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La revengeance des duchesses

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Votez pour votre duchesse!

  • Karine Fortin (Île d'Orléans) (50%)
  • | 7 727 Votes
  • Odile Pelletier (Grand Portneuf) (23%)
  • | 3 544 Votes
  • Jimena Pacheco (Vieux Québec) (13%)
  • | 1 953 Votes
  • Alix Paré-Vallerand (Roch City) (5%)
  • | 839 Votes
  • Plaquie (Santa-Rocka) (3%)
  • | 429 Votes
  • Mickaël Bergeron (Limoilou) (2%)
  • | 358 Votes
  • Estelle Lacourse-Dontigny (Saint-Sauveur) (1%)
  • | 209 Votes
  • Nancy Martel (Saint-Jean-Baptiste) (1%)
  • | 180 Votes
  • Émily Wahlman (Lévis Beach) (1%)
  • | 141 Votes

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Mickaël Bergeron

Limoilou

Salut à toi, duchesse!

Version texte

Prendre parole publiquement n’est pas une chose aisée. Bon! Vous vous dites peut-être que vous le faites avec les réseaux sociaux ou plus encore, en alimentant un blogue semi-anonyme. Ou encore mieux, en commentant des articles dans les médias. Peut-être même que vous envoyez des lettres ouvertes aux médias, parfois.

Tout ça peut être très louable, mais ce n’est pas comme prendre la parole publiquement. C’est-à-dire de prendre sa face et de la coller à côté d’un texte et d’un vidéo. C’est-à-dire monter sur une scène pour présenter quelque chose de son cru devant un public qui n’est là que pour te voir faire – on ne parle donc pas ici d’un karaoké, évidemment.

Ça n’a rien à voir non plus avec la fois où tu es allé dans la rue pendant une manifestation – bien que ce soit cool de le faire. Prendre parole publiquement, c’est prendre la décision de parler au nom d’une population et de vouloir la représenter. Parler pour un quartier en y associant sa face, son nom, ses tripes, ses convictions, ses couleurs et ses fragilités.

S’embarquer dans la Revengeance des duchesses, c’est prendre parole publiquement. C’est un saut dans le vide, avec tout ce que ça comporte. Il y a beau avoir beaucoup d’amour qui nous attrape au vol, cet amour-là n’est pas acquis et avant qu’il ne se pointe, il y a un vide et c’est dans ce vide que se sont lancées les duchesses. Un vide qui ouvre la porte à cet amour, mais aussi aux critiques, ou pire, sur rien. L’indifférence fait pas mal plus de mal à l’égo que les critiques. Ne rien provoquer lorsqu’on cherche à susciter une émotion, c’est un choc douloureux.

Depuis le début de cette aventure, je suis flabbergasté, comme dirait Saint-Jean-Bat’, par l’audace des duchesses. Vous vous êtes lancées, mes amies, dans le vide avec beauté et aplomb, même si vous étiez pleines de doutes.

Je tiens donc à saluer chacune de mes consœurs de la Revengeance.

Salut à toi, Vieux-Québec. Comme ton duché, il y a une part de mystère avec toi, avec ta culture mexicaine dont on est beaucoup trop ignare au Québec. Et comme ton duché, on a envie de connaitre ton histoire. Ton énergie est contagieuse, tu donnes envie de te suivre. Ta simplicité est charmante et ta façon de regarder les choses fait sourire, pas parce que c’est maladroit, mais parce que c’est sans malice, chaleureux et du cœur. Merci, Jïmena, de montrer que le Vieux-Québec n’est pas qu’un piège à touristes!

Salut à toi, Grand Portneuf. La région qu’on n’attendait pas et qu’on ignorait qu’il fallait absolument avoir dans l’aventure. Une duchesse qui montre que l’audace n’a pas d’âge, que l’art peut témoigner du monde, que la beauté peut se cacher dans les choses simples, que l’amour de son coin de pays peut être gourmand et qu’il est important de chérir les liens humains. Merci, Odile, de montrer que Portneuf est trop snobé par les gens de sa région (la Capitale-Nationale)!

Salut à toi, Lévis Beach. Derrière Alphonse et les apparences d’une banlieue tranquille se cachent finalement une belle folie et un sens du spectacle inné. Plus encore, Lévis ose et sait prendre d’assaut les pistes de danse et surprendre son public avec un amour-haine digne des films d’adolescents des années 90 ou de Watatatow. Ce qui manquait pour avoir envie d’aller à Lévis, ce n’est pas un troisième lien, c’était juste de piquer une jasette avec. Merci, Émily, de montrer que Lévis cache aussi du monde qui mérite qu’on prenne le bateau.

