Contactez-nous instagram twitter facebook courriel
La revengeance des duchesses

Saint-Jean-Baptiste

En fin de compte, au pied de la tour

Ok, si vous êtes fraîchement débarqués ici, allez plutôt lire mon texte intitulé « Un phare dans tes bobettes » ou visionner la vidéo « Sauvons la vocation (agricole) des terres ». Ce qui suit est plutôt pour les initiés! Mon blogue de duchesse se conclut (ouf! Enfin débute ma nécessaire cure des réseaux sociaux et de ma propre face partout). Ça y est, après les duchesses d’Aiguillon et Granola, je me glisse dans la lignée d’Iris, Lydia, Caroline, Nadine, Anne-Marie, Jeanne, Nancy. J’en appelle aux filles (j’aime ça dire filles) et j’en appelle aux iels (nouveau mot que j’ai appris, merci Fre) : Marie-France, Élisa, Julie, Flavie, Anne-Sophie, Fanny, Marie-Ève, Ève, Annie, Caroline, Marie-Claire, Marie-Hélène, Claudia, Paryse, Josée, Laetitia, Isabelle, Yacinthe, etc. : je vous exhorte de prendre le relais, de vous approprier cette tribune, cet espace de création AUTOGÉRÉ et FÉMINISTE, afin de vous exprimer et mettre en valeur vos territoires urbains et/ou imaginaires. Pas besoin de faire comme la duchesse de Saint-Jambe qui beurre épais et se surmène. Vous pouvez vous en tenir à quelques dessins, photos ou écrits.

À tous, MERCI pour vos encouragements multiples. Salut à toute la cohorte 2019, aux duchesses formidables et à toutes celles qui s’impliquent dans l’organisation des activités et du blogue. Ça fait du bien de rencontrer du beau monde de même. La Revengeance a tout du club social, mais plutôt que d’y jouer aux cartes, on se met sur la carte!

Enfin voici quelques images-souvenirs de ma duchessitude.

L’adoubement qu’officiait Alice Guéricolas-Gagné, où j’ai été intronisée au sein de l’Université de Saint-Jambe. Suivi d’un vin chaud à la rose et d’une microparade saint-jambienne.

Vue glaciale sur les terres à sauvegarder et sur ma délirante tenue de duchesse

Qu’est-ce que lit une duchesse? Entre autres : Marie-Claire, Francis Desharnais, Alain Denault, Paul Zumthor, Alain Larose, Meb et Alice de Saint-Jambe, bien entendu. Merci à la Librairie Pantoute pour l’accueil! Merci au groupe Mélisande d’avoir appuyé la cause des terres des Sœurs de la Charité au Théâtre Petit Champlain. Bienvenue à Céline Tremblay, héritière de la véritable couronne, Carole Turgeon et les autres.

Qu’est-ce qu’une duchesse expose à la bibliothèque de Saint-Jambe jusqu’au 17 mars? Une exposition autour du thème de Babel qui réunit poèmes, vidéos et dessins.

Babel de Hélène Matte et ZumTrobar :     https://vimeo.com/312642872

Enfin, ma duchessitude sera marquée à jamais par la joie de mon ami Edmé Étienne à l’approche de son concert punk, lequel j’ai inauguré le 2 février par quelques poèmes du recueil En berne. Puis, près d’une semaine plus tard, par l’atermoiement devant son acte manqué, sa survie ratée, comment dire : sa mort. Edmé, toi tellement show-off, te voilà juste off. Quel gâchis. À ton cri Oï! nous répondons ayoye. , changeons la formule punk No Future pour Low Future, ok? La décroissance de la consommation plutôt que la déchéance. L’Amour scandé et chanté plutôt qu’à l’arraché. L’autodérision plutôt que la mythomanie narcissique. Sympathies à tous ceux blessés par ton geste. À nous. Amour avide. Adieu Edmé tatoué. Va au silence.

Je conclus sur un court poème, que j’ai lu lors la cérémonie d’adoubement aux allures pataphysiques, tandis que ma fille (future duchesse de la Revengeance!) m’envoyait des pétales dans la face…

Je ne suis pas princesse d’ivoire (je suis duchesse revengeresse)

Je suis reine et je suis le château

Un château de pétales de roses. Un château de pétales de roses.

Vies de quartier

Aujourd’hui poésie. Aujourd’hui dystopie.

Dystopie

Dans mon cauchemar

Les corridors de vents créés par les tours font tourbillonner les poussières toxiques

Et viennent nourrir un smog de plus en plus dense

Dans mon cauchemar

On se ruine à construire un troisième lien

Et j’ai honte d’habiter un village d’arriérés

Dans mon cauchemar

Les grosses poches et la mafia des agents immobiliers transforment la vie de quartier en labyrinthe individualiste.

