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Papa nous promène

Durant mon enfance, mes parents se sont séparés : ma mère a gardé la maison en banlieue, et mon père s’est trouvé un appartement dans le quartier Saint-Sacrement. Lorsque mon père nous gardait pour la fin de semaine, nous allions souvent faire de longues marches et d’autres activités. J’ai de bons souvenirs de nos petites sorties au musée (MNBAQ et civilisation), à la bibliothèque, au curling, au cinéma, au carnaval, etc.

Mon animation pour le défilé de la Saint-Patrick 2018, mon père est venu m’aider comme bénévole.

Contrairement à la banlieue bienveillante et protectrice de maman, on était exposé à un mode de vie urbain très stimulant. Mon père nous traînait un peu partout, on se promenait dans toutes sortes d’endroits et c’était plein de gens différents. Il y avait des adultes, parfois des enfants. Avec lui, on explorait un milieu inconnu en toute sécurité.

Il nous a mis en contact avec la ville et fait découvrir qu’il y a plein d’activités plaisantes à faire ensemble à l’extérieur de la maison. Quand j’y repense, je me dis que c’est sûrement grâce à ces sorties que j’ai appris à aimer cette urbanité. Ça m’a fait apprécier l’importance de la proximité.

 

 


La mascotte du service de police de la Ville de Québec lors de la parade des jouets 2016

J’ai tant de beaux souvenirs associés à ces promenades. On partait de la rue Joffre et on se rendait sur Cartier ou Grande-Allée. Là-bas, on arrêtait prendre un chocolat chaud au Krieghoff ou au Second Cup. C’était notre petite récompense. On arrêtait parfois jouer au soccer sur les plaines, au parc des Braves ou à la patinoire des Saints-Martyrs. On jouait aussi dans les modules du parc du Musée (MNBAQ) ou on s’amusait à marcher sur les murets qui entourent l’Assemblée nationale du côté est de la Grande-Allée.

Je me souviens qu’on passait dans Saint-Roch, quand c’était encore « malfamé »C’était au début des années 2000, avant la revitalisation, je devais avoir 9-10 ans et mon frère, 8 ans.  Je me rappelle que nous sommes passés dans le mail pour manger au Ashton. On s’y rendait surtout pour aller au cinéma (RIP Odéon), tandis que sur Saint-Joseph, il y avait la pizzeria Welat et l’espace pour enfants de Gabrielle-Roy. Gamine, j’ai vu le retour de la parade des jouets et je suis allée au Omer DeSerres et chez Materia. Pour mon père, il n’y avait pas de problème, et ce n’était pas inapproprié ou supposément dangereux de se rendre dans Saint-Roch avec des enfants. Une chance que mon père pensait autrement. 


Papa et moi lors de Saint-Sauveur en fête 2016

Aujourd’hui, j’aime toujours marcher. C’est une activité importante pour moi et mon papa. Quand on se promène, on se parle de plein de choses et on partage de beaux moments. Ça nous permet d’être proches.

Lui, c’est un amoureux de la Haute-Ville et de son style de vie. Son bonheur, c’est d’aller faire un tour sur les plaines et Grande-Allée, et dans les commerces et les restos de la rue Cartier. On a nos petites habitudes et nos lieux incontournables. Tout est à côté, alors on en profite.

Moi, je l’initie à ma Basse-Ville et je lui fais découvrir les bons plans bouffe : la Montagne dorée, le Fin Gourmet, Kalimera, Ma Station Café, le Griendel, Le Renard et la chouette, la fabrique du Smoked Meat, etc.

Papa, la prochaine fois qu’il fait beau, on s’en va marcher et prendre un chocolat chaud? Comme dans le temps.

#lavilleestànous

 

 

Jouer au Carnaval

Ariane Lessard, duchesse de Saint-Sauveur 2014

Je me souviens encore de la fois que j’ai assommé Sophie Lou Limoilou
J’y pense souvent
Je me sens mal parce que c’était une fille que j’aimais beaucoup, mais de manière timide, intimidée
Je me rappelle que sa mère était vraiment fâchée contre moi
Parce que j’avais voulu performer la fille qui est frue de pas gagner
La fille qui est bitch et qui n’aime pas les autres filles
Mais c’était pas moi cette fille
Je ne voulais pas être ça, mais je voulais avoir le droit de le performer, de montrer que ça existait, avec humour, sarcasme

Il y a beaucoup de ça dans le carnaval
Des rôles, des costumes, de l’outrance
J’ai aussi joué à être une poétesse de l’ombre de Saint-Sauveur, une duchesse russe du froid nordique, une amatrice de one-piece en coton ouaté qui montre ses boules,
À ce moment-là j’incarnais une saltimbanque du déguisement
Il faut savoir que si les filles grimacent autant, c’est parce que l’événement permet une expiation
Il permet à un groupe de filles, femmes, personnes qui s’identifient à, de vivre un carnaval à leur manière, sous le regard attentif et festif des habitants qui font vraiment vivre Québec de l’intérieur, les mêmes qui vivent terrés dans les divers quartiers de la vieille capitale et des alentours, qui ne votent pas pour la CAQ et qui aspirent à plus qu’un stade de hockey vide

