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DUCHESSE-TOÉ! Compilation

Votre duchesse de Limoilou avait demandé aux autres duchesses de la Revengeance de choisir une chanson à laquelle elles s’identifient. Voici le résultat, que vous avez déjà entendu à la soirée du lancement.

Laissez-vous aller, ne nous regardez pas comme ça. Vous aussi, vous avez vos plaisirs coupables!

Duchesse-toé!

Sara La Récup, duchesse de Limoilou 2018


1) 0:00 Joe Dassin : Dans les yeux d’Émilie (ÉMILIE III, duchesse du Vieux-Québec)

2) 3:37 Lisa Leblanc : Chanson d’une rouspéteuse (JULIE ANN, duchesse de Saint-Roch)

3) 5:52 Joseph Edgar : Espionne russe (ANOUCHKA, duchesse de l’Aéroport)

4) 9:19 Safia Nolin : Igloo (SARA, duchesse de Limoilou)

5) 13:42 Les Colocs : Belzébuth (JOANNIE, duchesse de Neufchâtel)

6) 22:59 Félix Leclerc : Le p’tit bonheur (KAROLINE, duchesse de Maizerets)

7) 25:36 David Bisbal, Wisin et Yandel : Torre de Babel (MARIANA, duchesse de Charlesbourg)

8) 29:48 Mika : Elle me dit (MARJOLAINE, duchesse de l’île d’Orléans)

Véro

Elle aimait les pivoines.

Elle nous a accueillis, ma famille et moi, quand nous sommes arrivés les uns après les autres bien remplir notre maison située sur la 3e Avenue Est. Notre voisine était douce comme l’odeur des pivoines qu’elle nous coupait chaque printemps. Elle avait la patience de faire la conversation avec mes grands-parents déracinés. Elle s’assoyait souvent avec eux sur sa balançoire, en buvant un thé, leur expliquant tranquillement le vocabulaire des articles de journaux. Elle leur a inculqué l’importance de bien prononcer l’accent circonflexe inexistant dans « Jâcques », parce que dire « jacques », ça sonne comme «  Jack » dans une bouche hispanophone, et ça, c’est de l’anglais.

Rapidement devenue un membre de la famille, elle participait activement aux anniversaires, renouvellement de vœux de mariage, graduations… elle était toujours présente avec ses boucles châtaines et son sourire généreux. Elle apportait à tous les coups un gâteau renversé aux ananas, avec la texture moelleuse et jamais sèche d’une recette bien cachée. Plus souvent qu’autrement, son gâteau était terminé bien avant le forêt-noire de l’épicerie.

Douce, elle a gardé au salon une rose accrochée derrière la photo de son défunt mari. À l’entendre, il était deux fois plus généreux qu’elle. Vers la fin, elle a choisi de ne pas partager ses jours avec un autre qui lui faisait des avances, parce qu’elle avait eu un seul mari et qu’elle l’aimait toujours. « Les pages de notre amour » n’avaient rien à leur envier, même si on n’a pas eu le privilège de connaître son compagnon. En ce qui concerne ses enfants, son fils, P., est lui aussi devenu un ami cher, un membre du clan et une des nombreuses ancres qui ont facilité notre intégration en sol québécois.

La dernière fois que je lui ai parlé activement, je lui avais amené du pain aux bananes que j’avais fait. Quand je suis repartie, elle m’a dit de remercier ma mère pour la collation que je lui avais apportée. Elle avait l’air fatiguée, avec sa repousse blanche sur son crâne délicat.

Nous aimions ses pivoines, et elle nous manque terriblement.

Je ne peux pas m’empêcher de penser à elle quand j’en vois, depuis.

 

Crédit : Mariana Montoya

Crédit : Mariana Montoya

Comme on regarde les pivoines fleurir et faner,
Je me retire dans une chambre noire
Développer les vieux souvenirs dans le parfum
Des roses qui ne fleuriront plus

Puisse-t-elle encore sous les neiges
Dormir auprès de son roi,
Elle, notre reine de printemps.
Puissent-ils prendre le thé
Au-dessus du Soleil, ensemble,
Pour l’éternité qu’ils ont voulu partager.

Charlesbourg,
Charlesbourgoisie, Charles-bout-du-monde, Charlesbourg

Crédit : Mariana Montoya

Crédit : Mariana Montoya

Quartier qui en prend large, tranquille, ancien, plutôt boudé par le restant de la ville. On a l’image des maisons de banlieusards, des retraités. On croit qu’il ne se passe jamais rien, et pourtant.

Nous avons une magnifique bibliothèque au Trait-Carré, dont le toit vert offre une des plus belles vues de la ville qu’on puisse avoir. On a le Trait-Carré lui-même, porteur d’histoire au cachet unique, avec notre moulin des Jésuites. On a l’ancien zoo, un immense parc qui passe sous les radars. Deux centres commerciaux, des centres communautaires, des écoles…

Mais ce qui fait le charme de Charlesbourg, ce sont ses habitants.

Ce sont les personnes, comme notre première voisine, qui accueilleront leurs voisins immigrants comme des membres de la famille, qui offriront le thé, des pivoines et des journaux, pour mieux pratiquer le français avec les vénérables vieillards de cette famille au français cassé. Ce sont les dames comme cette même voisine qui sans faute était présente dans tous les événements familiaux. Des gens comme le voisin actuel de mon père qui va redonner la gentillesse qu’on lui donne au centuple. Un coup de main pour tondre la pelouse contre un verre de vin, des rires et une poignée de main sincère. Ce sont les gens du Brunet qui ont habité ce quartier toute leur vie, qui vont se souvenir de toi quand tu iras chercher tes médicaments et ton shampooing et qui demanderont de tes nouvelles. Ce sont des amitiés fidèles et honnêtes au cœur de chaque demeure et de chaque commerce.

Ce sont les personnes de la Maison de la famille, qui vont offrir un cercle, une aide, une oreille et un guide, qui vont inspirer les personnes qui s’y rendent à devenir meilleures. Ce sont des gens trop bons, au caractère franc, à qui on sait qu’on peut faire confiance.

J’ai toujours trouvé que le ciel à Charlesbourg était plus vaste, un peu différent qu’à d’autres endroits de la ville, peut-être parce qu’on est en haut d’une longue côte. Mais je pense qu’il reflète avec grâce la douceur des gens qui y habitent. Et je pense que c’est pour cela qu’il est aussi captivant.

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