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Gens de Saint-Jambe : le duc David (2019) et la duchesse Granola (1998)

David Nadeau Bernatchez, citoyen du monde et de Saint-Jambe

Duc de Saint-Jambe 2019 par procuration, David en est un, parmi les surdiplômés talentueux et multitâches du faubourg. C’est un esprit libre qui a préféré ne pas se barrer les pieds dans les institutions pour faire carrière, qu’elle soit universitaire ou artistique. Il écrit sans chercher à publier et cherche plutôt à rendre poétique sa vie elle-même. C’est d’ailleurs un père de famille accompli. Il habite le centre-ville mais demeure attentif aux cycles des saisons. Il connaît la forêt : une partie de l’année, il est producteur de sirop d’érable biologique.

Boîte de conserve de poésie liquide, un poème bio d’Hélène de Saint-Jambe en intime collaboration avec David Nadeau-Bernatchez

Si Nietzsche philosophait à coups de marteau, David, lui, a fait ses études en tapant sur une batterie pour faire du groove et de la musique actuelle. Philosophie et anthropologie visuelle l’ont mené à fréquenter des ethnomusicologues et à effectuer de tumultueuses recherches sur les musiques urbaines de Kinshasa. Cette ville d’Afrique centrale est l’une des plus densément peuplées et la plus grande agglomération francophone de la planète. David est probablement le seul Saint-Jambien à suivre avec autant d’attention les élections en République démocratique du Congo.

Lokassa, vidéo de 1:33 min poème et réalisation de Hélène de Saint-Jambe, mettant en vedette Jean-Marie Alexandre et Justice Rutikara. Cette vidéo a été réalisée en 2007, la veille du premier scrutin historique de la République Démocratique du Congo (ancien Zaïre).

Les nombreuses réalisations cinématographiques de David Nadeau-Bernatchez relèvent plus souvent de l’art contemporain que de la pub télévisuelle. Gentleman-acériculteur en région et citoyen du monde, ses perspectives sont larges mais toujours concernées par sa localité, sa culture et ses gens. Il a d’ailleurs développé un projet d’art-web qui résonne avec la thématique de la dixième Revengeance des duchesses, « La ville est à nous ». L’oeuvre, à la fois atypique et emballante, fait une kaléïdoscopie hallucinante de la ville de Québec, composée de fragments en mouvement : il faut visiter le projet Ludovica.

http://www.projetludovica.com

https://www.lesoleil.com/arts/projet-ludovica-quebec-en-recits-utopiques-6615a62084016fdad1a7693fe3d931c6

Richard Cantin, alias duchesse Granola

Journal de Québec, février 1998

J’adore Richard. Pas juste parce qu’il fait les coupes de cheveux étranges que je demande. C’est parce qu’en plus d’être beau et intuitif, il est avant-gardiste. C’est un créateur qui soigne son monde. À son salon, ses produits son éthique et sa déco est personnalisée. Il offre de délicieux gâteaux vegan et transforme comme nul autre le shampooinage en un massage de tête bienfaiteur. Richard est un Saint-Jambien de longue date. À une certaine époque, il était serveuse au Drague. Cette institution du faubourg, l’une des plus grandes discothèques en ville, organisait, comme la Revengeance aujourd’hui, un évènement parallèle au Carnaval de Québec avec ses duchesses et sa propre mascotte. En 1998, Richard était la superbe duchesse Granola. Cette année le Drague est partenaire du Carnaval officiel et a désigné une Reine des glaces, la ténébreuse Adriana. D’ailleurs, si vous avez encore du jus après la Revengeance, elle nous invite au Drague le 16 février pour un bal électronique fort en commandites.

Richard me prête la vitrine de son salon de coiffure le temps de la Revengeance, du 1er au 15 février. J’y présente deux vidéos. Allez voir au salon T’es-tu vu l’allure?, 317, rue Saint-Jean.

Richard et son comparse Bobby du salon de coiffure T’es-tu vu l’allure?, dessin courtoisie de Hélène de Saint-Jambe 

 

Jouer au Carnaval

Ariane Lessard, duchesse de Saint-Sauveur 2014

Je me souviens encore de la fois que j’ai assommé Sophie Lou Limoilou
J’y pense souvent
Je me sens mal parce que c’était une fille que j’aimais beaucoup, mais de manière timide, intimidée
Je me rappelle que sa mère était vraiment fâchée contre moi
Parce que j’avais voulu performer la fille qui est frue de pas gagner
La fille qui est bitch et qui n’aime pas les autres filles
Mais c’était pas moi cette fille
Je ne voulais pas être ça, mais je voulais avoir le droit de le performer, de montrer que ça existait, avec humour, sarcasme