Dans mon cauchemar

Il n’y a plus de coopérative ni de logement, les familles sont contraintes de louer des chambres à la petite semaine comme des touristes.

Dans mon cauchemar

Les radio-poubelles sont jouées non seulement dans les maudits autobus mais aussi dans les cours d’école.

Dans mon cauchemar

Les humoristes envahissent toutes les scènes et l’argent public réservé à la littérature finance des torchons populistes et sexistes.

Dans mon cauchemar

Des fonctionnaires décident de remplacer les jeux d’adresse et d’équilibre dans les parcs pour enfants par des masses en plastique et des écrans hystériques.

Dans mon cauchemar

Tous les artistes se sont convertis au numérique et les entrepreneurs créatifs n’ont d’intelligent que leurs outils de communication.

Ce n’est qu’un cauchemar

Quand j’ouvre les yeux pis que je te vois, gens de Saint-Jambe

C’est encore possible de rêver

Tout en gardant l’œil ouvert

 

Le bandeau du projet Vies de quartier est une œuvre collective d’Hélène de Saint-Jambe, en collaboration avec Malcom Reid, Pishier, Xavier Bélanger-Dorval, Marc Boutin et Edmé Étienne

En 2016 j’ai initié et dirigé un projet de médiation culturelle nommé Vie de quartier. Un journal éponyme, écrit et illustré par les résidents de Saint-Jambe et à propos de leur quartier, a été distribué gratuitement, de porte en porte, à près de 6 000 exemplaires.

J’y avais publié quelques poèmes et dessins. Je les partage avec vous, accompagnés de quelques gravures de Bill Vincent, l’un des artistes de Saint-Jambe y ayant participé.

La maison bleue dans Saint-Jean-Baptiste, gravure de Bill Vincent, 1976 (courtoisie)

Espaces sonores

Instant de grâce

hors de l’église

La cloche sonne

Par-dessus le tumulte

de la cour d’école

*

Piaillement multiple

L’arbre rue Saint-Olivier

a pour feuillage

Cent mille oiseaux

*

En arrière, gravure de Bill Vincent, 1979 (courtoisie)

Point d’ordre

au conseil de quartier :

Veuillez cesser le vacarme

Réveillez sur-le-champ

l’homme qui ronfle

à tout rompre

*

Est Sainte-Anne de Beaupré, gravure de Bill Vincent, 1977 (courtoisie)

Coulée de phares

Inversion du volcan

au petit matin

Vrombissement des périphéries

Mouvement de la banlieue

vers le centre

L’hémorragie des voitures

phares grand ouverts

Lave de lumière aux sillons des routes

Le jour éclate sur la ferraille peinte

La radio fait état

de la circulation

Frise de bâtiment, selon les dessins de Marc Boutin (courtoisie)

Pour voir l’ensemble du projet Vies de quartier :

Michel Côté, un homme d’exception

C’est un bonheur de côtoyer ce Saint-Jambien originaire de Beauport, du temps où il y avait encore là-bas des champs d’aubépine magiques. C’est un homme polyvalent mais unique, un créatif d’une grande profondeur, un être d’exception. Probablement un des meilleurs jazzmans du Québec, avec son frère Pierre Côté. Celui-là, quand il joue de la contrebasse, il nous emporte illico. Ça vibre jusqu’à loin, au tréfonds de l’existant. Rien de moins. La musique, ça génère des liens entre les personnes, mais ça crée aussi de l’espace à l’intérieur des individus. Eux, ils créent de vastes espaces de liberté, notamment quand ils improvisent. Tous deux, en compagnie du saxophoniste Alain Boies, ils forment le CBC Trio depuis les années 1970. Aussi, avec Michel Lambert, ils sont le Maïkotron Unit, un projet intemporel de musique actuelle autour d’instruments inventés. Vous les avez peut-être entendus aux Mardi-Jazz du Fou-Bar, ou sur la scène de la Maison de la littérature, où ils accompagnent parfois les poètes, ou encore vous avez l’un de leur nombreux disques (ou cassettes!). Sinon je vous plains, je vous prie d’accueillir votre chance. Une telle qualité à notre portée, c’est rare.

Photo de Michel Côté tenant une guitare, habillé de noir, barbe blanche

Michel Côté, photo de Jean-Christophe Blanchet (courtoisie)

Compositeur et multi-instrumentiste, Michel Côté est un musicien éclectique. Sa musique est originale et sans compromis. Il a participé à de nombreuses tournées nationales et internationales et a joué avec des musiciens d’envergure, notamment au sein du Bill Dixon Orchestra à New York, avec qui il a collaboré plusieurs années et contribué à cinq albums. Michel est constamment à l’affût des expériences inédites. Présentement, il poursuit assidûment des recherches et développe un projet nommé Herbievore, un hommage essentiel au pianiste méconnu Herbie Nichols (1919-1963).