Salut à toi, Santa-Rocka. Un quartier si fort qu’il a besoin de deux duchesses. Et pas les moindres! Pourquoi deux duchesses? Parce qu’il faut témoigner du multiculturalisme de Saint-Roch. Parce qu’il faut nommer sa gentrification. Parce qu’il en faut des mots savamment écrits pour décrire toutes ses nuances. Parce que Bonhommette méritait ses talents! Merci, Plaquie, de nous avoir amenés dans ton Saint-Roch, un Saint-Roch très présent dans la réalité, mais trop oublié dans les médias.

Salut à toi, Île d’Orléans. La Revengeance m’aura permis de te fréquenter, et ça, j’en rêvais depuis longtemps. Et tu ne m’as pas déçue, île d’Orléans! Ton imagination est à la hauteur de ton histoire, riche! Tu as beau chialer contre les touristes, il n’en reste pas moins que ton cœur est tellement grand que derrière chaque soupir se cache une envie de prendre soin de l’autre. Et que dire de ton humour? Digne d’un enivrement de Bacchus! Merci, Karine, de me montrer que je ne suis pas allergique à tous les chats.

Salut à toi, Saint-Suave. Un quartier timide qui, pourtant, quand on se met à le connaitre, est tellement attachant. Un quartier aux multiples facettes. Derrière une image parfois sombre se cache pourtant plein de tendresse. Son militantisme peut donner des apparences de fermeté, mais c’est au contraire un quartier ouvert sur le monde – et d’une belle authenticité! Mais plus encore, le charme de Saint-Suave est dans les petits détails! Merci, Estelle, de nous avoir fait rêver Saint-Sauveur.

Salut à toi, Rock City. L’autre moitié de Saint-Roch. Ai-je dit moitié? Non! Pas de demi-mesure avec Rock City! On frappe sur la nouvelle tour et que celle-ci ne s’y trompe pas, il n’y a aucun amour derrière ce châtiment! Parce que l’amour de Rock City passe plutôt par ses mots qu’elle met au service de son histoire et de ses gens. Ta duchesse dit avoir peur des chiens, mais pourtant, elle te caresse jour et nuit et t’aime profondément. Merci, Alix, de résister pour et avec les citoyens et citoyennes de Saint-Roch.

Salut à toi, Saint-Jean-Baptiste. Mon ex! (Le duché, pas la duchesse) On s’est aimés fort il y a longtemps, déjà, et je me suis souvenu pendant cette aventure pourquoi cet amour avait existé. Tes côtes, tes maisons, tes escaliers (quoique ça, pas tant que ça)! Mais malgré tout ça, c’est ta belle folie que j’avais oubliée! Une folie qui se cache parfois derrière des airs tranquilles, mais faut jamais se fier aux apparences! En plus, tu nous as montré qu’on peut apprendre avec humour! Merci, Nancy, de rappeler que le quartier est beaucoup plus que la rue Saint-Jean!

Finalement, salut à toi, Revengeance. Et là, je fais référence à plusieurs femmes – et un homme. Des femmes, qui, depuis l’été dernier, donnent des heures sans compter, sauf Sophie, pour faire en sorte que toutes ces duchesses, dont moi, ayons pu avoir cette tribune et cette liberté. Merci de casser ce moule royal qui voudrait que seules les apparences comptent. Merci de mettre de l’avant de l’humanité dans cette ère où l’on semble tout vouloir réduire à des colonnes de chiffres. La Revengeance n’a peut-être pas un gros compte en banque, mais elle a du cœur en tabarnak!

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La résistance du lézard

Deux choses m’ont amené à découvrir et à fréquenter Limoilou à partir de 1999. Une amie qui demeurait sur la rue Bergemont et la musique. Cette musique, je la trouvais au Bal du Lézard, à L’Autre caserne et à Envol et Macadam.

Le Bal du lézard

Le Bal du Lézard, l’emblème!

Lors de mes premières visites, je me souviens très bien que je trouvais que le quartier avait l’air dur, difficile, magané, sauvage. Il faut dire que je le visitais surtout le soir, ce qui rend toujours les choses plus sombres. J’étais à la fois attiré et méfiant envers cette ambiance pré-Limoilove. Pourtant, j’étais habitué aux quartiers rough, m’étant tenu en masse dans le Mail Saint-Roch et au carré d’Youville (avant que la Ville ne tasse les marginaux), mais dans Limoilou, j’avais l’impression d’entrer dans l’intimité d’une vraie dure.

