Contactez-nous instagram twitter facebook courriel

Archives du mot-clé Faubourg

Gens de Saint-Jambe : Lise Audet et Marie-Ève Duschesne

Lise Audet

Lise Audet, dessin de Hélène de Saint-Jambe (courtoisie)

Je l’aime Lise Audet. Fille du faubourg et de la peintre Isabelle Laflamme, elle est née et a grandi dans la paroisse de Saint-Cœur-de-Marie. Ne cherchez pas, ça n’existe plus. Ça été rasé avec l’arrivé du boulevard René-Lévesque. Elle est partie près d’une dizaine d’années mais est revenue au bercail depuis longtemps. Lise s’occupe du plus gros groupe d’achat de la région de Québec, et ce, depuis plus de vingt ans. En collaboration avec Moisson Québec et quelques particuliers, elle gère de façon conviviale et avec dévouement une troupe de consommateurs de la marge qui évitent ainsi les épiceries et leur musique aussi indigeste que les prix. Une fois par mois, mères de familles, étudiants ou sociables solitaires viennent y faire des réserves et des économies. On y achète en gros et divise en portions. On y vient quand c’est possible, on se salue et prend des nouvelles. L’organisation autogérée prenait place au sous-sol de l’église Saint-Jean-Baptiste avant sa fermeture. Elle s’établit maintenant à la coopérative Le Septième Ciel. Lise vit humblement malgré son bac en physique et ses deux maîtrises. Ses recherches l’ont menée au Vietnam et en Malaisie, et se poursuivent. Présentement inscrite en études anciennes, elle s’intéresse à l’Égypte et apprend des langues obsolètes. Cette passionnée des civilisations demeure, malgré son âge vénérable, une éternelle étudiante.

Un bon article au sujet de la nécessité des groupes d’achat et des banques alimentaires :  http://plus.lapresse.ca/screens/c4458419-7b1a-4620-8a5c-63a640c535e3__7C___0.html?utm_medium=Facebook&utm_campaign=Microsite+Share&utm_content=Screen&fbclid=IwAR0bsTd3_DLvD7gSmk1uULzcRNSEIUWytMKD-4B6fcBgWANUXPNfz4URDpg

Marie-Ève Duchesne du Comité populaire

Marie-Ève Duchesne, dessin de Hélène de Saint-Jambe (courtoisie)

Je ne dis pas ça pour me vanter, mais Saint-Jambe est doté d’un Comité populaire. L’organisme est né dans la foulée des mouvements citoyens qui ont lutté contre les excès de la Rénovation urbaine. Rénovation urbaine? C’est-à-dire le vaste étalement violent qui a multiplié par 20 la surface construite de la région en moins de huit ans tandis qu’au centre-ville 10 000 résidents ont vu leur job et leur logement disparaître sous les 4000 bâtiments mis à terre, dont les 14 écoles publiques de leur quartier. Un massacre culturel. Le Comité populaire est né en 1976.

Aujourd’hui, c’est Marie-Ève Duchesne qui tient le fort. Marie-Ève est là depuis plus de cinq ans. Elle a une technique en travail social et s’est impliquée plusieurs années dans la défense des droits, notamment auprès des femmes sans emploi. Elle donne des formations d’autodéfense féministe, et sur le logement social ou la hausse des loyers. Elle anime aussi une émission à CKIA : Salut à toi!. C’est une fille dédiée, engagée. Une vraie duchesse, quoi! Au comité populaire, elle soutient nombreuses causes. Elle s’inquiète de l’impact des Airbnb, elle essaie de faire bouger les choses concernant la boucherie Bégin ou l’îlot Saint-Vincent-de-Paul. Et elle n’est pas seule. Outre son collègue Vincent Baillargeon, des dizaines de personnes s’activent dans la vie associative et s’impliquent dans divers comités :  le journal l’Infobourg, l’Université populaire, le vestiaire, la « gang du jardin », etc. Ce que Marie-Ève aime de son métier, c’est contribuer concrètement à ces mobilisations, rendre manifeste le pouvoir du local, jouer dans la balance des rapports de forces politiques. Pour nous et avec nous, elle défend nombreuses luttes sociales et tient à jour des dossiers à propos de l’aménagement du territoire. Marie-Ève ne fait pas dans la politicaillerie mollassonne. Elle sait franchement dénoncer et revendiquer. Elle agit. Ça fait du bien.