Il y a beaucoup de ça dans le carnaval
Des rôles, des costumes, de l’outrance
J’ai aussi joué à être une poétesse de l’ombre de Saint-Sauveur, une duchesse russe du froid nordique, une amatrice de one-piece en coton ouaté qui montre ses boules,
À ce moment-là j’incarnais une saltimbanque du déguisement
Il faut savoir que si les filles grimacent autant, c’est parce que l’événement permet une expiation
Il permet à un groupe de filles, femmes, personnes qui s’identifient à, de vivre un carnaval à leur manière, sous le regard attentif et festif des habitants qui font vraiment vivre Québec de l’intérieur, les mêmes qui vivent terrés dans les divers quartiers de la vieille capitale et des alentours, qui ne votent pas pour la CAQ et qui aspirent à plus qu’un stade de hockey vide

Je me souviens de ma rencontre avec le maire le nombre de blagues sexistes qui peuvent être drôles vu qu’on est des filles intelligentes qui ne trouvent pas ça drôle d’habitude han
Le même maire qui fait revenir les anciennes duchesses et qui d’un coup, arrête de financer celles qui vivent en partie en bas de la côte

C’est primordial la folie dans le carnaval, c’est important d’aller voir jusqu’où on peut aller, poser des questions, frôler l’irrévérence, s’affirmer dans l’art, profiter de tout ce que ça donne, de se faire lire, de se faire voir

Pour les provocatrices comme moi, c’est un bel espace
Des chambres à soi mélangées en maison
Maison close de filles, je dis filles, mais je pourrais dire encore femmes, mais dans filles je reconnais plus de loisirs, mais c’est pas important

Une belle trâlée de filles qui se connaissent, se comprennent, tissent des liens, veulent s’impressionner entre elles, s’impressionnent, s’intéressent, se la jouent

Saint-Roch pis Vanier vous étiez mes sœurs même si Saint-Roch était fucking jeune
J’en revenais pas de la qualité de ces êtres

Ce qu’il y a de bien à Québec, c’est le réel microcosme d’artistes qui se savent exister qui donnent de l’espoir peut-être pis des coups comme aux dernières élections quelque chose comme une communauté

À Montréal, y’a trop de monde pour que tu saches que ce que tu fais est important, connu, reconnu la vie se passe surtout sur les réseaux sociaux pour une exilée comme moi parce que le milieu littéraire montréalais est intimidant tu sais pas trop comment parler au monde sans avoir l’air d’une fille qui veut de la visibilité alors que tu veux plutôt des nouveaux amis dans le domaine de l’art, mais genre n’importe quel art pour retrouver l’atmosphère qui avait à Québec, du monde qui se parlent se rencontrent souvent dans les espaces qui portent à se rencontrer,
mais c’est peut-être aussi parce que je sors pu pis que je bois moins, peut-être que c’était Québec qui m’aidait peut-être que c’était l’alcool

Le port du nom de duchesse est éphémère sur les médias sociaux
Mais il reste gravé dans le cœur

On ne naît pas toutes duchesses
Mais on en a besoin

Lancement de la Revengeance 2014. Photo : Cathy Lessard Photographe

La vengeance d’une duchesse sur la Revengeance des duchesses

(mais qui n’eut jamais lieu…)

Marjolaine Turcotte, duchesse de l’île d’Orléans 2018

Il y a plusieurs femmes extraordinaires qui habitent l’île d’Orléans. Mais il y en a une, pour qui j’ai beaucoup de respect et d’affection, dont j’aurais aimé vous parler. Une femme généreuse, impliquée dans son milieu. Une femme que j’admire à bien des égards. Une femme qui fut duchesse il y a quelques dizaines d’années pour le Carnaval, dont j’aurais aimé vous rapporter directement les paroles, l’expérience. Elle n’a pas voulu, craignant les critiques, les jugements, les commentaires désobligeants qui déferlent si facilement en ligne.

Je respecterai son choix, mais je vous partagerai ici MA perception du rôle des duchesses à la suite de la discussion que j’ai eue avec elle, et de l’influence que ce rôle pouvait avoir sur leur vie, au vu de son expérience personnelle.

Ce que j’ai appris, c’est qu’à une époque où les métiers/carrières qui s’offraient aux femmes se limitaient à peu près à enseignante, infirmière, secrétaire ou mère au foyer, être duchesse ouvrait des portes vers de nouvelles possibilités. Cette expérience renforçait leur confiance en elle, en leurs capacités.

Ce que j’ai appris, c’est que le rôle de duchesse, lorsqu’il était assumé par des femmes qui avaient grandi dans leur duché et étaient fières de leur quartier, était rassembleur. Au-delà de l’image, la duchesse devait toucher les gens, elle devait mobiliser les habitants de son duché. Elle apportait la fête aux gens parce que chacune (et chacun) se reconnaissait en elle.

Ce que j’en retiens, c’est que si, au fil du temps, le concept de « duchesse du Carnaval » avait su rester près des quartiers et des gens, et les représenter dans toute leur diversité, il aurait probablement mieux traversé le temps. Mais bon. Pour la diversité, il y a la Revengeance. #lavilleestànous

Merci, duchesse du Carnaval, d’avoir partagé ton expérience avec moi. Tu m’as appris et permis de nuancer mon opinion.

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