Ceci dit, ça n’a pas été long avant que je ne tombe en amour avec Limoilou. L’absence de bling, l’authenticité et ses allures new-yorkaises ont pris le dessus sur ma gêne habituelle. Pis il faut le dire, pendant une époque, la musique alternative régnait dans Limoilou.

Envol et Macadam, L’Autre caserne, et le Bal du Lézard (et aussi le Cégep Limoilou pendant un moment) nous permettaient, à nous les mélomanes de la marge, d’assouvir notre soif de musique underground.

De tout ça ne reste maintenant que le Bal du Lézard. Les autres ont déménagé ou fermé. Y compris mon amie de la rue Bergemont.

Alain Slythe, fondateur et propriétaire du Bal, admet que ce n’est plus comme avant. À cette époque, il n’y avait pas autant de lieux pour ce genre de musique. Aujourd’hui, la concurrence est forte! Un problème de permis de spectacle l’a aussi sorti du réseau pendant plus d’un an, ce qui est suffisamment long pour casser les bonnes habitudes.

Le nombre de découvertes que j’ai faites au Bal est élevé. Et la liste des artistes qui y sont passés bien avant d’être connus est tout aussi longue!

Il se fait encore des shows au 1049, 3e Avenue, mais pas d’une manière aussi soutenue et aussi avant-gardiste.

Le Bal du Lézard avait ce charme et cette chaleur qui faisait qu’inévitablement, après le spectacle, je restais pour une, deux ou trois bières, à jaser avec le staff ou d’autres habitués du bar. Et même lorsque je picolais seul, je m’y sentais bien. Tu te sens rapidement chez toi. Alain Slythe confirme que plusieurs se sentent aussi bien au Bal que dans leur salon.

Le bar de la 3e crée un fort sentiment d’appartenance. Son propriétaire ne sait pas exactement pourquoi. Peut-être parce qu’il mise avant tout sur une ambiance authentique, lui qui engage du personnel selon leur personnalité et non la grosseur de leur craque de boules, contrairement à plusieurs bars. Il n’a jamais voulu être un bar sportif non plus, préférant être un bar de quartier donnant une large place aux arts.

Depuis son ouverture en 1985, le quartier a changé, mais pas l’esprit du lézard. À son ouverture, Limoilou, en particulier la 3e Avenue, n’était pas du tout ce qu’elle est aujourd’hui. Peu de bars étaient là. Personne n’aurait misé sur le quartier. D’ailleurs, Alain dit qu’aujourd’hui son plan d’affaires de l’époque ne passerait jamais dans une banque.

Si au début du siècle on avait plus de chances de croiser dans le quartier un Rock Machine qu’un jeune cadre dynamique, le Bal a toujours été un refuge où le trouble frappait une porte close. Les décors ont changé, autant dans le bar – qui en est à son sixième habillage – que les façades des commerces autour, mais le cœur du lézard lui est resté le même.

Deux grandes différences frappent toutefois le propriétaire. La cigarette, qui doit maintenant se brûler sur le trottoir – en 1985 on boucanait en dedans. Puis le voisinage qui est plus frileux.

Même si cette institution est là depuis plus de 30 ans, certains nouveaux résidents du quartier se plaignent du bruit urbain. Le renouvellement du quartier, c’est bien, mais chasser les plus démunis, c’est poche. En plus de chasser du monde, les acheteurs de condos veulent vivre en ville, mais sans avoir sa vie nocturne qui vient avec. Ils aiment bien que leur quartier bouge, soit jeune et dynamique, tant que ça ne les empêche pas de dormir après 23 h. Ces dernières années, le nombre de plaintes a augmenté.

Le Bal du Lézard n’est pas le seul à vivre ça, tous les quartiers coincés dans la gentrification doivent composer avec ce problème. Je dis ça comme ça à ceux et celles qui pensent s’acheter un condo en ville : ça vient avec une vie nocturne. C’est comme acheter près d’un chemin de fer ou d’un aéroport, tu dois t’attendre à entendre des trains et des avions des fois. En ville, tu dois t’attendre à entendre du monde saoul, de la musique, de la circulation, etc.

Heureusement, Alain Slythe n’a pas l’intention d’arrêter d’ouvrir son Bal. La retraite, ce n’est pas pour tout de suite, et lorsque ça viendra, il aimerait bien que le Bal lui survive.

Et si le Limoilove disparaît, si la 3e Avenue se métamorphose une autre fois, si les jeunes branchés finissent par bouder le quartier, le Bal du Lézard sera sûrement encore là, prêt à accueillir les gens les plus sympathiques du quartier.

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Le soleil a pas d'chance de Robert Favreau

Libre de sourire… ou pas

La Revengeance des duchesses, je crois, n’a plus à démontrer sa pertinence. Qui peut sincèrement remettre en doute son existence lorsqu’on lit tout ce que mes amies duchesses ont publié cette année? Un imbécile malheureux, peut-être?!