https://www.unehistoirepopulaire.net

https://www.compop.net

Et une vidéo sur la lutte légendaire (et vraie!) de la rue Saint-Gabriel : https://vimeo.com/101535255

Gens de Saint-Jambe : le duc David (2019) et la duchesse Granola (1998)

David Nadeau Bernatchez, citoyen du monde et de Saint-Jambe

Duc de Saint-Jambe 2019 par procuration, David en est un, parmi les surdiplômés talentueux et multitâches du faubourg. C’est un esprit libre qui a préféré ne pas se barrer les pieds dans les institutions pour faire carrière, qu’elle soit universitaire ou artistique. Il écrit sans chercher à publier et cherche plutôt à rendre poétique sa vie elle-même. C’est d’ailleurs un père de famille accompli. Il habite le centre-ville mais demeure attentif aux cycles des saisons. Il connaît la forêt : une partie de l’année, il est producteur de sirop d’érable biologique.

Boîte de conserve de poésie liquide, un poème bio d’Hélène de Saint-Jambe en intime collaboration avec David Nadeau-Bernatchez

Si Nietzsche philosophait à coups de marteau, David, lui, a fait ses études en tapant sur une batterie pour faire du groove et de la musique actuelle. Philosophie et anthropologie visuelle l’ont mené à fréquenter des ethnomusicologues et à effectuer de tumultueuses recherches sur les musiques urbaines de Kinshasa. Cette ville d’Afrique centrale est l’une des plus densément peuplées et la plus grande agglomération francophone de la planète. David est probablement le seul Saint-Jambien à suivre avec autant d’attention les élections en République démocratique du Congo.

Lokassa, vidéo de 1:33 min poème et réalisation de Hélène de Saint-Jambe, mettant en vedette Jean-Marie Alexandre et Justice Rutikara. Cette vidéo a été réalisée en 2007, la veille du premier scrutin historique de la République Démocratique du Congo (ancien Zaïre).

Les nombreuses réalisations cinématographiques de David Nadeau-Bernatchez relèvent plus souvent de l’art contemporain que de la pub télévisuelle. Gentleman-acériculteur en région et citoyen du monde, ses perspectives sont larges mais toujours concernées par sa localité, sa culture et ses gens. Il a d’ailleurs développé un projet d’art-web qui résonne avec la thématique de la dixième Revengeance des duchesses, « La ville est à nous ». L’oeuvre, à la fois atypique et emballante, fait une kaléïdoscopie hallucinante de la ville de Québec, composée de fragments en mouvement : il faut visiter le projet Ludovica.

http://www.projetludovica.com

https://www.lesoleil.com/arts/projet-ludovica-quebec-en-recits-utopiques-6615a62084016fdad1a7693fe3d931c6

Richard Cantin, alias duchesse Granola

Journal de Québec, février 1998

J’adore Richard. Pas juste parce qu’il fait les coupes de cheveux étranges que je demande. C’est parce qu’en plus d’être beau et intuitif, il est avant-gardiste. C’est un créateur qui soigne son monde. À son salon, ses produits son éthique et sa déco est personnalisée. Il offre de délicieux gâteaux vegan et transforme comme nul autre le shampooinage en un massage de tête bienfaiteur. Richard est un Saint-Jambien de longue date. À une certaine époque, il était serveuse au Drague. Cette institution du faubourg, l’une des plus grandes discothèques en ville, organisait, comme la Revengeance aujourd’hui, un évènement parallèle au Carnaval de Québec avec ses duchesses et sa propre mascotte. En 1998, Richard était la superbe duchesse Granola. Cette année le Drague est partenaire du Carnaval officiel et a désigné une Reine des glaces, la ténébreuse Adriana. D’ailleurs, si vous avez encore du jus après la Revengeance, elle nous invite au Drague le 16 février pour un bal électronique fort en commandites.

