je le croise, juste avant de m’engouffrer sous terre, une sensation étrange m’envahit.

Un regret, une curiosité malsaine, je ne sais.

Je ressens un frémissement de larve de papillon lorsque son regard croise le mien, lorsqu’il me demande une pièce la main tendue vers moi, ou lorsqu’il mime le geste de fumer pour me quémander une cigarette. J’ai honte de me dire que je suis au sommet de cette perversité capitaliste puisque je juge mon intérêt, ou même un certain désir, dirigé vers un maillon faible de la chaîne sociale. C’est quand même un être humain de mon âge, pourquoi cela me dérange? Son statut social le déshumanise tant que ça? Notre première date serait certainement un peu compliquée et non approuvée par mes parents.

Mais, plus qu’autrement, cette idée m’amuse et je m’imagine des scénarios romantiques où nous aurions notre premier rendez-vous à la soupe populaire. Probablement comme les dizaines de jeunes femmes qui sursautent en le voyant chaque matin leur sourire de ses dents droites, blanches, le regard perçant, le teint parfait, tendant la main pour une petite pièce ou un ticket de restaurant.

Ce jour-là, je m’arrête, une cigarette au bout des doigts, je la lui tends :

– C’est pour toi.

– Thank you, mééci!

– Oh! Tu parles français?

– (Me pointant) France?

– Non! Ne m’appelez plus jamais France! (Je ris, en chantant…) You?

– You… France?

– Québec.

– K-bec! (Trouve ça drôle, apparemment!)

– Canada!

– Canada! Snow! Cold! Wow!

– Well, a lot. Bye! Have a nice wonderful sunny day!

– Thanks miss! Bye!

Je reprends ma route remontant aux pieds de l’Arc-de-Triomphe.

***

Un peu avant mon retour pour Saint-Roch, je suis repassée souvent par ce couloir du métro.

Un matin, il n’y était plus.

À sa place, une grande flaque d’eau…

J’espérais que le réveil n’ait pas été trop brutal.

Qu’on l’ait laissé se lever avant de l’asperger avec les boyaux ou les sceaux en guise d’expulsion.

***

Depuis mon retour, je repense parfois à lui…

Lorsque je vois une main tendue vers moi, ou que j’entends un timide « une tite piasse svp ».

Chaque fois que je vois un homme sapé comme un pape dans un costar à 1000 balles refuser un Itinéraire à 4 piasses…

Entre les froides rues Saint-Joseph et du Pont, quand la glace tombe des toits…

Je repense au soleil qui émanait de la peau du prince du couloir Wagram.

Aujourd’hui, il fait -40.

On annonce l’ouverture de plus de lits d’urgence à l’Auberivière.

 

De roc et de pierre : l’Amérique latine au cœur de Saint-Roch

À la lecture de ce titre, vous vous êtes certainement dit que j’allais vous parler d’un nouveau restaurant latino-américain dans Saint-Roch et que vous sauriez désormais où manger les meilleurs enchiladas en ville. C’est très mal me connaître, Saint-Roch!

Je voulais plutôt vous parler du parc de l’Amérique-Latine, cette fabuleuse porte vers le Sud des Amériques, à même notre quartier. Il est situé tout près de la piste cyclable, de la rivière Saint-Charles, derrière le palais de justice.

Position du parc de l’Amérique-Latine. Photo : Google Maps et cell de la duchesse de Saint-Roch 2019

La duchesse de Saint-Roch jouant les révolutionnaires devant la statue de Bernardo O’Higgins. Photo : Christian Baron

Visiter ce lieu, c’est découvrir une tonne d’histoires au cœur de Québec. C’est s’ouvrir à certaines figures méconnues des manuels d’histoire nord-américains. C’est voir flotter tous les drapeaux des Amériques au cœur d’une tempête de neige.

Ce jardin est jonché de statues toutes bien alignées représentant les conquistadores et héros de la libération de l’Amérique latine.

Que des hommes, essentiellement…

Sauf la magnifique révolutionnaire bolivienne Juana Azurduy de Padilla, véritable exception!

Des héros…

L’héroïsme….