Michel ne fait pas que dans le jazz. Il mêle ses notes à la littérature vivante, pratique la musique contemporaine et se nourrit de musiques traditionnelles d’ici et d’ailleurs. Il joue de la clarinette basse, du saxophone, de la batterie, de la guitare, mais aussi, il est un as des flûtes et des percussions en tous genres… sans compter les instruments inventés. Comme cette « guitare de barbarie » conçue en 2018.

Photo d'une guitare de barbarie, qui ressemble à une guitare ordinaire, mais perchée tête en bas sur un trépied.

Guitare de barbarie, création de Michel Côté, photo de Jean-Christophe Blanchet (courtoisie)

Michel est par ailleurs un fin réparateur d’instruments. Dernièrement, il a ressuscité une vielle à roue et l’a apprivoisée. Elle est née en 1889 à Jenzat, un village d’Auvergne. Son père, Jacques-Antoine Pajot dit le Jeune, est le dernier d’une lignée de neuf générations de facteurs de vielles. La voilà, je vous présente Elvira Manivella, une grande dame nouvellement arrivée dans Saint-Jambe après une traversée mouvementée du temps et de l’océan Atlantique. Au début elle chantait comme une arrière-grand-mère en phase terminale, mais grâce aux soins minutieux de Michel (et plus de 75 heures d’ouvrage), elle a retrouvé sa voix. Elle est notamment vocaliste au sein d’un autre projet de création, celui-ci nommé ZumTrobaR.

Photo de la vielle à roue sur fond blanc

Elvira Manivella, photo de Jean-Christophe Blanchet (courtoisie)

ZumTrobaR est un projet que j’ai fondé et que je déploie auprès de Michel. Notre titre salue le médiéviste Paul Zumthor, le poète que nous interprétons. Il conjugue son nom au mot trobar, qui signifie « troubadour » dans la langue de ceux-ci, l’occitan.

Vous êtes les bienvenus au lancement de ZumTrobaR, et du CD L’oeil nu, le 14 mars 2019, lors du Mois de la Poésie.

http://www.moisdelapoesie.ca/prog2019/2019/2/5/lil-nu

ZumTrobaR remercie le sympathique Café Bistro Au Bonnet d’Âne pour sa magnifique échelle!

 

Gens de Saint-Jambe : Lise Audet et Marie-Ève Duschesne

Lise Audet

Lise Audet, dessin de Hélène de Saint-Jambe (courtoisie)

Je l’aime Lise Audet. Fille du faubourg et de la peintre Isabelle Laflamme, elle est née et a grandi dans la paroisse de Saint-Cœur-de-Marie. Ne cherchez pas, ça n’existe plus. Ça été rasé avec l’arrivé du boulevard René-Lévesque. Elle est partie près d’une dizaine d’années mais est revenue au bercail depuis longtemps. Lise s’occupe du plus gros groupe d’achat de la région de Québec, et ce, depuis plus de vingt ans. En collaboration avec Moisson Québec et quelques particuliers, elle gère de façon conviviale et avec dévouement une troupe de consommateurs de la marge qui évitent ainsi les épiceries et leur musique aussi indigeste que les prix. Une fois par mois, mères de familles, étudiants ou sociables solitaires viennent y faire des réserves et des économies. On y achète en gros et divise en portions. On y vient quand c’est possible, on se salue et prend des nouvelles. L’organisation autogérée prenait place au sous-sol de l’église Saint-Jean-Baptiste avant sa fermeture. Elle s’établit maintenant à la coopérative Le Septième Ciel. Lise vit humblement malgré son bac en physique et ses deux maîtrises. Ses recherches l’ont menée au Vietnam et en Malaisie, et se poursuivent. Présentement inscrite en études anciennes, elle s’intéresse à l’Égypte et apprend des langues obsolètes. Cette passionnée des civilisations demeure, malgré son âge vénérable, une éternelle étudiante.

Un bon article au sujet de la nécessité des groupes d’achat et des banques alimentaires :  http://plus.lapresse.ca/screens/c4458419-7b1a-4620-8a5c-63a640c535e3__7C___0.html?utm_medium=Facebook&utm_campaign=Microsite+Share&utm_content=Screen&fbclid=IwAR0bsTd3_DLvD7gSmk1uULzcRNSEIUWytMKD-4B6fcBgWANUXPNfz4URDpg

Marie-Ève Duchesne du Comité populaire

Marie-Ève Duchesne, dessin de Hélène de Saint-Jambe (courtoisie)

Je ne dis pas ça pour me vanter, mais Saint-Jambe est doté d’un Comité populaire. L’organisme est né dans la foulée des mouvements citoyens qui ont lutté contre les excès de la Rénovation urbaine. Rénovation urbaine? C’est-à-dire le vaste étalement violent qui a multiplié par 20 la surface construite de la région en moins de huit ans tandis qu’au centre-ville 10 000 résidents ont vu leur job et leur logement disparaître sous les 4000 bâtiments mis à terre, dont les 14 écoles publiques de leur quartier. Un massacre culturel. Le Comité populaire est né en 1976.