Richard me prête la vitrine de son salon de coiffure le temps de la Revengeance, du 1er au 15 février. J’y présente deux vidéos. Allez voir au salon T’es-tu vu l’allure?, 317, rue Saint-Jean.

Richard et son comparse Bobby du salon de coiffure T’es-tu vu l’allure?, dessin courtoisie de Hélène de Saint-Jambe 

 

Gens de Saint-Jambe : Marc Boutin

Un poète de Saint-Jambe se consacre aux luttes urbaines du centre-ville depuis des lustres. Il m’a dit : « J’y suis né, j’ai vécu plus de vingt ans dans une ville d’une densité démographique à faire rêver et, à partir de 1965, j’ai assisté à un massacre, à un exode et à un détournement de sens dont je ne me suis jamais remis ».

Depuis, il s’est battu pour ou contre la zone 2 (quartier chinois), l’îlot Berthelot, le Mail et la Grande Place dans Saint-Roch, le Patro Saint-Vincent-de-Paul, les îlots Irving ou Esso, le Centre Durocher…

Marc Boutin, dessin de Hélène Matte

Les premières fois que j’ai vu Marc Boutin, c’était dans les années 1990 à l’Université populaire du Com pop. Puis, je l’ai suivi à travers le journal Droit de Parole, dont il était l’un des fondateurs, il y a plus de quarante ans. Enfin, j’ai croisé Marc dans le faubourg Saint-Jean-Baptiste comme j’ai croisé d’autres militants vifs et authentiques pour qui j’ai beaucoup de reconnaissance. Ce qui fait la particularité de Marc cependant, c’est la quantité de ses traces : plans, maquettes, contre-projets d’architecture, écrits et dessins forment un important corpus. C’est ce qui a motivé l’exposition dont j’ai été commissaire au Lieu en 2017. Bien qu’individuelle, son œuvre jette la lumière sur les luttes populaires et la solidarité. Elle manifeste une volonté de vivre-ensemble, de mieux-être collectif et d’autodétermination. Lui rendre hommage, c’est saluer la communauté des citoyens critiques et impliqués, concernés par les délires et incongruences urbanistiques de notre petite ville, de notre grand village de Québec.

Plan de Saint-Jean-Baptiste, dessin de Marc Boutin, photo de Patrick Altman

Quand j’ai visité son atelier, j’ai été happée par la finesse du dessin et compris que, bien qu’officiellement urbaniste ou journaliste, Marc est un véritable artiste. Non seulement il a la capacité de saisir la beauté du quotidien par des scènes urbaines ou de banlieue lointaine – et par là, ne jamais être vaincu par le désenchantement –, mais aussi ses principaux matériaux sont la critique et l’imagination. Et son œuvre, c’est la communauté : une « communauté affrontée », une communauté dissidente, une communauté utopique mais néanmoins réelle, une « communauté qui vient », comme diraient certains philosophes.

De ses dessins à ses plans de géographe, l’art de Marc est populaire. Il redéfinit néanmoins la conception du terme « art populaire ». Il ne s’agit pas d’une candeur esthétique retrouvée dans certaines représentations figuratives, mais d’un art alternatif qui a l’audace d’espérer, sinon de dénoncer, et qui se réalise par, à propos de, et pour le populaire : bref, un art citoyen.

Marc a toujours de bonnes idées en vue d’améliorer l’espace collectif. Son truc, c’est de penser aux piétons plutôt que de s’abêtir au tout-à-l’automobile.

 

Ici, on voit le croquis d’un projet de passerelle permettant de traverser en sécurité du centre Lucien-Borne jusqu’au quartier.

 

 

Patro Saint-Vincent-de-Paul, dessin de Marc Boutin

Sa proposition pour l’îlot Saint-Vincent-de-Paul comprend des logements sociaux et des espaces publics verts permettant de longer la falaise. Plus récemment, à la suite d’une consultation publique, il a dessiné un plan pour ajouter des « rues partagées » dans le faubourg et proposer aux ingénieurs de la ville de changer la direction de certaines voies de circulation pour ce faire.