Je me souviens de ma rencontre avec le maire le nombre de blagues sexistes qui peuvent être drôles vu qu’on est des filles intelligentes qui ne trouvent pas ça drôle d’habitude han
Le même maire qui fait revenir les anciennes duchesses et qui d’un coup, arrête de financer celles qui vivent en partie en bas de la côte

C’est primordial la folie dans le carnaval, c’est important d’aller voir jusqu’où on peut aller, poser des questions, frôler l’irrévérence, s’affirmer dans l’art, profiter de tout ce que ça donne, de se faire lire, de se faire voir

Pour les provocatrices comme moi, c’est un bel espace
Des chambres à soi mélangées en maison
Maison close de filles, je dis filles, mais je pourrais dire encore femmes, mais dans filles je reconnais plus de loisirs, mais c’est pas important

Une belle trâlée de filles qui se connaissent, se comprennent, tissent des liens, veulent s’impressionner entre elles, s’impressionnent, s’intéressent, se la jouent

Saint-Roch pis Vanier vous étiez mes sœurs même si Saint-Roch était fucking jeune
J’en revenais pas de la qualité de ces êtres

Ce qu’il y a de bien à Québec, c’est le réel microcosme d’artistes qui se savent exister qui donnent de l’espoir peut-être pis des coups comme aux dernières élections quelque chose comme une communauté

À Montréal, y’a trop de monde pour que tu saches que ce que tu fais est important, connu, reconnu la vie se passe surtout sur les réseaux sociaux pour une exilée comme moi parce que le milieu littéraire montréalais est intimidant tu sais pas trop comment parler au monde sans avoir l’air d’une fille qui veut de la visibilité alors que tu veux plutôt des nouveaux amis dans le domaine de l’art, mais genre n’importe quel art pour retrouver l’atmosphère qui avait à Québec, du monde qui se parlent se rencontrent souvent dans les espaces qui portent à se rencontrer,
mais c’est peut-être aussi parce que je sors pu pis que je bois moins, peut-être que c’était Québec qui m’aidait peut-être que c’était l’alcool

Le port du nom de duchesse est éphémère sur les médias sociaux
Mais il reste gravé dans le cœur

On ne naît pas toutes duchesses
Mais on en a besoin

Lancement de la Revengeance 2014. Photo : Cathy Lessard Photographe

La vengeance d’une duchesse sur la Revengeance des duchesses

(mais qui n’eut jamais lieu…)

Marjolaine Turcotte, duchesse de l’île d’Orléans 2018

Il y a plusieurs femmes extraordinaires qui habitent l’île d’Orléans. Mais il y en a une, pour qui j’ai beaucoup de respect et d’affection, dont j’aurais aimé vous parler. Une femme généreuse, impliquée dans son milieu. Une femme que j’admire à bien des égards. Une femme qui fut duchesse il y a quelques dizaines d’années pour le Carnaval, dont j’aurais aimé vous rapporter directement les paroles, l’expérience. Elle n’a pas voulu, craignant les critiques, les jugements, les commentaires désobligeants qui déferlent si facilement en ligne.

Je respecterai son choix, mais je vous partagerai ici MA perception du rôle des duchesses à la suite de la discussion que j’ai eue avec elle, et de l’influence que ce rôle pouvait avoir sur leur vie, au vu de son expérience personnelle.

Ce que j’ai appris, c’est qu’à une époque où les métiers/carrières qui s’offraient aux femmes se limitaient à peu près à enseignante, infirmière, secrétaire ou mère au foyer, être duchesse ouvrait des portes vers de nouvelles possibilités. Cette expérience renforçait leur confiance en elle, en leurs capacités.

Ce que j’ai appris, c’est que le rôle de duchesse, lorsqu’il était assumé par des femmes qui avaient grandi dans leur duché et étaient fières de leur quartier, était rassembleur. Au-delà de l’image, la duchesse devait toucher les gens, elle devait mobiliser les habitants de son duché. Elle apportait la fête aux gens parce que chacune (et chacun) se reconnaissait en elle.

Ce que j’en retiens, c’est que si, au fil du temps, le concept de « duchesse du Carnaval » avait su rester près des quartiers et des gens, et les représenter dans toute leur diversité, il aurait probablement mieux traversé le temps. Mais bon. Pour la diversité, il y a la Revengeance. #lavilleestànous

Merci, duchesse du Carnaval, d’avoir partagé ton expérience avec moi. Tu m’as appris et permis de nuancer mon opinion.

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