Aujourd’hui, c’est Marie-Ève Duchesne qui tient le fort. Marie-Ève est là depuis plus de cinq ans. Elle a une technique en travail social et s’est impliquée plusieurs années dans la défense des droits, notamment auprès des femmes sans emploi. Elle donne des formations d’autodéfense féministe, et sur le logement social ou la hausse des loyers. Elle anime aussi une émission à CKIA : Salut à toi!. C’est une fille dédiée, engagée. Une vraie duchesse, quoi! Au comité populaire, elle soutient nombreuses causes. Elle s’inquiète de l’impact des Airbnb, elle essaie de faire bouger les choses concernant la boucherie Bégin ou l’îlot Saint-Vincent-de-Paul. Et elle n’est pas seule. Outre son collègue Vincent Baillargeon, des dizaines de personnes s’activent dans la vie associative et s’impliquent dans divers comités :  le journal l’Infobourg, l’Université populaire, le vestiaire, la « gang du jardin », etc. Ce que Marie-Ève aime de son métier, c’est contribuer concrètement à ces mobilisations, rendre manifeste le pouvoir du local, jouer dans la balance des rapports de forces politiques. Pour nous et avec nous, elle défend nombreuses luttes sociales et tient à jour des dossiers à propos de l’aménagement du territoire. Marie-Ève ne fait pas dans la politicaillerie mollassonne. Elle sait franchement dénoncer et revendiquer. Elle agit. Ça fait du bien.

https://www.unehistoirepopulaire.net

https://www.compop.net

Et une vidéo sur la lutte légendaire (et vraie!) de la rue Saint-Gabriel : https://vimeo.com/101535255

Gens de Saint-Jambe : le duc David (2019) et la duchesse Granola (1998)

David Nadeau Bernatchez, citoyen du monde et de Saint-Jambe

Duc de Saint-Jambe 2019 par procuration, David en est un, parmi les surdiplômés talentueux et multitâches du faubourg. C’est un esprit libre qui a préféré ne pas se barrer les pieds dans les institutions pour faire carrière, qu’elle soit universitaire ou artistique. Il écrit sans chercher à publier et cherche plutôt à rendre poétique sa vie elle-même. C’est d’ailleurs un père de famille accompli. Il habite le centre-ville mais demeure attentif aux cycles des saisons. Il connaît la forêt : une partie de l’année, il est producteur de sirop d’érable biologique.

Boîte de conserve de poésie liquide, un poème bio d’Hélène de Saint-Jambe en intime collaboration avec David Nadeau-Bernatchez

Si Nietzsche philosophait à coups de marteau, David, lui, a fait ses études en tapant sur une batterie pour faire du groove et de la musique actuelle. Philosophie et anthropologie visuelle l’ont mené à fréquenter des ethnomusicologues et à effectuer de tumultueuses recherches sur les musiques urbaines de Kinshasa. Cette ville d’Afrique centrale est l’une des plus densément peuplées et la plus grande agglomération francophone de la planète. David est probablement le seul Saint-Jambien à suivre avec autant d’attention les élections en République démocratique du Congo.

Lokassa, vidéo de 1:33 min poème et réalisation de Hélène de Saint-Jambe, mettant en vedette Jean-Marie Alexandre et Justice Rutikara. Cette vidéo a été réalisée en 2007, la veille du premier scrutin historique de la République Démocratique du Congo (ancien Zaïre).

Les nombreuses réalisations cinématographiques de David Nadeau-Bernatchez relèvent plus souvent de l’art contemporain que de la pub télévisuelle. Gentleman-acériculteur en région et citoyen du monde, ses perspectives sont larges mais toujours concernées par sa localité, sa culture et ses gens. Il a d’ailleurs développé un projet d’art-web qui résonne avec la thématique de la dixième Revengeance des duchesses, « La ville est à nous ». L’oeuvre, à la fois atypique et emballante, fait une kaléïdoscopie hallucinante de la ville de Québec, composée de fragments en mouvement : il faut visiter le projet Ludovica.

http://www.projetludovica.com

https://www.lesoleil.com/arts/projet-ludovica-quebec-en-recits-utopiques-6615a62084016fdad1a7693fe3d931c6

