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Archives du mot-clé espionne

Héros de guerre

Québec, le 14 février de l’année en cours

Cher journal,

Aujourd’hui est un jour triste pour moi. Mes yeux sont couleur nostalgie et mon cœur est jour de pluie. Je pense à mon homme. Celui que j’ai perdu à la guerre. La guerre des hépatocarcinomes. Ce soir la vague m’emporte et le ressac me laisse des souvenirs noirs et blancs.

Chaque bombe qu’il a reçue me retraverse le corps encore, jour après jour. On cherche des armes nucléaires aux quatre coins du monde, pensant que ce sera ce qui causera la fin de l’humanité, alors que notre fin se joue en microscopie entre le foie et le pancréas. Entre deux chimios. Nos soldats meurent de leur propre corps. Et femmes et enfants les voient s’émacier, impuissants. Les champs de bataille résonnent de respirateurs et de solutés.

Il était grand, fort et ses bras nous protégeaient des petites apocalypses. Puis la guerre l’a rendu vieux soudainement. Il est devenu chancelant et ses bras n’ont pu nous protéger de l’apocalypse… la vraie…

Il est mort au combat un jour d’août. Pendant que dans le film de sa vie son corps s’écroulait au ralenti, les genoux cognant le sol, moi j’ai cessé d’entendre le son de sa respiration. Pendant que son casque de soldat se fracassait par terre, son cœur battait une dernière fois, dernier adieu à ceux qu’il aimait.

Depuis, j’erre.

Je sais que demain sera un autre jour et que les couleurs reviendront, mais j’aime pouvoir porter mon coquelicot quelques soirs et pouvoir dire « je me souviens ».

A.

La duchesse paresseuse

Québec, le 13 février de l’année en cours

Cher journal,

Entre les missions, l’organisation et mes apprenties, mon duchessariat souffre. J’observe discrètement mes congénères se démener pour divertir, renseigner, éduquer et faire leur part pour leur duché et, moi, je vois la paperasse se grattecieler et comme la neige a neigé, ma pelle me narguer et je me dis bahhhh…

Gens de l’Aéroport, vous avez la duchesse paresseuse!

J’ai pourtant plein d’idées. Dans un grand mea culpa fracassant, voici mes « j’aurais pu » :

J’aurais parcouru le dédale bureaucratique de la Ville de Québec pour savoir qui c’est qui a choisi ce découpage pour notre quartier. On est comme le restant de pâte de la tarte. Le contour de quelque chose de pas très défini. On est un résiduel auquel ils ont donné un nom et il y a sûrement un responsable quelque part. J’étais curieuse de mettre un visage. J’aurais pu.

J’aurais pu faire un article très engagé et vert sur la qualité de l’air qui est, semble-t-il, plus que douteuse dans Champigny. J’aurais sorti des chiffres, pris des photos de la sonde à l’école Primevères. Je me serais fait des alliés. Ça aurait été utile. Ça aussi, j’aurais pu.

J’aurais aussi fait un montage vidéo sur une toune de la bande annonce de Fifty Shades of Grey avec des images des motels de Wilfrid-Hamel. Ça, j’aurais dû…

Fifty Shades of linoléum

ou

La chambre rouge et le lit vibrant

(J’ai parké mon hélicoptère dans cour je vais prendre deux heures.)

J’aurais recensé les chats errants du quartier (parce qu’il y en a une barge!) et je leur aurais inventé une histoire, des noms et des scandales. À la fin, tout le monde les aurait adoptés et on aurait fini ça dans le bonheur avec de la danse, une envolée de ballons et Marie-Ève Janvier qui chante sa joie d’être heureuse mais bon… y faisait frett.

On dit que c’est l’intention qui compte…

Mes co-duchesses, je vous lève mon casque de poil bien bas…

Cheers!

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À demain, si Dieu le veut…

A.

Conseils d’espionne (numéro de lancement)

À la demande générale – bon, OK, peut-être juste à la demande de Mickaël (ou Karine? Je les mêle toujours, ces deux-là…) – voici le texte de mon numéro de lancement.

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Crédit photo : Daniel Tremblay

Présentation :
La prochaine duchesse a été recrutée depuis sa plus tendre enfance pour suivre une exigeante formation à la solde de l’Organisation. Elle fabrique des bombes fumigènes et décrypte les petits mots des contrats pendant que de la main gauche elle conduit un yacht qui fuit une armée mongole. On l’a surprise suspendue au plafond d’un hôtel de Dubaï et elle a pris la fuite en deltaplane. Elle a infiltré la Revengeance et brigue maintenant la couronne, la duchesse de l’Aéroport : Anouchka!

Mesdames les Duchesses, mon message s’adresse à vous. Vous qui accédez maintenant à la notoriété et à la monarchie, laissez-moi vous faire part de mon expérience. Vous croyez probablement que les hommes de la haute société sont plus civilisés. Oh que non!

Mesdames, en ces temps d’inconduites sexuelles, vous vous devez d’être fière, forte et autonome. Voici donc quelques conseils d’auto-défense version Revengeance.

Si vous vous retrouvez coincée dans un endroit restreint avec un individu aux mains longues et aux dents pointues, criez!

Vous pouvez opter pour le cri strident habituel, mais je vous dirais que tant qu’à y aller, profitez de la tribune :

À bas le capitalisme sauvage!

Fuck Trump!

Je préfère le beurre!

Une femme qui s’affirme, généralement, ça fait fuir!

Si l’importun ose y aller d’une main aux fesses, Mesdames, ne vous gênez pas, pétez!

L’homme de ce genre a tendance à croire que la femme n’est que douceur et fleurs. Un fumet bien odoriférant lui fera ramener ses doigts sur sa cravate à pois.

Un jour que je revenais de mission entre Québec et Montréal sur le top d’un truck, un individu a profité de mon étourdissement pour tâter la rondeur de mon arrière-train.

Encore aujourd’hui juste ma vision lui donne un haut-le-cœur en souvenir de mon odeur.

Les hommes aiment bien aussi discuter de leurs engins de guerre. Alors que j’étais avec Berlusconi et qu’il me disait de long en large combien il en avait une longue et large, je lui coupai sec l’élan en lui faisant un résumé de ma capacité à faire une vasectomie avec mes dents et deux bouts de ficelle. Ça lui a passé.

D’ailleurs à ce sujet, plusieurs me demandent si j’ai eu des contacts avec Trump. Lorsque l’organisation s’est posé la question sur cette mission, elle a préféré envoyer ma collègue Melania. Elle a plus d’un tour dans ses rallonges.

Il se peut que le danger se pointe dans un lieu isolé où crier serait inutile. En 1998, alors que je traversais un terrain vague, trois ninjas en état d’ébriété ont surgi de nulle part.

Est-ce que j’ai eu peur? Pfff!

Je leur ai mis de la poudre aux yeux.

– Anouchka au groupe K : les gars, ne tirez pas tout de suite, ça fait longtemps que je ne me suis pas battue!

Ils ont feint être appelés par leur mère et ont tourné les talons.

Peu importe de quelle façon la situation se présente, que vous soyez accrochée sous un quai ou marchiez à Place Laurier, l’important est de vous faire entendre, avec aplomb, avec panache!

Et n’oubliez pas… À toute offense, il y aura Revengeance!

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