Lors d’une résidence de création à La Havane, en 2016, j’ai exploré lors d’une performance mêlant corporalité, chant et art vidéo la mémoire commune entre La Havane et le Québec. J’ai, entre autres, travaillé sur le personnage de Pierre Le Moyne d’Iberville. J’invitais les gens à se questionner sur la figure de héros versus celle de criminel. Les Cubains étaient fascinés par cette question, eux qui connaissent très bien ce paradoxe! Qu’est-ce qui fait en sorte qu’un criminel notoire peut devenir héros pour les uns, criminel pour les autres, et vice-versa?

Le vidéo expérimental qui accompagnait la performance était une manière pour moi de faire un parallèle entre ma marche et mes rêveries dans le quartier Saint-Roch et ma déambulation dans les rues de La Havane. Il raconte à sa manière et poétiquement le périple d’une jeune Québécoise et sa quête d’indices, sur les traces d’un des héros de la Nouvelle-France, mort dans des conditions mystérieuses à La Havane.

Je vous laisse le découvrir à travers mes yeux de petite Saint-Rochienne à La Havane! Vous reconnaîtrez certainement des scènes de vie hivernale du quartier, superposées aux chauds palmiers du pays de José Mati.

https://youtu.be/9CmVVZKlN_Q

La vélorution au féminin – liens entre féminisme et cyclisme

Le 8 février dernier, j’ai accepté de me joindre à un groupe de joyeux lurons, des nordicyclistes, comme ils s’appellent et comme les appellent ma chère consoeur Myriam, duchesse de Saint-Sauveur. J’ai participé à l’édition québécoise du fameux International Winter Bike to Work Day. Ne reculant devant rien, je me suis initiée au vélo d’hiver quelque temps avant l’évènement. Pour apprendre que, finalement, faire du vélo dans la slush, c’est l’fun, ça dérape et ça goûte salé! On y prend goût, comme qui dirait!

La journée internationale du vélo boulot à Québec édition 2019. Photo : Yan Turgeon

Il n’est pas anodin qu’une duchesse et féministe comme moi ait décidé de se joindre à un tel rassemblement : plusieurs analystes des deux derniers siècles évoquent les liens entre le féminisme et le vélo. Le vélo est un symbole de liberté de mouvement, de plaisir et d’autonomie. Utilitaire et divertissant, il permet d’aller et venir en toute indépendance, à peu de frais, d’avoir ses propres loisirs et son propre travail et de raccourcir les jupes! Une clé dans les mouvement d’émancipation féminine comme celui des suffragettes (voir l’article de Gabrielle Anctil). D’ailleurs, on s’imagine aisément ce que pensait le clergé catholique québécois pré-Révolution tranquille des femmes à deux roues, qui allaient et venaient comme elles le voulaient.

Même encore aujourd’hui, être une femme à vélo en ville, surtout en hiver et surtout en

La duchesse Roch City et sa monture d’hiver. Photo : Yan Turgeon

Amérique du Nord, ce n’est pas quelque chose d’acquis. J’imagine que lorsqu’on pèse 250 livres et mesure 6 pieds, les voitures se tassent de peur de se briser si elles nous rentrent dedans… Mais lorsqu’on est de petite taille, il faut en mener plus large et ne pas avoir peur de prendre son temps, de prendre sa place! Elles attendront, ces maudites voitures!

C’était d’ailleurs le mot d’ordre d’une des figures de proue du mouvement vélorutionnaire québécois, Claire Morissette. Véritable activiste et militante, elle et son association, Le Monde à Bicyclette, ont mené plusieurs campagnes de guérillas urbaines pour réclamer plus de place pour les vélos et un partage de la route équitable. Elle s’est même déjà fait arrêter pour avoir dessiné des lignes de piste cyclable en pleine nuit! Elle et sa gang se sont adonnés à plusieurs manifestations spatiales pour montrer combien d’espace ils prendraient s’ils étaient des voitures et, donc, comment ils contribuaient à vaincre les embouteillages. Aussi, systématiquement, prendre cet espace revient à revendiquer leur droit à leur juste part de la rue.

Photo : Manifestation spatiale à Montréal en 1981 Source : Le Monde à bicyclette

C’est une femme véritablement inspirante qu’il vaut la peine de commémorer encore aujourd’hui! J’aimerais que Saint-Roch devienne un quartier moins hostile envers les vélos et les piétons. Parce que le progrès passe par une meilleure cohabitation et harmonie!