Richard Cantin, alias duchesse Granola

Journal de Québec, février 1998

J’adore Richard. Pas juste parce qu’il fait les coupes de cheveux étranges que je demande. C’est parce qu’en plus d’être beau et intuitif, il est avant-gardiste. C’est un créateur qui soigne son monde. À son salon, ses produits son éthique et sa déco est personnalisée. Il offre de délicieux gâteaux vegan et transforme comme nul autre le shampooinage en un massage de tête bienfaiteur. Richard est un Saint-Jambien de longue date. À une certaine époque, il était serveuse au Drague. Cette institution du faubourg, l’une des plus grandes discothèques en ville, organisait, comme la Revengeance aujourd’hui, un évènement parallèle au Carnaval de Québec avec ses duchesses et sa propre mascotte. En 1998, Richard était la superbe duchesse Granola. Cette année le Drague est partenaire du Carnaval officiel et a désigné une Reine des glaces, la ténébreuse Adriana. D’ailleurs, si vous avez encore du jus après la Revengeance, elle nous invite au Drague le 16 février pour un bal électronique fort en commandites.

Richard me prête la vitrine de son salon de coiffure le temps de la Revengeance, du 1er au 15 février. J’y présente deux vidéos. Allez voir au salon T’es-tu vu l’allure?, 317, rue Saint-Jean.

Richard et son comparse Bobby du salon de coiffure T’es-tu vu l’allure?, dessin courtoisie de Hélène de Saint-Jambe 

 

Un tobogan entre la cafétéria et la cour d’école

Saint-Jean-Baptiste se dévitalise. Certains propriétaires y sont négligents. Il faudrait trouver à faire avec l’ancienne boucherie qui pue le moisi, les commerces abandonnés depuis l’augmentation des taxes, surtout avec les hommes d’affaires ou d’église qui spéculent à tour de bras sur le dos du monde et au détriment du patrimoine. Saint-Jean-Baptiste se dévitalise, mais heureusement, la relève de Saint-Jambe a des projets. De même, Lionel, 13 ans, qui a été champion au concours d’art oratoire de son école en 2018. Je reproduis ici une version réduite de son texte, que je suis allée déposer ce matin au bureau de l’architecte Pierre Thibault, situé en face de l’école Saint-Jean-Baptiste.

Église Saint-Jean-Baptiste et tour Martello, dessins de Flexib (gracieuseté)

Imaginez que le son des cloches de l’église devienne celui de la sonnerie de l’école… C’est possible, car nous allons bientôt transformer l’église Saint-Jean-Baptiste en cathédrale de la jeunesse… Avec 1 000 000 $, je me suis permis d’avoir des grandes idées pour encourager l’activité physique et la saine alimentation à l’école!

Je vous entretiendrai du nouveau gymnase que nous construirons et d’un projet de cafétéria bien particulier. Je vous dirai enfin quelques mots à propos d’un immense tapis roulant aménagé dans notre cour d’école agrandie.

Pour commencer, le nouveau gymnase se trouvera au premier étage de l’église abandonnée. Il sera éclairé par la lumière naturelle des anciens et de nouveaux vitraux. Il comptera des vestiaires modernes, des paniers de basket-ball, des vrais buts de soccer et des trampolines, mais aussi des casques et des programmes de réalité virtuelle qui nous permettront de pratiquer toutes les disciplines olympiques!

Voyons ce que nous allons faire du deuxième étage de cette fameuse église. Nous allons percer de grandes fenêtres dans le toit et nous allons installer suffisamment de tables pour que tous les élèves et les professeurs puissent y manger. Il y aura un service de traiteur santé à bas prix, et les élèves auront droit de vote sur les repas proposés. Après le dîner, les professeurs offriront des spectacles d’humour. Rire, c’est bon pour la santé…

En troisième lieu, j’aimerais dire quelques mots sur l’agrandissement de la cour d’école. Le parvis de l’église fera désormais partie de cette cour et un immense tapis roulant va relier l’actuelle cour à la cafétéria. Grâce à ses poulies de transmission, cet immense tapis roulant va transformer l’effort des élèves en énergie électrique pour l’école! Une fois rendus au deuxième étage, les élèves épuisés pourront redescendre dans une gigantesque glissade qui les ramènera à leur point de départ.

Je vous ai parlé de mes grandes idées pour la santé à l’école Saint-Jean-Baptiste. Pour la forme physique, pour la saine alimentation, mais aussi pour le patrimoine de notre quartier, on n’arrête pas le progrès! Merci!

Lionel, courtois

Sauvons la vocation (agricole) des terres (version visionnaire)

À mon tour d’être visionnaire. Je consulte les étoiles.

Je m’habille en toge.