Plan rues Sainte-Madeleine et Saint-Augustin, dessin de Marc Boutin

Marc fait aussi d’excellentes caricatures : l’éléphant blanc (fig. 06) vous rappelle-t-il quelque chose?

Centre Vidéotrompe, dessin de Marc Boutin

 

Quartier de (2/2)

J’ai précédemment mis en doute l’identité de « quartier des arts » que Montcalm s’est fabriquée et expliqué trop brièvement comment le Nouvo Saint-Roch s’est construit sur le dos des artistes. Ce n’est pas pour être chauvine que j’affirme que nous sommes, dans le faubourg Saint-Jean-Baptiste, plus artistes encore. Certainement, Limoilou et Saint-Sauveur font aussi bonne figure dans cette catégorie et je leur cède volontiers le titre puisqu’en nombre comme en qualité, il y a foison. Chez nous dans le faubourg, nous n’avons pas besoin de le revendiquer : nous sommes artistes. Nous sommes aussi beaucoup plus encore.

Disons-le, nous sommes un quartier d’intellectuels. On sait, grâce à une étude effectuée par le département de sociologie de l’Université Laval en 2011, que plus de 65 % des gens du faubourg (sur environ 9 000) ont fait des études supérieures. Les gens du département de sociologie savent de quoi ils parlent puisque, il faut le dire, l’exemple le plus probant est que justement, la moitié de ce même département habite Saint-Jean-Baptiste. Au moins cinq de ses professeurs s’y voisinent dans un rayon de moins d’un kilomètre. Les diplômes de nous ont pas bâillonné dans une tour d’ivoire. Ils ne font pas de nous des pelleteux de nuages ou des péteux de broue. Chez nous comme ailleurs, on pelte de la neige et on a de la broue dans le toupet.

                    

Dessins, courtoisie de Hélène de Saint-Jambe

Vaut mieux nommer le quartier « faubourg Saint-Jambe ». Faubourg, parce que cette dénomination rappelle notre historique géopolitique. Nous étions, avant l’invention des banlieues, en tant que périphérie du Vieux-Québec, l’un de ses bourgs. En plus, puisque notre quartier est mixte (tantôt aisé tantôt pauvre, la majorité avec un revenu médian mais toujours favorisé par notre position géographique), sa consonance avec « faux bourgeois » nous sied bien.

Alice de Saint-Jambe, auteure de Saint-Jambe, VLB éditeur, 2018. Dessin, courtoisie de Hélène de Saint-Jambe.

Si on se doit désormais d’ajouter « Saint-Jambe » à notre étiquette, c’est que l’une de nos artistes et archéologue les plus prometteuses, Alice Guéricolas-Gagné, a publié un livre inspiré du quartier sous cette appellation. Le portrait qu’elle fait de nous, surréaliste et intemporel, est phénoménal. On s’y reconnaît et on s’y découvre à la fois. Cette fabuleuse auteure, est en quelque sorte notre Fred Pellerin locale. Nous sommes en permanence dans un conte urbain. La puissance créatrice d’Alice a fait de Saint-Jambe une république dont l’Université Libre se passe de recteur et se compose de philologues. Elle a mis à découvert la filiation amicale entre les bibliomanes et les terroristes-jardiniers et l’esprit maléfique de l’autobus 7. Avec elle, nos hordes de poètes n’ont rien à envier aux ramoneurs mirifiques du premier Mary Poppins. Surtout, elle a fait preuve d’un sens d’observation et d’un amour des gens qui l’entourent. Parce que c’est ça aussi, Saint-Jambe. Les coopératives, la proximité et les luttes populaires aidant : il fait bon vivre chez nous.

On ne fait pas qu’habiter Saint-Jambe, on l’occupe. L’îlot Berthelot, point de rendez-vous des enfants, espace de jeux préservé malgré les tentacules des promoteurs immobiliers, est exemplaire : quoi qu’en disent parfois les gens d’affaires, le meilleur investissement en est un pour le bien commun.

Récipiendaire du prix Robert-Cliche, le livre d’Alice Guéricolas-Gagné est en vente à la Librairie Saint-Jean-Baptiste et à la Librairie Pantoute, notamment.

Merci à nos partenaires