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L’enfant et l’artiste

Autofiction à partir d’une vraie phrase, d’une vraie nièce!

« Ça, c’est une fabrique à nuages » – Emaly à un âge imprécis

J’avais kidnappé l’enfant. Quand je dis « kidnappé », je veux dire gâté, pis quand je dis « l’enfant », je veux dire ma filleule. 

Je ne me souviens plus ce qu’on avait fait, une promenade ou un cinéma, un cornet ou une glissade. C’est pour te dire… je me souviens même plus de la saison. Elle avait 6 ans, peut-être 9, tu vois même l’âge est flou. Je la garde pas souvent, il devait y avoir une raison.

 Une de ses sœurs était malade peut-être, elle a plus de frères et sœurs que de doigts dans une main… Ou alors une question d’anniversaire, d’école ou de peine d’amour… la mienne, pas la sienne, ça sonne comme quelque chose qui se peut. Elle prend la pose, figée dans ma mémoire comme un Polaroïd, assise en arrière parce que c’est plus prudent, pis on jase en se souriant dans le rétroviseur. Le soir tombe sûrement.

On prend le chemin des Îles – ça a l’air exotique dit de même, mais les seules îles que je lui connais, ce sont les grands réservoirs blancs de la raffinerie. La petite dit : « Ça, tatie, c’est une fabrique à nuages » en pointant Valero. Amusée par cette percée poétique, retrouvant peu à peu mes yeux de lait, je stationne l’auto dans une entrée adjacente :

 

– Je savais pas ça! T’es ben savante, ma snoreau! Tu sais quoi d’autre?

– Ben ça, là, c’est une flamme éternelle olympique!

– Meu! Wow! Pour la fois où on a eu les Jeux olympiques à Lévis?

– Oui, pis les grandes cheminées rouges et blanches, c’est des fusées en vrai!

– Pas sérieuse? Elle hoche avec conviction de la tête. Pour quand on voudra voyager sur la lune?

– Si on veut! Ou voyager dans le passé aussi. Elles font les deux, tatie.

– Et pourquoi, y a autant de lumières? Pour les atterrissages de nuit?

– Ils sont juste paresseux. Noël est fini depuis longtemps!

– Pis les grands cylindres blancs?

– Ça, c’est des réservoirs!

– Ah? Cachant mal ma déception.

– Y en a un pour le caramel, un pour le chocolat, un pour la fraise…

– Pis lui?

– Le plus gros, c’est une piscine!

– Une piscine?

– Ben oui, une piscine olympique! Suis quand je parle, tatie!

Ça fait un bien fou de se faire ramener à l’ordre par un enfant. De laisser entrer la magie dans la vie qui court. C’était beau, cette histoire de fabrique à nuages, porteur, ces mots d’enfant. Ça nous change des mots déversement, pollution… Faut les savoir aussi, les mots d’adultes, mais je remercie la vie pour ce doux détournement. Une revengeance de l’imaginaire sur l’ordinaire.

Elle a grandi depuis. C’est une ado qui va grimacer de se lire ici, réinventée. Je fais le souhait qu’elle garde le plus longtemps possible cette capacité à rêver le monde. Je pense que je serai exaucée, c’est parti pour être une artiste, comme sa tatie!

Emaly avant d’être une ado cool. Un jour de bulles et de gazon chez Gros-maman. Crédit photo : Tatie Andréanne

 

Chanson aux amis exilés

Tu l’auras compris, Lévis, la Revengeance est un beau prétexte pour créer, écrire beaucoup, mais créer en général. Il y a quelques jours, je ressortais mes pinceaux pour aquareller mon quartier… Me v’là, aujourd’hui, à m’inventer parolière et… chanteuse! L’année en cours en est une de doutes, certes, mais d’audace surtout.

Il y a dix ans, mon ami Feber sortait un album sur lequel il y avait une chanson que j’avais co-écrite avec l’ami poète Alain Larose, un soir de brume. Quelle fierté d’écouter nos paroles! Ce disque a joué un an en boucle dans mon char. Dessus se trouvait une autre chanson que j’appréciais particulièrement où il s’ennuyait de Lévis’beach. J’ai eu l’idée de lui répondre avec l’aide de ma merveilleuse complice Pascale Bourdages, compositrice de talent, plus belle voix de Lévis et fille game en titi d’embarquer dans mes défis!