Je mets un masque qui, au temps de la tragédie, servait aussi de porte-voix.

Me voici qui proclame en gesticulant :

« Sauvons! Sauvons-nous. Pas dans le sens de fuir.

Sauvons-nous dans le sens de : sauvons notre honneur et notre histoire, sauvons ce qui nous reste. Cueillons les possibles pour réaliser une suite, pas une fuite, une suite.

Pour la suite du monde.

Sauvons la vocation. Une « vocation », c’est un appel. L’entendez-vous?

Le chant de la terre s’élève à travers le vrombissement des moteurs et des systèmes de climatisation. La terre nous parle, elle nous parle de nous.

Son chant remue les cycles de vie et de mort au fil des saisons.

Elle digère le temps, comme nous digérons ce qu’elle prodigue.

La terre a une vocation : celle d’être prodigieuse.

À ceux qui veulent bâillonner la terre. À ceux souhaitant la couvrir vivante, dans un sarcophage doré de statistiques et de fausses promesses progressistes. Entendez-vous? Son frère le vent porte des prophéties, il annonce secousses et inondations, poison industriel et famine sociale. Entendez-vous ce qu’il vous siffle à l’oreille : soyez maudits! »

Et là, effet spécial : il y a un nuage de boucane. Disparaît la chorale de sopranos qui jouait le vent. Deus Machina, voilà que je m’envole dans les airs et me transforme en hologramme, karaoké des paroles du chant de la terre, qui est une simple chanson à répondre, en Fa dièse.

Terres des Sœur de la Charité, dessin de Marc Boutin, 2016

Sauvons la vocation (agricole) des terres des Sœurs de la Charité (finale)

Les terres des Sœurs de la Charité, j’en ai parlé et j’espère que vous en parlerez à votre tour. D’autres en parlent. Notamment, je vous invite à vous intéresser au groupe Voix citoyenne et à visionner ce reportage d’une dizaine de minutes sur le sujet.

https://ici.radio-canada.ca/tele/la-semaine-verte/site/segments/reportage/90425/terres-agricoles-developpement-urbain-soeurs-charite

www.facebook.com/voixcitoyennequebec

www.citylab.com/environment/2019/01/quebec-city-new-homes-for-sale-agricultural-land-sprawl/580402/?utm_source=fbb&fbclid=IwAR0lkdyrbualLDqMaGVM5cxF1iwuRwr3UL7d7kUp2QRqYNMV4aveyixBzJE

 

Le parc-cour Parc-cœur : une mobilisation citoyenne pour la cour d’école

L’école primaire Saint-Jean-Baptiste a connu une augmentation du nombre d’élèves, passant de 220 à 330 têtes. Cela ravive l’urgence d’un aménagement adéquat de sa cour, qui se doit d’être aussi stimulante que sécuritaire.

Ancienne cour d’école Saint-Jean-Baptiste, dessin de Marc Boutin (courtoisie)

On nomme cette cour le Parc-cœur. Elle a la particularité d’être aussi un parc public. Les enfants y reviennent la fin de semaine. Les gens de Saint-Jambe profitent des bancs sous les arbres. Or, peut-être à cause de ce statut partagé, moitié municipal, moitié scolaire, personne ne prend en charge sa réfection entièrement. Résultat : la cour de l’école Saint-Jean-Baptiste n’a pas été rénovée depuis 15 ans. On voudrait y faire des travaux en 2020. La commission scolaire est prête à mettre 10 000 $. Le ministère de l’Éducation offre 25 000 $ par tranche de 100 000 $. Puisque les coûts sont évalués à 210 000 $, il reste un gros montant à trouver. Un groupe de parents, puis un autre, ont cherché du financement. La Caisse populaire a embarqué… il reste maintenant plus de 75 000 $ à trouver d’ici juin 2019. Une campagne de socio-financement se met en branle actuellement et rassemble un contingent phénoménal d’artistes du quartier. Le 15 juin, à la journée de la fête du Faubourg, il y aura un évènement sans pareil. La population de Québec et les instances de la Ville (bon sang, que fait-elle?) seront sollicitées. Soyez attentifs et participez à cette mobilisation citoyenne! À suivre entre autres sur Facebook!

https://m.facebook.com/profile.php?id=260516837986977&ref=content_filter

Il faut que je vous dise que l’année dernière, à pareille date, j’ai fréquenté un colloque culturel organisé par des Américains dans le Vieux-Québec. Il y avait de tout, des artistes extraordinaires et des affaires plutôt louches. J’ai entendu qu’une entreprise de Québec étudiait la possibilité de mettre des écrans dans les parcs sous prétexte que les enfants iraient ainsi jouer dehors davantage. Ah! Ces « entrepreneurs créatifs », il ne faut plus s’étonner des sordides inventions qu’ils proposent. Trouver une solution qui serait leur dissolution serait la meilleure idée qu’ils puissent avoir.

