Contactez-nous instagram twitter facebook courriel

Archives du mot-clé artiste

Lumière sur Saint-Sauveur

Saint-Sauveur, tu m’inspires la créativité.

J’aime t’illustrer, te prendre en photo, te dessiner et te bricoler. Ton décor m’amène des idées surprenantes, de couleurs et de textures qui trouvent des façons originales de se mélanger. Tu offres des couchers de soleil fabuleux entre tes rues étroites, bordées de maisons dont les façades semblent danser et se prendre par la main avec les fils des poteaux électriques.

Illustration à l’aquarelle avec encre de Chine
Myriam Nickner-Hudon


Ce billet rappelle ma performance sur scène lors de la soirée de lancement de la Revengeance. Malgré la peur et les tabous, j’ai choisi de m’exprimer sur mon parcours difficile avec une allégorie sur le vitrail. Dans toute ma vulnérabilité, j’ai décrit comment j’ai pu réparer mon esprit avec beaucoup d’efforts et de patience, comme le requiert cette pratique artistique.

Vitrail représentant Saint-Sauveur, par Myriam Nickner. 2017

D’un projet à l’autre, la réalisation de ces œuvres m’a permis d’apprendre beaucoup sur moi-même. J’ai pu cultiver ma patience et exprimer toute ma sensibilité dans ce loisir magnifique. Le vitrail m’a montré ce dont j’étais capable et davantage. J’ai pu grandir à travers les rencontres, les échanges, les apprentissages et les défis de chaque projet. Si je n’avais pas fait du vitrail avant, je n’aurais pas eu la préparation mentale suffisante pour me donner le courage de participer à la Revengeance.

Je dessinais beaucoup avant, mais j’ai arrêté de créer en arrivant au cégep et à l’université. Même si je brouillonnais encore un peu dans mes notes de cours, j’ai été longtemps déconnectée de ce côté de ma personnalité. La découverte du vitrail m’a permis de me remettre « sérieusement » à l’art, car le dessin que je débutais allait se transformer en une œuvre durable et un objet physique précieux. J’investissais dans la création d’une œuvre dont je voulais être fière et qui allait m’accompagner dans ma vie. 

J’en ai appris beaucoup sur la santé mentale depuis les dernières années. J’ai beaucoup souffert, mais j’en suis ressortie grandie. Je suis plus forte qu’avant, entre autres car je suis plus consciente et compatissante face aux difficultés et aux limites des autres. J’ai des cicatrices de sagesse, un peu comme les plombs qui connectent ensemble des morceaux de verre aux couleurs variées et qu’une fois soudés en place, en révèlent toute la beauté. J’ai fait ma place en assumant davantage mon authenticité, ma sensibilité et ma vulnérabilité pour arriver à connecter avec les gens.

J’ai aussi réalisé que j’avais du talent. Ça m’a pris un moment pour me faire confiance ou du moins, à moins douter de la qualité de ma création. J’ai eu la chance de recevoir des beaux commentaires sur mes créations, que ce soit le vitrail, l’écriture, le dessin ou la peinture. 

Je ne suis pas allée en arts au cégep ou à l’université. Je n’ai pas le vocabulaire intellectuel ou les notions techniques sur l’esthétique. Des fois, je me dis que je manque de légitimité académique pour me qualifier comme une artiste. J’aimerais ça postuler pour des projets de médiation culturelle, mais j’hésite. Je suis peut-être pas encore prête, pas encore rendue là dans ma démarche.

Pour le moment, l’essentiel et la joie, c’est d’apprendre au contact de personnes extraordinaires et inspirantes. Mes professeurs, Carole et Armelle, mais aussi Diane et les autres mamies, me guident dans cette discipline complexe et mes réflexions personnelles. J’ai appris à développer de nouvelles perspectives et à voir le monde autrement. Je ne vois plus l’espace, les sujets et les lignes comme avant. Je vois des morceaux qui peuvent être travaillés et texturés pour rappeler les détails et les mouvements. Il y a quelque chose dans les couleurs, la matière et la lumière qui me touchent et qui me parlent.

C’est jouer avec l’abstraction et l’ambiguïté de ces idées. Dans l’art comme dans la vie, on peut repousser la limite de ce que l’on croit être possible.