On te la livre ici, Lévis, avec le texte pour que tu puisses la chanter avec nous autres… comme au karaoké.

Merci à Émile Couture pour le mixage et à Loïc Bédard pour le montage vidéo.

Si t’es curieux, va découvrir ce que font ces artistes lévisiens que j’admire tant!

P.S. – Feber est revenu. (Pas grâce à toune, mais il est revenu.)

 

 

La légende

Je rentrais de Québec, un beau matin de janvier, il faisait un de ces froids qui vous gèle jusqu’à la moelle. Comment vais-je commencer cette aventure lévisienne? Ben beau, devenir duchesse, astheure qu’elles t’ont acceptée parmi elles, qu’as-tu à dire? Il faudrait bien parler du troisième lien, on s’attend à ce que tu en parles, c’est dans l’air du temps, le troisième lien… C’est la nouvelle drogue à la mode!

Photo : Andréanne Virgule duchesse

Y’a même Radio-Canada qui faisait appel récemment à un spécialiste de toponymie pour créer une nouvelle avec le nom du futur pont ou tunnel. L’intention du professeur était louable : celui-ci voudrait qu’on donne à ce pont à naître un nom féminin, histoire de se rappeler que les femmes aussi ont marqué l’histoire.

Photo : Andréanne Virgule duchesse

 

L’exercice est bizarre, on sait même pas encore si on en veut un. Les experts disent que c’est une mauvaise idée mais, s’il venait à exister, comment le nommerait-on? Ça tient de la légende Saint-Lévis-de-Caxton*! Un pont Bonhomme-Sept-Heures, un tunnel Marie-Josephte-Corriveau. Tout le monde en parle, personne l’a encore vu! Le sujet fait peur, divise, polarise. Noël dernier en a été le théâtre pour plusieurs. Des familles scindées en deux : d’un côté, ceux qui en parlent comme du Messie qui nous sauvera du trafic à tout jamais, et de l’autre, ceux qui démonisent cette route de l’enfer qui pillera des terres, vendra des millions de chars et fera fondre le dernier glacier.

Bref, noir et blanc comme un bon vieux film muet, on se parle, mais on s’entend pas.

Puis, un craquement de glace me ramène les deux pieds dans le réel. Que je l’aime donc cette croisière hebdomadaire me ramenant au sud! Ça manque un peu de palmiers pour du sud, mais ça sent bon chez nous. Je sauve une fortune en croisière en Alaska, je fais la mienne à coup de 12 minutes, une à deux fois par semaine, à 5 $ la shot! **

Photo : Andréanne Virgule duchesse

Photo : Andréanne Virgule duchesse

Le fond de l’air ravigote. Mon troisième lien n’est pas une légende, il porte les noms NM Lomer-Gouin et NM Alphonse-Desjardins. Il transporte tout le monde : piétons, cyclistes et bibittes à moteur. Pourquoi on bonifie pas cette option-là? À Tadou, il est gratuit, le traversier… Y en ont aux 15 minutes, voire plus! Jour et nuit. Et mieux desservir les usagers du transport en commun toutes rives confondues… si on veut un jour s’affranchir du sacré-fichu-gaz.

À savoir sur la traverse Québec-Lévis :

  • Le dernier traversier est à 2 h du mat!
  • ** Hors de l’heure de pointe, le prix du passage automobile est réduit.
  • La passe de bus de Québec ou de Lévis permettent toutes deux de passer.
  • Quelques fois dans l’année, c’est gratuit pour les enfants! (Les bonnes habitudes, ça se prend de bonne heure!)
  • Il y a de la place en masse : capacité de 442 ou de 590 passagers et de 54 véhicules.
  • La distance parcourue est d’un kilomètre. Un seul. D’un bord comme de l’autre!
  • La durée de la traverse est suffisante pour : lire un chapitre, jouer une game de Candy Crush ou te maquiller, laver les vitres de ton char et ramasser ce qui traîne, lire les citations sur les bancs ou admirer les dessins d’enfants gagnants, te chicaner avec une machine distributrice ou rencontrer un étranger qui comptait prendre le traversier aller-retour et le convaincre de descendre au quai Paquet.

* J’emprunte l’expression à Fred Pellerin, je l’ai adoptée.

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