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La revengeance des duchesses

Je planterai des glaïeuls (Adieu, Madame Pierrette…)

Dans la nuit du 3 au 4 février, ma voisine, madame Pierrette, a fermé les yeux pour la dernière fois. Quelques jours seulement avant de fêter son 90e anniversaire. Cette femme forte, lucide, si fière d’avoir passé les tests et vu son permis de conduire renouvelé. Forte et lucide, jusqu’à la toute fin, jusqu’à ce que son corps dise « c’est assez ».

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Photo : Francine Giasson

L’été passé encore, elle préparait son grand jardin, ne comptant pas les heures, poussant son rotoculteur, conduisant son tracteur-tondeuse, semant et transplantant une multitude de légumes et de fruits. Ensuite, pliée en deux, assise sur son petit banc, parce que ses genoux ne lui permettaient plus de s’agenouiller, elle désherbait, engraissait le sol, entretenait. Le jardin toujours impeccable, les rangs d’oignons à l’équerre. Et le jardin généreux, à l’image de la dame qui en prenait soin. Madame Pierrette, chaque automne, à son fourneau, transformait en tartes, confitures et autres conserves le fruit de ses labours. Elle alignait les pots Mason sur les étagères du sous-sol et remplissait le congélateur. Elle remplissait aussi les cœurs et les estomacs de sa famille et de ses amis, distribuant les denrées concoctées avec cœur et savoir-faire.

Et ses bosquets de fleurs… Des pivoines joufflues, de fières tulipes, des lupins à l’odeur envoûtante et surtout des glaïeuls, de toutes les couleurs et par centaines, entouraient sa maison. Certains lui disaient qu’elle en faisait trop, qu’elle devrait ralentir. Elle répondait immanquablement que si elle arrêtait, elle ne serait pas capable de se remettre en mouvement. C’est pourquoi elle avait placé un vélo stationnaire devant sa télé, pour rester active même quand Dame Nature ne lui permettait pas de sortir. Malgré l’âge, malgré la douleur, malgré les traces que la polio avait laissées sur son corps, il y a longtemps. Rester en mouvement.

Elle aurait voulu voir l’été, une dernière fois. Son vœu n’aura pas été exaucé.

Madame Pierrette, votre belle énergie me manquera. Je penserai à vous quand la vie m’éprouvera, et je resterai en mouvement; ce sera ma façon de vous rendre hommage au quotidien.

Et cet été, je planterai des glaïeuls.

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pixabay.com

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