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Fake notre identité insulaire, c’est des maisons de pierres pis le temps des pommes… Right?

Île d’Orléans, parlons tissu social et culture

Bon, un autre titre choc pour réussir à capter ton attention d’Orléanais.

Photo de Julie Nadeau

Je suis de retour chez nous en terre insulaire. Ma famille vient d’ici, j’ai grandi ici, pis mon dieu que je suis heureuse d’être de retour au cœur de ma communauté.

J’arrive d’un trois ans aux Îles-de-la-Madeleine, où le tissu social est tissé serré pis fait à la main. J’arrive aussi d’un an dans les territoires nordiques de Yellowknife, où la proximité entre francophones est essentielle pour l’épanouissement de l’identité franco-ténoise. Maintenant, ici sur l’île d’Orléans, nous avons quoi? Je veux dire mises à part les organisations de loisirs municipales (merci d’être là! Vous faites un travail génial!) et une politique culturelle qui date de 2005. Qu’est-ce qui aide à faire fleurir notre identité? Nos liens sociaux? Qu’est-ce qui favorise l’essor de nos artistes, entreprises et producteurs? Car il me semble que notre identité insulaire ne se résume pas à Félix Leclerc et à des maisons de pierres ancestrales.

Nous ne pouvons pas en vouloir à notre voisin individualiste qui bouge pas ou à l’entreprise privée d’à côté qui ne pense qu’à sa réalité financière. En fait, je pense que ça fait juste longtemps que personne n’a osé remettre sur la table publiquement que dans la vie, l’union fait réellement la force.

Nous avons six villages plus différents et riches les uns que les autres, mais, malheureusement, je trouve que nous avons peine à faire rayonner et à encourager nos forces et talents insulaires. Par talents, je parle de nos entrepreneurs, de nos producteurs, de nos artistes… Les connaissez-vous? Sur le site web de la MRC de l’île d’Orléans il y a certes beaucoup (beaucoup) d’informations à ce sujet. Par contre, concrètement, que se passe-t-il? Quels sont nos outils pour nous mettre en valeur, quelles sont nos organisations, nos stratégies? Vous ne pensez pas qu’un plus grand nombre de regroupements, d’organisations ou de comités par et pour les gens d’ici serait réellement mobilisateur, structurant et payant pour notre milieu de vie, et ce, pour n’importe quel domaine (agroalimentaire, culturel, affaires)?

Publication Facebook mettant en valeur le temps libre. Merci à Sarah Luce-Levesque, chevalière recherchiste du vortex social de Limoilou, pour la trouvaille de la publication nécessaire à article sociopolitique de la duchesse.

J’ai pas le temps!

Ça me tente pas!

Ce sont toujours les mêmes!

J’ai ben trop d’affaires à m’occuper!

J’ai mille enfants pis six tracteurs…

Ah oui, c’est vrai, je vous le concède, le temps se fait rare au cœur de notre époque. Toutefois, je crois que si nous ne bougeons pas, nous passons à côté de quelque chose de grand et de fort : nous passons à côté de la confection d’un tissu social, insulaire et identitaire unique. Un outil qui nous permettrait de vaincre vents et marées sur notre territoire.

C’est utopique, ton histoire de tissu social! Comment on peut réussir à faire ça?

Une population, un milieu de vie doit apprendre l’importance de la concertation et de la mobilisation. Les municipalités, les MRC et les autres institutions doivent travailler toutes ensemble pour favoriser l’engagement et l’éveil citoyens. Ce n’est pas un petit mandat. Cela ne se fait pas en deux mois non plus. Pour réussir à réveiller et mobiliser une population sur son milieu de vie, cela prend des stratégies adaptées aux enjeux et aux objectifs de développement du milieu. Il faut réussir à gagner le cœur des gens avec des actions, des événements ou des causes qui les concernent. Il faut travailler avec les forces du territoire, il faut prioriser le plaisir dans l’action et, surtout, il ne faut jamais baisser les bras.

Pis sinon quoi?

Eh bien, si nous ne nous impliquons pas, nous laissons le plein pouvoir aux institutions politiques sur notre milieu. Elles font de l’île d’Orléans ce qu’elles veulent de l’île d’Orléans. Bien sûr, elles le font du mieux qu’elles peuvent avec les ressources qu’elles possèdent. Toutefois, mon expérience me dit que plus la population est loin des processus décisionnels, plus les décisions sont loin des besoins réels de la population. Les priorités des gens d’ici ne sont pas toujours les mêmes que celles des institutions politiques.