Néanmoins, les dévouées organisatrices de la Revengeance rehaussent le tout en proposant différentes activités, parfois familiales, parfois artistiques, parfois éducatives, comme la projection du documentaire Le soleil a pas d’chance et la conférence de l’historienne (et ex-duchesse) Catherine Ferland sur le pouvoir féminin dans l’histoire.

Le documentaire, présenté la semaine dernière, m’a fait rire à plusieurs reprises, mais mon rire était souvent jaune. Ce film vient confirmer ce dont je me doutais depuis mon enfance : les duchesses du Carnaval, c’est du vide, un outil de marketing douteux. Et que s’il y a encore bien du chemin à faire pour l’égalité des sexes, il y a, heureusement, eu du chemin parcouru depuis les années 1970.

Dans ce documentaire, on suit le processus de sélection des duchesses pendant le Carnaval de Québec de 1975. Imaginez les émissions de sélection des téléréalités, ajoutez-y un grand nombre de messieurs machos et vous aurez une petite idée de tout le processus.

Les regards de certains juges, qui, sans subtilité, se lichent les lèvres en matant les fesses d’une candidate qui sort de la pièce. Le call d’un juge sur la craque de sein d’une autre candidate. La remarque d’un autre juge sur l’absence de hanches d’une autre fille. Et ainsi de suite. Le tout devant quelques femmes qui ne peuvent rien faire d’autre que rire poliment.

On leur fait faire des numéros un brin insignifiants et surtout, on ne leur demande rien d’autre que d’obéir à une armée de directeurs (ils étaient vraiment nombreux!), le tout en souriant le plus possible.

Bien au contraire de leur demander de mettre de l’avant leur personnalité, on les déguise, on les ramène à un moule fade, à danser avec des inconnus, à embrasser des personnalités et à sourire, toujours, devant les foules et les caméras. Même boire dans une coupe de champagne ne peut relever de leur propre chef, elles doivent attendre la consigne de leur dame de compagnie.

À un moment, l’une des aspirantes duchesses se confie à la caméra. Elle se trouve inutile et vide. Elle a une impression d’être utilisée et de ne servir qu’à attirer des hommes dans les activités. Puis, à un moment, elle semble s’excuser de penser tout ça. « Je dois être trop fatiguée, je dois dire ça parce que je suis fatiguée. » Arrête, tu n’as jamais été aussi lucide!

On peut se dire que tout ça est chose du passé, que c’était comme ça en 1975. Une visite rapide sur le site du Carnaval de Québec me donne l’impression que leur utilité n’a pas tant changé. Vente de bougies, activités protocolaires et promotionnelles… Elles servent à mettre en valeur le Carnaval. J’imagine quand même que le jury est plus… ou moins… M’enfin, plus respectueux.

La Revengeance des duchesses ne demande aucune photo lors de son processus de sélection. Tout est dans la personnalité de la candidate. La Revengeance ne fait rien vendre par ses duchesses, au contraire, elle met toute son énergie à mettre en valeur ses duchesses.

Vous n’entendrez jamais l’organisation de la Revengeance dire : « Sois belle et souris! » Non, elle va juste dire : « Sois! ». Et là, vous aurez le plus beau des sourires, celui de la liberté.

P.S. : Vous pouvez écouter le documentaire sur le site de l’ONF ici.

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Derrière le Limoilove

Logo du Limoilove

Limoilove. Illustration : Mickaël Bergeron

Je dois vous dire un secret : le terme « Limoilove » m’a toujours énervé.

En fait, le chauvinisme me tape pas mal toujours sur les nerfs. Tout comme le pétage de bretelles. Je suis allergique à la vantardise. Alors, le groupe Facebook nommé « Limoilou : notre quartier, le meilleur de tous » me fait pas mal rouler des yeux aussi.

Pourtant, ce n’est pas que je n’aime pas Limoilou, au contraire. Je n’ai pas du tout envie d’aller vivre dans un autre quartier. J’aime trop Limoilou pour plein de raisons. L’énumération des raisons pourrait être assez longue pour que vous me suppliiez de mettre un « etc. » pour l’écourter.

Lorsque je suis revenu vivre à Québec à l’été 2014, l’expression était le seul point négatif de Limoilou quand est venu le temps de choisir le lieu d’atterrissage. Cette étiquette cool et scandée partout comme un mauvais buzz Internet, genre Ice Bucket Challenge, me faisait reculer de quelque pas, même si c’est ce quartier-là qui m’intéressait le plus, pour les souvenirs que j’avais de lui, d’entre 1999 et 2008.

