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Qui nous nourrira?

Lundi dernier se tenait l’assemblée générale de l’Union des producteurs agricoles, secteur Île d’Orléans. Une trentaine d’agriculteurs-trices étaient réunis. Une rare occasion de socialiser entre nous : le reste du temps, on n’a pas le temps. Sur l’Île, on produit une multitude de légumes et de fruits, des céréales, du lait, des animaux à viande, mais peu importe la production ou la taille de l’entreprise, plusieurs partageaient une morosité, une grande fatigue et une inquiétude certaine face à l’avenir.

Quand on sait que la détresse psychologique touche un agriculteur sur deux, et que le taux de suicide est deux fois plus élevé dans mon métier que dans le reste de la population (voir article), cette morosité n’a pas de quoi étonner. Faut dire que les temps sont durs pour les agriculteurs d’ici. Entre la hausse du salaire minimum plus élevée que prévu, les réglementations provinciales et nationales sévères, les produits alimentaires importés vendus à trop bas prix en épicerie, la hausse constante du prix des intrants (semences, engrais…), la dévalorisation de la profession dans l’espace public (plus souvent décrits comme pollueurs que nourrisseurs), les changements climatiques, les accords internationaux et les humeurs de notre voisin (vous savez, le p’tit blond?), il y a de quoi être inquiets.

Comment changer les choses? Je crois que ça passe en grande partie par l’achat local. En priorisant des produits québécois, ou du moins canadiens, on aide les agriculteurs à faire face à l’augmentation de leurs coûts de production (main-d’œuvre et intrants). On revalorise du même coup la profession, parce que la popularité des produits locaux est une belle démonstration de l’attachement de la population envers ses agriculteurs. On rend nos entreprises agricoles plus fortes et mieux adaptées pour faire face aux aléas climatiques et politiques.

« C’est ben beau tout ça, mais c’est cher manger local. »

Crédit : Marjolaine Turcotte

Crédit : Marjolaine Turcotte

Ça dépend comment on regarde ça. Vous souvenez-vous, il y a quelques années, du « scandale » du chou-fleur à 8 $? Tout le monde s’entendait pour dire que ça n’avait pas de sens qu’une denrée alimentaire de base atteigne un tel prix. Si les agriculteurs d’ici remisent leurs tracteurs pour de bon, notre alimentation dépendra alors uniquement de l’étranger. Croyez-vous que les grandes entreprises agricoles étrangères nous feraient cadeau de leurs produits s’ils n’avaient plus personne pour leur faire compétition localement? Moi, je crois que le chou-fleur à 8 $ deviendrait la norme.

Sur un autre plan, quand on considère que les denrées alimentaires produites hors Canada ne sont pas soumises aux mêmes normes (environnementales, sanitaires) que celles produites ici, il y a de sérieuses questions à se poser sur l’innocuité et la salubrité de ces denrées. Si on considère qu’on est ce que l’on mange, alors combien vaut-on? Nos réglementations locales ne sont certes pas infaillibles, mais diminuent grandement les risques.

L’avenir de l’agriculture locale se joue dans nos paniers d’épicerie. Le moral des agriculteurs et la santé de leurs entreprises se trouvent entre nos mains, comme consommateurs. C’est chacun de nos choix qui détermineront, au final, qui demain nous nourrira.

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