SébaZtien Girard photographe : www.sebaztiengirard.com

Quelle est votre position sur le troisième lien? Sur le projet de la Pointe d’Argentenay? Pis le pont? Pourquoi nous avons pas de marché public?

Je sais pas….

Exemple : Le renouvellement de la Politique culturelle de la MRC 

Le 12 octobre dernier, la page Facebook de la MRC de l’île d’Orléans publiait un communiqué de presse afin d’informer la population du renouvellement de la Politique culturelle de la MRC : La MRC entame le renouvellement de la Politique culturelle et patrimoniale de l’Île d’Orléans. Cette démarche d’actualisation s’accompagnera de consultations du milieu, via un comité dédié. Au terme du processus, le portrait du territoire sera actualisé, les besoins du milieu seront recueillis et les nouvelles tendances seront prises en compte afin que de nouvelles orientations et priorités soient élaborées […].

Qu’est-ce qu’une politique culturelle?

La politique culturelle est un geste politique et public de reconnaissance de l’importance de la culture dans le développement d’une collectivité; elle constitue le pivot de la stratégie d’action de la municipalité en ce qui a trait au développement de la culture et des communications, en vue d’assurer une plus grande intégration et une meilleure planification des activités dans une perspective d’amélioration de la qualité de vie. – Ministère de la Culture et des Communications du Québec

En janvier, j’ai fait un appel téléphonique à la MRC pour en savoir davantage sur sa stratégie de consultation. Aucune consultation du milieu ne sera faite. Le comité dédié, composé d’acteurs clefs du domaine culturel, a pris la décision de ne pas aller vers ce type de démarche puisque la population ne participe pas à ce genre d’événement. Il est en effet facile de jeter le blâme sur une population complète plutôt que de remettre en question les façons de faire et outils utilisés pour concerter et mobiliser les gens.

Une politique culturelle qui a 14 ans…

La Politique culturelle actuelle date de 2005. Cela fait exactement 14 ans que la première politique fut mise en place. Depuis, le portrait social, économique et culturel a tellement changé : la population semble s’être rajeunie, les familles foisonnent de partout, il y a de nouvelles entreprises, plus d’artistes et d’artisans… Bref, les enjeux locaux ne sont probablement plus ce qu’ils étaient en 2005. Difficile de comprendre pourquoi le comité dédié ne ressent pas plus le besoin de consulter son milieu. Cela demanderait probablement trop de temps, d’énergie, d’argent et d’innovation. Je leur concède que nous partons de loin.

Toutefois, selon moi, c’est le travail de la MRC de faire tout en son pouvoir pour aller à la rencontre des gens et tâter le pouls de la population afin d’essayer de la comprendre et de la connaître. Le comité dédié pourrait travailler avec les organisations fortes du milieu (comités de loisirs municipaux, centre d’action bénévole, page Facebook Insulaire, etc.) pour diffuser des sondages papiers ou électroniques. Il pourrait mettre en place des événements familiaux le fun! où les enfants pourraient s’amuser pendant que les parents s’expriment. Bref, ce ne sont pas les idées ou les pistes de réflexion qui manquent; par contre, il est vrai que ce type de démarche demande du temps, de l’argent, de l’énergie et de l’innovation.

Et maintenant?

L’objectif de cet article est d’ouvrir les yeux de quelques Orléanais. C’est d’illustrer le besoin d’un tissu social plus fort au cœur de notre milieu de vie et c’est d’inviter la MRC à réfléchir sur comment elle pourrait travailler à éduquer et faire cheminer sa population pour favoriser une meilleure implication sociale des gens d’ici.

J’aimerais aussi croire que quelques consultations publiques pour la refonte de la Politique culturelle se verront inscrites à l’agenda 2019.

Parce qu’une communauté qui a à cœur son milieu de vie et ses richesses, c’est fort. Parce qu’une communauté qui s’implique et s’investit pour le rayonnement de son identité, c’est inspirant.

Et maintenant toi, qu’est-ce que tu crois que nous pourrions faire ensemble pour stimuler la participation citoyenne au cœur de notre milieu de vie?

Introduction au concept de GPS

Depuis que je suis arrivée dans Saint-Sauveur, j’ai développé une relation au territoire plutôt originale. Ma géographie mentale se construit au fil de mes promenades, de mes rencontres et de mes expériences. Le langage évolue avec notre nouvelle conception de l’espace, les lieux changent de nom et on se fait de nouveaux points de repère au passage.