Premier parc Scott conçu par Don Darby et Marc Boutin, dessin de Marc Boutin (courtoisie)

Heureusement, il reste des artistes. De ceux qui connaissent la matière, qui font corps avec l’environnement. De ceux qui considèrent l’humain non pas comme un animal domestique à encadrer mais comme un être sensible en constant développement. C’est le cas de Mitch Ryerson, un artisan spécialiste du bois. Il a commencé sa carrière en construisant des bateaux. Ensuite, diplômé en design de meuble, il a combiné l’ensemble de ses expertises pour réaliser de splendides installations publiques, notamment au cœur de parcs pour enfants. Leur particularité? L’utilisation du bois, parfois des arbres dans leur forme brute, organisés en des structures majestueuses… et formidablement ludiques! C’est ce que nous voulons pour Saint-Jambe!

Esplanade Playspace, Charles River Esplanade, Boston MA – Log Climber and Bench by Mitch Ryerson

Opening of Alberico Park 9/28/13, Allston Street Cambridge – Benches, Climber, Table, Kiosk and Gateway by Mitch Ryerson

Alberico Park, Allston Street Cambridge – Benches, Climber, Table, Kiosk and Gateway by Mitch Ryerson

Quelques autres installations de Mitch Ryerson:

Je vous recommande son site : son œuvre sensationnelle est audacieuse et, quoique intelligente, jamais artificielle.

http://ryersondesign.com/playgrounds/

Gens de Saint-Jambe : Marc Boutin

Un poète de Saint-Jambe se consacre aux luttes urbaines du centre-ville depuis des lustres. Il m’a dit : « J’y suis né, j’ai vécu plus de vingt ans dans une ville d’une densité démographique à faire rêver et, à partir de 1965, j’ai assisté à un massacre, à un exode et à un détournement de sens dont je ne me suis jamais remis ».

Depuis, il s’est battu pour ou contre la zone 2 (quartier chinois), l’îlot Berthelot, le Mail et la Grande Place dans Saint-Roch, le Patro Saint-Vincent-de-Paul, les îlots Irving ou Esso, le Centre Durocher…

Marc Boutin, dessin de Hélène Matte

Les premières fois que j’ai vu Marc Boutin, c’était dans les années 1990 à l’Université populaire du Com pop. Puis, je l’ai suivi à travers le journal Droit de Parole, dont il était l’un des fondateurs, il y a plus de quarante ans. Enfin, j’ai croisé Marc dans le faubourg Saint-Jean-Baptiste comme j’ai croisé d’autres militants vifs et authentiques pour qui j’ai beaucoup de reconnaissance. Ce qui fait la particularité de Marc cependant, c’est la quantité de ses traces : plans, maquettes, contre-projets d’architecture, écrits et dessins forment un important corpus. C’est ce qui a motivé l’exposition dont j’ai été commissaire au Lieu en 2017. Bien qu’individuelle, son œuvre jette la lumière sur les luttes populaires et la solidarité. Elle manifeste une volonté de vivre-ensemble, de mieux-être collectif et d’autodétermination. Lui rendre hommage, c’est saluer la communauté des citoyens critiques et impliqués, concernés par les délires et incongruences urbanistiques de notre petite ville, de notre grand village de Québec.

Plan de Saint-Jean-Baptiste, dessin de Marc Boutin, photo de Patrick Altman

Quand j’ai visité son atelier, j’ai été happée par la finesse du dessin et compris que, bien qu’officiellement urbaniste ou journaliste, Marc est un véritable artiste. Non seulement il a la capacité de saisir la beauté du quotidien par des scènes urbaines ou de banlieue lointaine – et par là, ne jamais être vaincu par le désenchantement –, mais aussi ses principaux matériaux sont la critique et l’imagination. Et son œuvre, c’est la communauté : une « communauté affrontée », une communauté dissidente, une communauté utopique mais néanmoins réelle, une « communauté qui vient », comme diraient certains philosophes.

De ses dessins à ses plans de géographe, l’art de Marc est populaire. Il redéfinit néanmoins la conception du terme « art populaire ». Il ne s’agit pas d’une candeur esthétique retrouvée dans certaines représentations figuratives, mais d’un art alternatif qui a l’audace d’espérer, sinon de dénoncer, et qui se réalise par, à propos de, et pour le populaire : bref, un art citoyen.

Marc a toujours de bonnes idées en vue d’améliorer l’espace collectif. Son truc, c’est de penser aux piétons plutôt que de s’abêtir au tout-à-l’automobile.