Je suis autonome et je sais me débrouiller, mais on a toujours besoin d’un peu de soutien et d’un regard expérimenté pour t’aider à persévérer quand tu es prise ou coincée. J’apprends en étant accompagnée et soutenue dans ma démarche. Ça me donne la base solide pour sortir de ma zone de confort et innover dans ma manière de concevoir mes prochains projets. Je sais que ça va être difficile, mais que je vais avoir de l’aide pour y arriver.

J’essaye d’exprimer toute ma gratitude en partageant mon savoir-faire et ma sagesse en retour. J’encourage les gens à essayer de créer, tout simplement, et à faire le premier pas pour réaliser quelque chose de nouveau. On se surprend tellement. Au pire, on aime pas ça et c’est correct aussi.

L’important, c’est d’entreprendre et de se permettre d’échouer pour apprendre comment on est capable de faire des choses, car on s’est donné la peine d’essayer.

Voici des images de mon processus créatif dans le local de l’école de vitrail. Merci à Michaël Gosselin pour les belles images.

 

Gens de Limoilou : Catherine Lavoie, l’avant-gardiste artiste

Joëlle : Raconte-moi une histoire.

Catherine :  J’ai un parcours un peu spécial. J’ai travaillé beaucoup dans les restaurants, j’ai étudié en arts pis ça a été très difficile de travailler dans le milieu. Tu te dis que tu veux une job officielle en tant qu’artiste, mais ça existe pas. Fait que j’ai touché à plein de choses. J’ai fait du décor, du design de vêtements pis au final la création me manquait vraiment. J’ai décidé de me lancer vraiment à mon compte en tant qu’artiste parce que j’ai pas trouvé de travail là-dedans. Je l’ai créé moi-même. C’est mon histoire professionnelle résumée.

Joëlle : Pourquoi Limoilou?

Catherine : J’habitais dans le Vieux-Port avant. J’avais pas de cour arrière. Ça me manquait de pouvoir sortir de chez nous en pyjama avec mon café sur mon terrain. On était trois à vouloir acheter donc chacun qui avait son avis : « Ah le stationnement est trop petit! Pas de sous-sol! Il manque un étage! ». Alors on a cherché pendant un an et demi une place où habiter à Limoilou. On a acheté un triplex il y a trois ans. On l’a tout rénové. J’adore le quartier. Je peux tout faire à pied. Je n’ai pas de voiture. Je vais faire mes courses à pied. Si je veux me rendre en Haute-Ville, je marche. Je veux aller dans le Vieux-Port dans un restaurant, je marche. J’ai une bicyclette, j’adore. Je peux faire du ski de fond sur le long de la Saint-Charles. Je détestais le ski de fond avant parce que j’étais plus une fille qui faisait du snowboard. Le snow c’est rendu trop cher pour une artiste. Alors maintenant je fais du ski de fond, ça me coûte rien! Limoilou, je trouve ça vraiment le fun parce que ça me rappelle un peu Montmagny, d’où je viens. C’est comme un peu le petit village, la campagne en ville. Plein de monde que je connais partout. Je suis une fan de Limoilou!

– Catherine Lavoie, artiste

Suivre Catherine sur Facebook ici

Gens de Saint-Jambe : Marc Boutin

Un poète de Saint-Jambe se consacre aux luttes urbaines du centre-ville depuis des lustres. Il m’a dit : « J’y suis né, j’ai vécu plus de vingt ans dans une ville d’une densité démographique à faire rêver et, à partir de 1965, j’ai assisté à un massacre, à un exode et à un détournement de sens dont je ne me suis jamais remis ».

Depuis, il s’est battu pour ou contre la zone 2 (quartier chinois), l’îlot Berthelot, le Mail et la Grande Place dans Saint-Roch, le Patro Saint-Vincent-de-Paul, les îlots Irving ou Esso, le Centre Durocher…