Sauf que, sérieusement, le meilleur quartier du monde? Pourquoi ce besoin de vanter son quartier comme ça?

Je ne dis pas quand Limoilou était encore un quartier snobé par tout le monde, là, j’imagine que le Limoilove pouvait être le même sentiment que l’on a lorsqu’on tombe sur un groupe génial, mais encore inconnu, lorsqu’on a un trésor caché entre les mains. On a envie de partager nos découvertes. Mais quand c’est rendu que même Régis Labeaume dit que Limoilou c’est cool, c’est qu’il n’y a plus rien de méconnu. Comme lorsque la mode a récupéré le « linge grunge » après le succès de Nirvana. Le terme Limoilove a un peu la même saveur que le grunge en 1994.

Ce qui me fait toutefois plus peur avec cette expression, au-delà de mes propres sensibilités puériles, c’est que le cool et le buzz épuisent, sucent et recrachent ce qui était à la source de cet amour chauvin.

Je refuse que les spéculateurs immobiliers chassent ceux et celles qui ont grandi dans le quartier parce qu’ils veulent convertir un triplex abordable en condo inabordable. Je refuse que les commerces de destination chassent ceux et celles qui fréquentaient les bineries et les tavernes d’autrefois.

A priori, je ne suis pas contre le renouvellement d’un quartier – bien que ceci témoigne d’une lacune de notre système qui fait en sorte que des quartiers vivent des cycles de pauvreté-renaissance –, mais ce regain ne doit pas se faire au détriment de ceux et celles qui l’ont fait vivre, qui ont tenu le fort et qui continuent à colorer Limoilou.

On devrait tous avoir le droit de vivre dans le quartier de notre choix. Si les plus fortunés peuvent quitter L’Ancienne-Lorette pour venir vivre dans un condo vintage de Limoilou, le plus pauvre, lui, ne peut pas décider d’aller profiter du paysage de Sillery, même si ça tombe dans ses goûts, et n’a d’autres choix que de choisir entre une rue déprimante collée sur une autoroute ou une rue morne derrière une usine.

Comprenons-nous, le problème n’est pas tant la personne fortunée qui a des goûts citadins et urbains. Je partage ses goûts aussi, en bonne partie! Le problème est de croire que la fameuse main invisible du marché ne pichenottera pas à l’extérieur le citoyen moins fortuné qui a, lui aussi, des goûts urbains.

Le problème, c’est que nos décideurs n’encadrent pas les boums que connaissent les quartiers ouvriers, comme Saint-Roch, Limoilou ou Saint-Sauveur. Le problème, c’est lorsqu’une administration municipale ou gouvernementale n’y voit que des revenus fonciers et fiscaux, une manne à exploiter, comme si un quartier était une entreprise cotée en bourse.

Limoilou vit sa gentrification. Le « Limoilove » a un coût social. Il existe encore une mixité dans le quartier, mais l’équilibre est aussi fragile qu’un argumentaire de Mélanie Joly.

Tu peux l’ouvrir, ta boutique à la mode, mais ne deviens pas que ça, s’il te plaît, 3e Avenue. Tu peux te changer en condos, belle église, mais n’oublie pas de nous garder des espaces communautaires, cher arrondissement.

Je veux continuer à voir mes fumeurs des bancs de quartiers au coin de la 3e Avenue et de la 5e Rue. Je veux continuer à entendre la faune nocturne (et saoule). Je veux continuer à croiser dans le même dépanneur la madame avec ses 50 billets de loterie, le jeune barbu avec ses bières de microbrasserie, la maman avec son pain et sa pinte de lait et le douchebag avec sa caisse de Pabst. Je veux croiser sur le trottoir les jeunes branchés, les banlieusards en visite, les marginaux, les personnes âgées et les poussettes.

Tu m’énerves, Limoilove, parce qu’en plus de sonner comme un slogan creux, tu pourrais tuer l’âme de Limoilou.

Sache, Limoilove, que moi et bien d’autres, on t’a à l’œil.

P.-S. : Merci à Véronique Laflamme pour la discussion sur la gentrification.

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Vigile de solidarité avec les musulman-nes de Québec

Ensemble, contre la haine

Pour celles et ceux qui ne le savent pas, dans la vie, je suis journaliste, chroniqueur et animateur à la radio. Une vie professionnelle qui fait sonner mon cadran à 3 h 53 tous les matins, du lundi au vendredi. Je vis en constant décalage horaire avec ma société, avec mon entourage, toujours quelque part quatre heures avant tout le monde. Je déjeune vers 4 h 30, je dine vers 9 h 30, je soupe vers 15 h et je me couche habituellement vers 20 h.