Claire, la ville est à nous! 

Anthroposcène : une vision

Par une froide nuit d’hiver, je remontais la rue du Pont. Puis, j’ai eu comme une vision, dans l’une des vitrines. Un gigantesque robot, fait de boîtes de téléviseurs, nous regardait. Les lumières de la galerie Criterium restées allumées (sans égard pour la facture d’Hydro!), simplement pour nous permettre cette rencontre improbable.

Mes rêves deviennent donc réalité?

Votre duchesse a un ADN de Transformer, vous le savez. Grande amatrice de science-fiction, je rêve depuis que j’ai vu le film Aliens d’avoir accès à une armature robotique gigantesque telle que celle conduite par Ellen Ripley. Je sauverais sur les déménageurs et, en plus, sur la pizza. Et pis à part de ça, fuck les stéréotypes sur la musculature féminine et les statistiques sexistes, j’aurais mon suit de robot pour lever un char à mains nues (ce qu’apparemment la tante de ma mère, ou quelqu’un de sa famille, selon la légende, aurait déjà réalisé pour déprendre son mari mal pris).

Exosquelette de Ellen Ripley dans Aliens (1986). Source : exopedia.org

À la vue de ce monstre d’acier métonymique, mon cœur a jubilé. J’ai eu envie d’en savoir plus sur l’artiste derrière cette installation. Je voulais même lui proposer de produire une performance, inspirée de son concept. Cette idée reste en suspend pour le moment, mais je ne perds rien pour attendre!

Anthroposcène, une exposition de Charles-Antoine Blais Métivier qui avait lieu à la galerie Criterium du 12 au 19 janvier 2019. Photo : Duchesse Roch City

Charles-Antoine Blais Métivier est l’artiste en question qui a conçu l’exposition Anthroposcène, où des déchets représentants la surconsommation (boîtes de téléviseur et emballage de styromousse) sont sculptés et deviennent objets d’art. Comme l’affirme l’artiste, cette installation à même une rue passante sert à rappeler la vitrine « d’après-Noël », ou la déchéance après la fête.

Je vous parlerai bientôt plus en détail du concept d’anthroposcène et comment s’applique à la géologie saint-rochienne. Pour le moment, je suis encore à la recherche d’un ou d’une savant fou pour me construire un power load suit!

Netflix Killed the Video Star

Le cinéma Odéon, Photo : Le journal l’Action du 14 et 16 septembre 1967 / Source : La société historique de Québec

Saint-Roch, il est rendu où ton cinéma?

En bonne amatrice du septième art, votre dévouée duchesse refuse de prendre sa voiture pour aller aux vues. Tout le monde vous le dira : je raffole du popcorn, « extra beurre, svp ». Ne reculant devant rien, il m’arrive même de gravir la côte vers la Haute-ville plusieurs fois par saison, question de me rendre sur la rue Cartier et d’apprécier ses affiches de films de répertoire, de jeunes réalisatrices-teurs québécois, et même, pour y voir quelques blockbusters. Oui, cela m’arrive de te tromper avec Montcalm et même, en femme de grande culture, j’adore mettre ma switch à off et regarder les muscles d’un Dothraki devenu roi des mers.

Mais, cher Saint-Roch, il est rendu où ton cinéma? J’ai fait le tour des maigres classiques, séries et documentaires sur Netflix (horrible monstre, je sais) pour ne pas te quitter. Je suis au bout du rouleau, ne vois-tu pas! Alors que les dernières pelles s’affairaient à mettre à terre la façade de l’ancien Cineplex – pour faire place à ce qui serait, nous ne le savions pas encore, le nouveau Y.M.C.A (chanté sur l’air de Village People) – moi, je pleurais, évidemment.

Nous savions tous que ce bâtiment qui devait être à la fine pointe de la technologie, au temps où le gaz s’achetait au gallon, ne serait pas remplacé et que les fans de ciné pourraient toujours sécher.

Et puis, je me suis intéressée à l’histoire du cinéma dans mon quartier. En bonne archéologue de la culture que je suis!

Si mes calculs sont bons, il devait y avoir quelque chose jadis, à l’endroit près de l’actuel Théâtre La Bordée, au coin des rues Saint-Joseph et Dorchester, selon l’article d’Yves Laberge « Aller aux vues dans la capitale » (1994). Il y aurait eu un édifice abritant un cinéma se nommant l’Arlequin, puis le cinéma de Paris et, finalement, le Pigalle.