 

Ici, on voit le croquis d’un projet de passerelle permettant de traverser en sécurité du centre Lucien-Borne jusqu’au quartier.

 

 

Patro Saint-Vincent-de-Paul, dessin de Marc Boutin

Sa proposition pour l’îlot Saint-Vincent-de-Paul comprend des logements sociaux et des espaces publics verts permettant de longer la falaise. Plus récemment, à la suite d’une consultation publique, il a dessiné un plan pour ajouter des « rues partagées » dans le faubourg et proposer aux ingénieurs de la ville de changer la direction de certaines voies de circulation pour ce faire.

Plan rues Sainte-Madeleine et Saint-Augustin, dessin de Marc Boutin

Marc fait aussi d’excellentes caricatures : l’éléphant blanc (fig. 06) vous rappelle-t-il quelque chose?

Centre Vidéotrompe, dessin de Marc Boutin

 

Quartier de (2/2)

J’ai précédemment mis en doute l’identité de « quartier des arts » que Montcalm s’est fabriquée et expliqué trop brièvement comment le Nouvo Saint-Roch s’est construit sur le dos des artistes. Ce n’est pas pour être chauvine que j’affirme que nous sommes, dans le faubourg Saint-Jean-Baptiste, plus artistes encore. Certainement, Limoilou et Saint-Sauveur font aussi bonne figure dans cette catégorie et je leur cède volontiers le titre puisqu’en nombre comme en qualité, il y a foison. Chez nous dans le faubourg, nous n’avons pas besoin de le revendiquer : nous sommes artistes. Nous sommes aussi beaucoup plus encore.

Disons-le, nous sommes un quartier d’intellectuels. On sait, grâce à une étude effectuée par le département de sociologie de l’Université Laval en 2011, que plus de 65 % des gens du faubourg (sur environ 9 000) ont fait des études supérieures. Les gens du département de sociologie savent de quoi ils parlent puisque, il faut le dire, l’exemple le plus probant est que justement, la moitié de ce même département habite Saint-Jean-Baptiste. Au moins cinq de ses professeurs s’y voisinent dans un rayon de moins d’un kilomètre. Les diplômes de nous ont pas bâillonné dans une tour d’ivoire. Ils ne font pas de nous des pelleteux de nuages ou des péteux de broue. Chez nous comme ailleurs, on pelte de la neige et on a de la broue dans le toupet.

                    

Dessins, courtoisie de Hélène de Saint-Jambe

Vaut mieux nommer le quartier « faubourg Saint-Jambe ». Faubourg, parce que cette dénomination rappelle notre historique géopolitique. Nous étions, avant l’invention des banlieues, en tant que périphérie du Vieux-Québec, l’un de ses bourgs. En plus, puisque notre quartier est mixte (tantôt aisé tantôt pauvre, la majorité avec un revenu médian mais toujours favorisé par notre position géographique), sa consonance avec « faux bourgeois » nous sied bien.

Alice de Saint-Jambe, auteure de Saint-Jambe, VLB éditeur, 2018. Dessin, courtoisie de Hélène de Saint-Jambe.

Si on se doit désormais d’ajouter « Saint-Jambe » à notre étiquette, c’est que l’une de nos artistes et archéologue les plus prometteuses, Alice Guéricolas-Gagné, a publié un livre inspiré du quartier sous cette appellation. Le portrait qu’elle fait de nous, surréaliste et intemporel, est phénoménal. On s’y reconnaît et on s’y découvre à la fois. Cette fabuleuse auteure, est en quelque sorte notre Fred Pellerin locale. Nous sommes en permanence dans un conte urbain. La puissance créatrice d’Alice a fait de Saint-Jambe une république dont l’Université Libre se passe de recteur et se compose de philologues. Elle a mis à découvert la filiation amicale entre les bibliomanes et les terroristes-jardiniers et l’esprit maléfique de l’autobus 7. Avec elle, nos hordes de poètes n’ont rien à envier aux ramoneurs mirifiques du premier Mary Poppins. Surtout, elle a fait preuve d’un sens d’observation et d’un amour des gens qui l’entourent. Parce que c’est ça aussi, Saint-Jambe. Les coopératives, la proximité et les luttes populaires aidant : il fait bon vivre chez nous.

On ne fait pas qu’habiter Saint-Jambe, on l’occupe. L’îlot Berthelot, point de rendez-vous des enfants, espace de jeux préservé malgré les tentacules des promoteurs immobiliers, est exemplaire : quoi qu’en disent parfois les gens d’affaires, le meilleur investissement en est un pour le bien commun.

Récipiendaire du prix Robert-Cliche, le livre d’Alice Guéricolas-Gagné est en vente à la Librairie Saint-Jean-Baptiste et à la Librairie Pantoute, notamment.

Merci à nos partenaires