Dimanche dernier, le soir de l’attentat au Centre culturel islamique de Québec, complètement épuisé, je m’étais mis au lit vers 19 h, le fanzine de la Revengeance et des mots croisés entre les mains jusqu’à ce que je m’endorme.

Ce n’est donc que le lendemain, lorsque j’ai consulté mes courriels et les réseaux sociaux, vers 4 h 30 du matin, que j’ai su qu’un acte atroce d’islamophobie avait été commis à Québec. Un choc, c’est peu dire. Non seulement un choc personnel, mais également professionnel : j’entrais en ondes dans deux heures, qu’est-ce que je faisais avec ça? Comment allais-je en parler? Comment devais-je en parler?

Tout le poids de la responsabilité médiatique prend son sens dans ces tristes événements. Une responsabilité que certains médias ne réalisent malheureusement que lors de ces drames…

Dans la journée, c’est le cours habituel de la Revengeance qui a poppé sur les réseaux sociaux. Comme probablement plusieurs, je me suis demandé si la Revengeance ne devenait pas un peu futile avec tout ça. Si mes publications avaient encore du sens.

Puis, ce réflexe : on ne peut pas tout arrêter lorsqu’un drame arrive. Même qu’il ne faut pas. Mais continuer la Revengeance comme prévu n’est pas seulement un réflexe ou refuser que la peur gagne, c’est aussi continuer le combat.

La Revengeance des duchesses est, à mes yeux, une forme de lutte sociale, une prise de conscience. Certes, elle est souvent faite dans le plaisir, mais elle n’est pas seulement ludique non plus.

Suffit de lire les textes de Plaquie pour s’en rendre compte, de comprendre les critiques sociales derrière les haïkus d’Estelle pour saisir la portée de l’art, de lire les leçons d’histoire de Nancy ou d’Alix pour saisir ce qu’on peut faire avec un blogue, de voir les fiertés de Portneuf rayonner avec Odile pour applaudir, de se laisser divertir et toucher par les histoires de Jïmena, de Karine et d’Émily pour féliciter la Revengeance de leur avoir donné une tribune.

Revenons un peu en arrière. Pourquoi suis-je féministe? Parce que je suis contre toutes formes de discrimination. Qu’elle soit genrée, culturelle, religieuse, économique, sociale, qu’importe, je crois qu’il faut combattre ces clivages, ces fractures, ces divisions inutiles.

Combattre l’islamophobie et le racisme en général est pour moi inspiré par le même élan qui m’incite à épouser le féminisme.

C’est ça l’important : combattre les discriminations et les préjugés. Et c’est là que se rejoignent, d’une certaine manière, le drame de dimanche dernier et les autres tueries, comme celui de Polytechnique en 1989. Ce sont des gestes inadmissibles qu’aucun groupe social ne devrait craindre. Personne ne devrait mourir parce qu’une autre personne la juge indigne, qu’importe la raison qui lui fait croire qu’elle est indigne ou dérangeante.

La Revengeance ne doit pas abandonner son combat, malgré ses airs ludiques, parce que se taire peut nous rendre complice des injustices.

On ne peut pas hiérarchiser les discriminations à combattre. Il faut lutter contre elles, sans relâche. Et lorsqu’une discrimination tombe, ce sont les autres qui s’affaiblissent du même coup.

Ensemble, il faut se tenir debout contre toutes celles et ceux qui persécutent, qui se croient supérieurs, qui rejettent un « autre » imaginaire et qui tentent de diminuer l’importance d’une personne ou d’un groupe. Ensemble, il faut se tenir debout face à la peur. Ensemble, il faut continuer à conscientiser, à confronter les préjugés de toutes sortes et à faire réfléchir. Et ça, la Revengeance le fait bien.

C’est rempli de tristesse que je tends la main à la communauté musulmane et que je l’invite à continuer à résister ensemble face à la méchanceté du monde. Et à s’aimer, avec tout ce qui nous différencie, mais surtout avec tout ce qui nous ressemble et nous rassemble.

Devant le mépris, il faut toujours résister. L’une des plus belles façons de résister est le dialogue. Et c’est justement ce que fait la Revengeance des duchesses.

Photo : Muriel Leclerc. Vigile de solidarité avec les musulman-nes de Québec.

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Je suis duchesse

La Duchesse barbue et sa couronne

La duchesse barbue et sa couronne. Photo : Mickaël Bergeron

Je ne suis pas un duc, ni un duchess, ni un duchesse, mais une duchesse.