Marc Boutin, dessin de Hélène Matte

Les premières fois que j’ai vu Marc Boutin, c’était dans les années 1990 à l’Université populaire du Com pop. Puis, je l’ai suivi à travers le journal Droit de Parole, dont il était l’un des fondateurs, il y a plus de quarante ans. Enfin, j’ai croisé Marc dans le faubourg Saint-Jean-Baptiste comme j’ai croisé d’autres militants vifs et authentiques pour qui j’ai beaucoup de reconnaissance. Ce qui fait la particularité de Marc cependant, c’est la quantité de ses traces : plans, maquettes, contre-projets d’architecture, écrits et dessins forment un important corpus. C’est ce qui a motivé l’exposition dont j’ai été commissaire au Lieu en 2017. Bien qu’individuelle, son œuvre jette la lumière sur les luttes populaires et la solidarité. Elle manifeste une volonté de vivre-ensemble, de mieux-être collectif et d’autodétermination. Lui rendre hommage, c’est saluer la communauté des citoyens critiques et impliqués, concernés par les délires et incongruences urbanistiques de notre petite ville, de notre grand village de Québec.

Plan de Saint-Jean-Baptiste, dessin de Marc Boutin, photo de Patrick Altman

Quand j’ai visité son atelier, j’ai été happée par la finesse du dessin et compris que, bien qu’officiellement urbaniste ou journaliste, Marc est un véritable artiste. Non seulement il a la capacité de saisir la beauté du quotidien par des scènes urbaines ou de banlieue lointaine – et par là, ne jamais être vaincu par le désenchantement –, mais aussi ses principaux matériaux sont la critique et l’imagination. Et son œuvre, c’est la communauté : une « communauté affrontée », une communauté dissidente, une communauté utopique mais néanmoins réelle, une « communauté qui vient », comme diraient certains philosophes.

De ses dessins à ses plans de géographe, l’art de Marc est populaire. Il redéfinit néanmoins la conception du terme « art populaire ». Il ne s’agit pas d’une candeur esthétique retrouvée dans certaines représentations figuratives, mais d’un art alternatif qui a l’audace d’espérer, sinon de dénoncer, et qui se réalise par, à propos de, et pour le populaire : bref, un art citoyen.

Marc a toujours de bonnes idées en vue d’améliorer l’espace collectif. Son truc, c’est de penser aux piétons plutôt que de s’abêtir au tout-à-l’automobile.

 

Ici, on voit le croquis d’un projet de passerelle permettant de traverser en sécurité du centre Lucien-Borne jusqu’au quartier.

 

 

Patro Saint-Vincent-de-Paul, dessin de Marc Boutin

Sa proposition pour l’îlot Saint-Vincent-de-Paul comprend des logements sociaux et des espaces publics verts permettant de longer la falaise. Plus récemment, à la suite d’une consultation publique, il a dessiné un plan pour ajouter des « rues partagées » dans le faubourg et proposer aux ingénieurs de la ville de changer la direction de certaines voies de circulation pour ce faire.

Plan rues Sainte-Madeleine et Saint-Augustin, dessin de Marc Boutin

Marc fait aussi d’excellentes caricatures : l’éléphant blanc (fig. 06) vous rappelle-t-il quelque chose?

Centre Vidéotrompe, dessin de Marc Boutin

 

Gens de Limoilou : Laurence Caron, l’excentrique artiste visuel·le

Joëlle : Raconte-moi une histoire.

Laurence : Je suis un artiste visuel·le pis je parle beaucoup de la diversité de genre. C’est une de mes obsessions. J’ai eu un parcours identitaire assez trouble, on s’entend. Jusqu’à l’âge de 25 ans, je savais pas que c’était possible d’être non binaire, fait que j’ai essayé de me suicider par divers moyens. Maintenant que j’ai déconstruit le genre, j’en parle beaucoup dans mon œuvre. Sébastien et moi, on est un couple d’artistes non binaires et… folles. J’ai pas peur d’utiliser le mot « folle ». On struggle avec divers problèmes de santé mentale pis en plus dans notre expression, on est folle. Si tu veux lire le recueil de Sébas, ça s’appelle #monâme. Ça explique bien le parcours identitaire d’une folle. C’est dans l’attitude. Je conçois ma vie comme une performance artistique constante. Je performe ma vie. J’ai ma bio sur le site de Première Ovation. On a même reçu leur bourse de Mentorat cet été. C’est mieux écrit de ce que je suis capable de dire là, on the spot.

Joëlle : Pourquoi Limoilou?

Laurence : Parce que je m’y sens chez moi, dans un quartier loin de la gentrification.

  • Laurence Caron-C., artiste visuel·le

Suivre sur Facebook ici

Merci à nos partenaires