Restons sur la rue Saint-Joseph. La salle de spectacle Impérial Bell n’était, avant l’apparition de l’écran cathodique, rien de moins (évidemment puisque c’est le sujet de cet article) qu’une salle de cinéma. Et même, à un certain moment de son histoire, elle fut consacrée aux films dits « de fesses ». À partir de 1971, on projetait au Midi-Minuit des grands classiques du cinéma érotique, comme une version émoustillante de Ti-Coq, ainsi qu’un remake québécois de RasPoutine. Certains pourraient y voir ici un signe du déclin du clergé de la paroisse de Saint-Roch. Cet endroit était connu par tous comme le vrai Paradis… Ça, c’était évidemment avant que le projectionniste ne se brûle les yeux en changeant la bobine, exacerbé de censurer tous ces beaux films et de couper tous ces petits frenchs, seins et autres petits bouts de peau.

Toujours est-il, Saint-Roch, je te le redemande : il est rendu où ton cinéma?

Il faut croire que je n’étais pas prête à le voir partir et que j’attendrai, j’attendrai toujours son retour… Comme ce beau vieux monsieur au Dauphin la semaine dernière qui chantait un classique de la jeune Renée Martel : « Je n’ai qu’un regret, qu’il soit loin de moi ».

Raconte-moi Saint-Roch : un café avec Webster

Photo : Duchesse Roch City


Le 28 janvier dernier, j’ai eu la chance de m’entretenir avec l’historien et rappeur Webster sur la présence noire et afro-descendante dans le quartier Saint-Roch. Comme duchesse du quartier, il me semblait pertinent de m’informer sur cette facette importante de la mémoire collective.

Lors de ce café en compagnie de Webster, nous avons échangé sur certains faits méconnus de l’histoire de Saint-Roch. (Je laisse ci-dessous la parole à Webster, qui vous en parlera comme si vous y étiez!)

  • Datant de 1799, l’aquarelle Ruins of the Intendant’s Palace de George Heriot représenterait un homme itinérant qui mendiait dans les environs du palais de l’intendant.
  • La vie d’un bourreau ayant vécu sur la rue Saint-Vallier.
  • Au 19e siècle, plusieurs entrepreneurs noirs ont eu pignon sur rue dans le quartier Saint-Roch.
  • Une histoire très triste : celle d’un homme habitant sur la rue du Pont (anciennement la rue Craig), qui fut tout au long de sa vie méprisé par les cochers, puis poignardé par des voyous. 
  • Avant de s’appeler Badelard, la célèbre petite côte bucolique qui relie la Haute-Ville et la Basse-Ville s’appelait « côte de la Négresse ». Plusieurs légendes entourent cette dénomination. Qui était cette dame? Était-elle tenancière d’un très couru bordel? (À suivre…)

Envie d’en savoir plus? Au printemps prochain, les tours Quebec History X guidés par Webster reprendront. Profitez donc de ce moment pour redécouvrir votre ville sous un nouvel angle!

En terminant, puisque février est le Mois de l’histoire des Noirs (et qu’un mois par année ce n’est franchement pas assez!), je vous invite à vous intéresser aux activités organisées dans votre milieu et à y prendre part sans hésiter!

Daishowa, my love

Tu m’as dit que je n’ai rien vu de la Daishowa.

Mais J’ai tout vu.

Tout.

Les capitaux anglais.

Les ouvriers formés à l’Institut technique du boulevard Langelier.

La drave sur la rivière Montmorency.

La construction art déco.

Le port agrandi.

La guerre.

Le camp de la Citadelle de Québec…

Puis les internements à Trois-Rivières, Grosse-Île.

Les citoyens japonais, italiens, juifs…

Les pyjamas de prisonniers.

Le Colisée.

La victoire des As de Québec.

Willie O’Ree.

Les grèves.

Les lockouts.

Les boîtes à lunch métalliques.

Les fonds de pension perdus.

La fumée toxique.

Son évaporation dans le vol du héron de la Saint-Charles.