Cette idée semble en perturber plusieurs, mais c’est, pour moi, important. C’est une position symbolique qui, à mes yeux, s’inscrit dans ma décision de m’embarquer dans cette aventure féministe.

J’ai décidé de féminiser mes termes dans ma participation à la Revengeance des duchesses, et ce n’est pas une nuance anodine ou par caprice esthétique ou par amusement.

Je me souviens encore de mon incompréhension totale, lorsque, gamin, ma professeure nous a appris qu’en français, le masculin l’emportait sur le féminin dès qu’il y avait un homme. Même si un groupe était formé de huit femmes et un homme, on devait dire « ils » et non « elles ». Je me souviens encore d’avoir demandé à ma professeure la raison et de ne pas avoir eu d’explication autre que « c’est comme ça ».

Je ne prétendrai pas que j’ai, gamin, milité pour changer ça. Je ne comprenais pas encore la portée sociale d’une telle règle. J’ai absorbé cette règle du français comme bien d’autres tout aussi illogiques, parce que « c’est comme ça ».

La Revengeance des duchesses est non seulement un projet féministe, mais elle est aussi menée en très très grande majorité par des femmes. Je suis l’exception masculine qu’elles acceptent par année – et j’en suis très touché.

Coller un terme féminin à un homme semble être difficile, puisque je vois plusieurs médias jongler malhabilement avec ça. Je me fais déformer le duchesse pas à peu près! Pourtant, on n’hésite pas quand c’est une femme qui doit porter un terme masculin. Parce que « c’est comme ça ».

Ainsi, pour toutes ces fois où le masculin l’emporte sur le féminin même si les femmes sont en majorité, pour toutes ces fois où le français refuse de féminiser un terme, pour toutes ces fois où une femme doit porter un descriptif masculinisé, pour toutes ces fois où le genre féminin « enlève » de la noblesse à une idée ou à un métier (quand quelqu’un sort ça, il mérite vraiment une claque), j’ai décidé de me féminiser pendant cette aventure royale. C’est ma revengeance sur le français discriminatoire.

Je suis duchesse

Je suis duchesse, sur un air connu

Je suis donc une duchesse barbue, une consœur de duchés et une belle de Bonhommette. Et si je remporte cette revengeance, je serai la reine de Limoilou. Pas le reine, pas la roi, mais bien LA REINE… barbue!

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Limoilou City (version karaoké)

Chanter est l’un des grands plaisirs de la vie. Ce n’est pas pour rien que les karaokés ont envahi tous les bars telle une épidémie!

Préférant être rassembleuse plutôt que guerrière (je n’ai pas eu le diadème de la protection par hasard!), j’ai écrit cette chanson afin d’inviter toutes les duchesses de la Revengeance à chanter ensemble. À chanter Limoilou ensemble.

Voici donc Limoilou City, une adaptation libre de la chanson Paradis City de Jean Leloup, dit Jean Lelimoiloup.

Limoilou City
Musique : Jean Leloup
Texte : Mickaël Bergeron, duchesse barbue de Limoilou

Toutes les duchesses veulent devenir reine
Mais leur victoire est incertaine
Il est trop tard pour reculer
La Revengeance est lancée

Toutes les duchesses peuvent devenir reine
Elles ont juste besoin d’être game

Et je crie, je crie LIMOILOU
Avec les autres duchesses!
Avec les autres duchesses!
Et je crie, je crie LIMOILOU
Avec les autres duchesses!
Avec les autres duchesses!

Toutes les duchesses veulent devenir reine
C’est toujours la même rengaine

Plein d’espoirs dans un ciel immense
En février ça sera ta chance

Douce couronne
Cette illusion qui s’accroche
Tu dois l’oublier
Je suis un voleur de bonheur
Tu vas te blesser

Et je crie, je crie LIMOILOU
Avec les autres duchesses!
Avec les autres duchesses!
Et je crie, je crie LIMOILOU
Avec les autres duchesses!
Avec les autres duchesses!

Loup! Loup!

Loup! Loup! Je suis un loup
D’un quartier qui aime sa duchesse
Nous sommes la noblesse
D’un monde sans tabou

Toutes les duchesses veulent devenir reine
Tout leur corps est en haleine
Devant la défaite être sereine

Toutes les duchesses veulent devenir reine
Mais leur victoire est incertaine
Il est trop tard pour reculer
La Revengeance est lancée

On ne sait pas qui va gagner
Arrive la belle reine mère!

Et je crie, je crie LIMOILOU
Avec les autres duchesses!
Avec les autres duchesses!
Et je crie, je crie LIMOILOU
Avec les autres duchesses!
Avec les autres duchesses!

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Limoiloups et Limoilouves!

