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Quartier de (2/2)

J’ai précédemment mis en doute l’identité de « quartier des arts » que Montcalm s’est fabriquée et expliqué trop brièvement comment le Nouvo Saint-Roch s’est construit sur le dos des artistes. Ce n’est pas pour être chauvine que j’affirme que nous sommes, dans le faubourg Saint-Jean-Baptiste, plus artistes encore. Certainement, Limoilou et Saint-Sauveur font aussi bonne figure dans cette catégorie et je leur cède volontiers le titre puisqu’en nombre comme en qualité, il y a foison. Chez nous dans le faubourg, nous n’avons pas besoin de le revendiquer : nous sommes artistes. Nous sommes aussi beaucoup plus encore.

Disons-le, nous sommes un quartier d’intellectuels. On sait, grâce à une étude effectuée par le département de sociologie de l’Université Laval en 2011, que plus de 65 % des gens du faubourg (sur environ 9 000) ont fait des études supérieures. Les gens du département de sociologie savent de quoi ils parlent puisque, il faut le dire, l’exemple le plus probant est que justement, la moitié de ce même département habite Saint-Jean-Baptiste. Au moins cinq de ses professeurs s’y voisinent dans un rayon de moins d’un kilomètre. Les diplômes de nous ont pas bâillonné dans une tour d’ivoire. Ils ne font pas de nous des pelleteux de nuages ou des péteux de broue. Chez nous comme ailleurs, on pelte de la neige et on a de la broue dans le toupet.

                    

Dessins, courtoisie de Hélène de Saint-Jambe

Vaut mieux nommer le quartier « faubourg Saint-Jambe ». Faubourg, parce que cette dénomination rappelle notre historique géopolitique. Nous étions, avant l’invention des banlieues, en tant que périphérie du Vieux-Québec, l’un de ses bourgs. En plus, puisque notre quartier est mixte (tantôt aisé tantôt pauvre, la majorité avec un revenu médian mais toujours favorisé par notre position géographique), sa consonance avec « faux bourgeois » nous sied bien.

Alice de Saint-Jambe, auteure de Saint-Jambe, VLB éditeur, 2018. Dessin, courtoisie de Hélène de Saint-Jambe.

Si on se doit désormais d’ajouter « Saint-Jambe » à notre étiquette, c’est que l’une de nos artistes et archéologue les plus prometteuses, Alice Guéricolas-Gagné, a publié un livre inspiré du quartier sous cette appellation. Le portrait qu’elle fait de nous, surréaliste et intemporel, est phénoménal. On s’y reconnaît et on s’y découvre à la fois. Cette fabuleuse auteure, est en quelque sorte notre Fred Pellerin locale. Nous sommes en permanence dans un conte urbain. La puissance créatrice d’Alice a fait de Saint-Jambe une république dont l’Université Libre se passe de recteur et se compose de philologues. Elle a mis à découvert la filiation amicale entre les bibliomanes et les terroristes-jardiniers et l’esprit maléfique de l’autobus 7. Avec elle, nos hordes de poètes n’ont rien à envier aux ramoneurs mirifiques du premier Mary Poppins. Surtout, elle a fait preuve d’un sens d’observation et d’un amour des gens qui l’entourent. Parce que c’est ça aussi, Saint-Jambe. Les coopératives, la proximité et les luttes populaires aidant : il fait bon vivre chez nous.

On ne fait pas qu’habiter Saint-Jambe, on l’occupe. L’îlot Berthelot, point de rendez-vous des enfants, espace de jeux préservé malgré les tentacules des promoteurs immobiliers, est exemplaire : quoi qu’en disent parfois les gens d’affaires, le meilleur investissement en est un pour le bien commun.

Récipiendaire du prix Robert-Cliche, le livre d’Alice Guéricolas-Gagné est en vente à la Librairie Saint-Jean-Baptiste et à la Librairie Pantoute, notamment.

Quartier de (1/2)

Ça m’a fait rire quand Montcalm a commencé à se prétendre « le quartier des arts ». Il faut se le dire, les associations de gens d’affaires – aussi ailleurs dans le monde – ont la manie de s’inventer des « branding » question de faire mousser l’attractivité de leur territoire. Et ce, parfois au détriment des habitants. Ainsi le « nouvo » Saint-Roch, dont la vieille recette n’a rien de nouveau : une beurrée de revitalisation gonflée au four de la spéculation servie avec un coulis de gentrification des populations vulnérables. Cette revitalisation, pareille à d’autres, a été pétrie par des artistes qui, par leur présence et leurs activités, ont fait valoir le secteur à moindre coût, avant de se faire couper l’herbe sous le pied et passer eux aussi au tamis.

Nature morte, courtoisie de Hélène de Saint-Jambe

Voilà que Montcalm se prend pour un quartier des arts. Mais ce n’est pas parce que lesdits artistes s’y sont réfugiés. À part une ou deux vedettes de la chanson pop, ils semblent en fait se faire rares. Il n’y a pas d’ateliers renommés et une seule galerie d’art a pignon sur rue. Les lampadaires gigantesques qui décorent la rue Cartier seraient-ils donc la cause de cette dénomination? Contenants rigides et peu élégants, ouvrage décoratif d’une entreprise créative plus que d’un artiste, ces réverbères répètent des œuvres hors d’atteinte. Ce projet d’art publique trouve son équivalent au privé, dans les reproductions de peintures impressionnistes laminées dans les salles de bain des amateurs. On me rétorquera qu’au moins, on y affiche des artistes québécois vivants. Soit. Mais qui s’y intéresse sait que Manon De Pauw, l’actuelle artiste représentée, a de quoi offrir de mieux que de l’art décoratif sur une rue commerciale. On répliquera que pendant nos longues nuits hivernales, ces installations sont féériques et qu’en cette semaine de prévention du suicide (du 3 au 9 février), vaut mieux être abat-jour que rabat-joie. D’accord.

Nature morte, courtoisie de Hélène de Saint-Jambe

De là à se dire « quartier des arts »? Certes, le Musée national des beaux-arts est dans Montcalm. Cette ancienne prison risque à tout instant d’en redevenir une si son monstre administratif se nourrit de lui-même, sans développer des liens avec les communautés de sa région. Heureusement, nous n’en sommes pas là. C’est un bonheur de pouvoir fréquenter ce haut lieu quand on peut se le permettre. Sa programmation est stimulante. N’empêche, ce n’est pas une institution, si grosse soit-elle, qui rend artistique un quartier. Il faut au contraire moins de structures et plus d’artistes.

 

Durant la Revengeance des duchesses, je présente deux expositions sur la rue Saint-Jean, l’une à la bibliothèque Claire-Martin et l’autre au salon de coiffure T’es-tu vu l’allure?. C’est gratuit et vous êtes bienvenus.

           

Enfin, la traditionnelle exposition de crazy carpets de la Renvengeance des duchesses se déroulera du 10 à au 13 février au Fou-Bar, à Québec. Un vernissage suivi d’un encan aura lieu le 13 février sous la forme d’un 5 à 7 décontracté.

Merci à nos partenaires