(N.D.A. Ce texte a été écrit sur le pont à la vue de la fumée de celle qu’on appelle parfois encore la Daishowa. Je n’ai point franchi les limites de mon duché. J’ai simplement suivi la fumée.)

Chronique d’une nuit saint-rockienne…

Épopée sonore du quartier qui ne dort jamais.

AVERTISSEMENT : Tous les éléments relatés ici sont véridiques et se sont déroulés dans l’espace-temps d’une seule nuit. Cette nuit-là j’avais pourtant décidé de ne pas enfiler mon uniforme de superhéroïne et, pour une fois, de ne pas aller sauver le monde. Une nuit de congé, une nuit de repos. J’avais enfilé plutôt mon pyjama et je croyais pouvoir m’offrir une nuit tranquille.

À 10 h 30 : Heure du coucher.

À 10 h 33 : « Bip, bip, bip… » Les clients du Airbnb d’en face composent leur code pour entrer.

À 12 h 15 : « On s’est aimé comme on se quiiiiteee… » Jos Dassin. On a donc ouvert la porte du Dauphin…

À 12 h 30 : « Bang! » Une fenêtre cassée sur Saint-Joseph?

À 12 h 45 : « Brrrrrrrrr… Hiiiiii… » Bruit de freins mal huilés. Une voiture tourne au coin du Parvis et Saint-François.

À 1 h 14 : « T’as pas d’allure!! Tu vas fiiiinir par te tuuuueer… » Apparemment Guy à trop bu et on essaie de le résonner. Ça se passe sur du Pont.

À 1 h 20 : « Beuuuuuuuuuuuuuurrk. » Quelqu’un vomit sous la fenêtre du Airbnb d’en-face.

À 1 h 45 : « Je t’aime Jean-Claude… Moi non plus, Annette! Moi non plus!… » Sans commentaire.

À 2 h 10 : « JS! JS! JS! JS?? » Un dénommé JS est demandé dans la rue Saint-François!

À 2 h 20 : « I just want to fly, put your arms around me baby, put your arms around me baby… » Cette chanson m’a toujours fait pleurer.

À 2 h 45 : « Tu vas me payer mon osti?!? » Oh! Un client pas satisfait.

À 3 h : « Bouhouhou… » Quelqu’un en larmes. Il arrive de Limoilou.

À 3 h 15 : « On apprivoise pas les chats sauvages… » Un homme à pied qui s’en va vers la Haute-ville.

À 4 h : « Oooooo mioooo bambinoooo carrrroooo » Monsieur opéra passe à vélo.

À 4 h 15 : « Couac, couac, couac… » Les mouettes sur le pont s’excitent déjà à l’idée des premières lueurs.

 

Saint-Roch.

Laisse-moi dormir. OK?

J’ai besoin de dormir pour pouvoir rêver à toi.

J’ai besoin de te serrer dans mes bras et de te parler de mes projets pour toi, pour nous.

Je veux prendre ta main et t’amener jusqu’à l’autel unir nos destinées sous l’œil attendri d’un conseiller municipal.

Je veux marcher à tes côtés, t’entendre me susurrer tes espoirs à l’oreiller.

Parle-moi, Saint-Roch.

Je veux rire avec toi et aussi m’engueuler avec toi.

Viens avec moi, faisons-nous un beau grand bateau ou un tout petit radeau. Voguons ensemble sur la Saint-Charles vers de nouvelles aventures, vers notre grande aventure!

Mais laisse-moi en paix.

Laisse-moi au moins dormir…

Cette nuit.

Bio

La duchesse de Roch-City II 2019 en est une aux mille et une tuques! Qu’à cela ne tienne, elle refuse toute étiquette : performeuse, médiatrice culturelle, intellectuelle, féministe, militante, poète… Elle se compare plutôt simplement à un couteau suisse ou à un Transformer. Elle s’est jointe au conseil d’administration de la Revengeance à partir de 2016, où elle portait fièrement le titre de roturière (et même de gueuse pour les intimes), s’écartant de tout titre de noblesse jusqu’à tout récemment. Elle a obtenu en 2018 son doctorat à l’Université Laval. Cette même année, elle a aussi travaillé quelques mois dans la Ville Lumière, avant de revenir à Saint-Roch/Roch-City, son quartier de prédilection. Elle travaille actuellement dans le milieu des arts de la scène comme responsable des communications. 

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