Gros loup de Limoilou

Le Gros loup de Limoilou. Illustration : Mickaël Bergeron

Êtes-vous tannés de voir plein de gens se tromper dans le gentilé de Limoilou?

Entre Limoilouse, Limouloise, Limoilienne, Limoiloulou, le mot ne vient pas aussi naturellement que Québécoise ou Montréalaise. Plusieurs personnes ne sauraient même pas trouver l’actuel gentilé utilisé par la toponymie officielle parmi ceux énumérés ci-devant.

Pourtant, une option existe afin de non seulement y aller d’un gentilé naturel, mais qui, en plus, se démarquerait pas mal plus que les Méchinois de Les Méchins.

Puisqu’un énorme loup veille sur Limoilou et que la sonorité est déjà là, je propose d’adopter le gentilé Limoiloup pour les hommes, Limoilouve pour les femmes. Et même, pourquoi pas, Limoilouveteaux pour les plus jeunes?

Ainsi, lors des soirs de pleine lune, les Limoiloups et les Limoilouves pourraient envahir les rues et hurler leur plaisir. La faune de Limoilou n’aurait plus à expliquer la frénésie qui s’empare du quartier la nuit tombée. Propulsé par une forte appartenance au clan, Limoilou affirmerait son refus d’être dompté par les autres quartiers!

Le loup est un animal ayant un grand sens de la famille, à la fois sauvage et fidèle, rusé et instinctif, qui a une soif de liberté tout en ayant un sens de la communauté, charismatique et fier. Bref, à l’image des gens de Limoilou!

Pas besoin d’attendre après la toponymie officielle. Si nous l’adoptons tous, il s’imposera!

Tous avec moi, Limoiloups et Limoilouves!

Signez la pétition! Faites circuler la pétition! Soyons loups et louves!

Lien vers la pétition : mesopinions.com/petition/social/gentile-limoiloup-limoilouve-limoilou/27372

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Limoilou et ses mille et un charmes

Bannière de Limoilou

Bannière de Limoilou sur la 3e Avenue. Illustration : Mickaël Bergeron

Limoilou, c’est beaucoup plus que le Limoilove et son Gros loup. C’est un quartier bien vivant, aux multiples visages. Son charme prend racine dans ses paradoxes, dans ses clivages, dans ses personnalités.

Entre un incinérateur qui répand son odeur et les berges revitalisées de la rivière Saint-Charles, entre les immeubles aux apparences abandonnées et les fringants condos, entre les commerces branchés et les institutions indélogeables, entre les organismes communautaires sous-financés et un amphithéâtre sur-financé, entre les rues et les avenues, Limoilou a parfois des allures d’une ville toujours indépendante de sa cité voisine.

L'Autre caserne

L’Autre caserne sur la 5e Rue. Illustration : Mickaël Bergeron

De mon balcon, je vois le cycliste-chanteur qui égaie les rues de ses opéras, je vois des skateux qui zigzaguent, des jeunes branchés attirés par l’une des nouvelles boutiques, je vois ce pilier du bar du coin tituber à l’heure du bonheur, je vois des sportifs essayant leur futur vélo ou faisant leur jogging, je vois les banlieusards qui rendent visite à leur fille étudiante, j’entends l’artiste travailler dans son atelier, je vois la jeune famille revenir d’un des parcs de Limoilou, je vois cette retraitée marcher dans son quartier qu’elle a tant vu changer, je vois ce fumeur invétéré qui observe tout comme moi la vie grouillante du quartier, assis sur son banc au coin de la rue.

Limoilou peut rendre possessif. On aime nos arbres qui embellissent nos rues. On aime nos ruelles qui nous donnent de l’intimité. On aime son architecture qui, avec ses escaliers, ses balcons, ses toits, ses couleurs, se démarque du reste de Québec. On aime nos petits commerces qui résistent à l’embourgeoisement.

La 4e avenue

Un bout de la 4e Avenue. Illustration : Mickaël Bergeron

Étrangement, party, tranquillité, famille, bouffe, coquette, bigarrée, vieille, jeune, indépendante, solidaire, verte, urbaine, humble et fière sont tous des mots qui décrivent Limoilou.

Limoilou, c’est la fille qui a l’air trop cool, c’est le gars qui a l’air trop fucké, c’est le bonhomme qui a l’air trop dans son monde, c’est la madame qui a l’air trop grano, c’est la personne non binaire qui milite, mais c’est surtout une fabuleuse charmeuse, parce que dès que tu apprends à la connaître, tu te rends compte que c’est une personne plus complexe et profonde qu’elle en a l’air, pis tu tombes inévitablement en amour avec.

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