La grande traversée. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

En bonne amatrice de choses vintage et de vieilles affaires, j’ai développé le concept de GPS, qui est très utile pour amorcer une conversation intéressante sur le quartier. 

GPS, c’est pour Géolocalisation paroissiale sympathique. 

Le principe est simple, je demande aux gens : « Dans quelle paroisse vous habitez? »

Faites un essai, vous verrez que c’est un excellent moyen de briser la glace pour tisser des liens avec les gens du quartier. Cette question fait sourire les anciens et déconcerte parfois les nouveaux venus. J’aime tellement voir la réaction des gens à ce moment-là. Les vieux résidents se sentent interpellés, c’est émouvant de les voir partager leurs souvenirs. Plusieurs églises sont disparues en basse-ville dans les dernières années et les jeunes n’ont pas toujours conscience du rôle de ces bâtiments dans la dynamique et l’identité du quartier.

Saint-Sauveur, avec son clocher. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Ça donne une perspective nouvelle sur notre milieu de vie et son histoire. Pour moi, cette expression permet d’amorcer une conversation sur le sentiment d’appartenance que nous avons envers notre quartier. En changeant de vocabulaire, on s’oriente dans la ville avec des repères différents, qui sont un peu plus intéressants que la simple signalisation routière.

Avec le temps, on développe des souvenirs, des relations, des connaissances sur les gens, les événements et les lieux qui nous entourent. On voit les choses évoluer, changer et se transformer, pour le meilleur et pour le pire si on connaît un peu l’histoire de Saint-Sauveur.

Adieu le Red Lounge, bonjour le Diner.  Ce bâtiment est un bon exemple de transition de l’identité d’un lieu en tant que point de repère important dans le paysage urbain. Il y a l’avant et l’après d’un espace qui restent associés dans notre mémoire. Par habitude, on conserve parfois dans l’usage l’ancien nom quand c’est une institution importante : pour moi, le Cercle restera le Cercle, l’ancien local du MEC sera encore le MEC, mais mon cerveau commence à se faire à l’idée du Diner. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Sans nécessairement tomber dans la nostalgie, le patrimoine nous parle et nous rassemble. Que l’on soit croyant ou pas, on peut apprécier la beauté des bâtiments, ainsi que le rôle des îlots paroissiaux dans l’animation du voisinage et de la vie de quartier. C’est souvent là, tout près de l’église et de son presbytère, qu’on retrouve l’école, la caisse populaire, le parc, les petits commerces et le centre communautaire.

Que ce soit dans les clochers d’églises, la toponymie, l’architecture bricoleuse, la « parlure » populaire, le paysage des rues remplies de poteaux ou les fêtes de quartier, la culture s’expose dans la vie quotidienne. À travers les rencontres et les échanges, la culture peut nous aider à se trouver une place dans cette étonnante communauté. 

Je pense à cet octogénaire qui discutait avec une vieille connaissance alors que j’attendais l’autobus devant le collège Aviron :

« J’aime bien ça faire ma p’tite marche jusqu’ici, pis la bus, le trajet me laisse juste en face de chez moi sur Sainte-Thérèse. »

Comme ethnologue, le passé, l’histoire et le patrimoine, ça me parle. J’aime l’idée de perpétuer l’esprit du lieu et de transmettre un peu de sa mémoire à mon tour. Ça me plaît bien d’appeler Raoul-Jobin avec son ancien nom : la rue Sainte-Thérèse.

Tenir debout. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Prendre racine dans un quartier, c’est un peu ça : on s’adopte, on s’adapte.

L’histoire n’a pas toujours été tendre envers Saint-Sauveur et ça reste encore difficile pour beaucoup de gens de passer par-dessus sa mauvaise réputation. Faut pas toujours se fier aux apparences et remettre en question nos préjugés. Avec un peu de curiosité et d’ouverture d’esprit, la beauté se révèle sous d’autres formes pour ceux qui savent observer. Ça prend un peu de temps et d’exploration, mais aussi de la patience et de la tolérance pour apprivoiser le paysage, la culture et la communauté. On découvre qu’il y a des trésors partout, dans le patrimoine, les rues et les gens. On s’attache assurément.

À pied, la vie va à notre rencontre alors que les gens se croisent sur Saint-Vallier. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

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