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RevenGENRE

Marjorie Champagne, duchesse de Limoilou 2010 et Reine-Mère [cofondatrice de la Revengeance des duchesses]

Quand j’étais petite, je dessinais. Je dessinais tout le temps, beaucoup. Vers l’âge de 9 ou 10 ans, j’ai commencé à faire du dessin de mode. Ce qui m’intéressait n’était pas tant la création du vêtement, mais plutôt le dessin du mannequin, voire de la silhouette qui le portait. En gros, je m’intéressais à la représentation du corps féminin.

Dessins réalisés à 11 et 12 ans.

Un jour, j’entrepris un grand projet : celui de dessiner six femmes « grandeur nature ». Une fois cela fait, j’affichai ces dessins, qui mesuraient cinq pieds de haut, en face de mon lit, sur le mur de ma chambre. Bien alignées les unes à côté des autres, chaque femme était très différente. Il y avait une frisée rousse, une brune à grands yeux verts, une blonde avec de grosses joues, etc. À cette époque, je n’avais pas l’impression que ce que j’avais réalisé était spécial. Aujourd’hui, quand j’y repense, je trouve ça plutôt révélateur.

En fait, depuis toujours, je suis à la recherche de ce qu’est une femme. Et bien sûr, cette recherche s’applique à ma propre identité. Pourquoi ce questionnement? En retournant la question dans ma tête à plusieurs reprises, j’en suis venu à une partie de réponse.

Ma mère m’a toujours dit : « Ce n’est pas parce que t’es une fille que tu ne peux pas faire ça! ». Le « ça » étant du BMX, du skate, du baseball, du soccer, du hockey, name it! Mon ego de jeune fille s’est construit autour de cette injonction. Très jeune, j’ai voulu prouver aux gars qu’il n’y avait aucune différence entre eux et moi. Mon « combat » s’exprimait concrètement dans les compétitions sportives. Ainsi, je cherchais à les battre sur leur propre terrain, et souvent, ça marchait.

J’étais la première choisie dans les équipes de ballon-prisonnier, je tirais des « boulets », je gagnais les compétitions de course et de lancer du poids. Ça me remplissait de fierté. Et pour en ajouter, entre 3 et 10 ans, ma « gang » d’amis était formée que de garçons. J’étais la seule fille et jamais je n’ai ressenti de différence entre eux et moi.

Marjorie Champagne, 11 ans. Courtoisie : Marjorie Champagne

À l’adolescence, mon identité « féminine » a gagné du terrain. S’est établie une tension intéressante entre le fait que je ne me sentais pas nécessairement différentes des garçons, mais que j’avais aussi envie d’embrasser cette identité féminine.

Comment faire alors pour devenir une femme sans renier cette partie de moi, qui dans ma tête, correspondait au masculin? Comment faire pour devenir séduisante, tout en restant puissante et, il faut le dire, pas mal « loud » pour une fille?

Aujourd’hui, je regarde les duchesses de la Revengeance et je me rapporte à ces six dessins que j’avais fait plus jeune. La Revengeance reprend ce même questionnement : qu’est-ce qu’une femme au juste?

La réponse se trouve en partie dans ce projet qui m’est si cher : nous sommes poètes, dessinatrices, vidéastes, philosophes, politiciennes, historiennes, agricultrices, communicatrices, enseignantes, infirmières, sportives, intellectuelles, mannequins. De plus en plus, nous ne nous définissons plus que par le genre auquel nous appartenons, mais par le fait que nous sommes uniques, diverses et multiples.

La Revengeance fête cette année son dixième anniversaire et pose des questions de fond toujours aussi pertinentes. Elle accueille cette année une représentante non binaire, Fre, duchesse du Vieux-Limoilou. La question s’élargit et s’étend donc à la nécessité de définir les êtres humains selon leur genre. Est-ce que ça nous apporte quelque chose d’avoir obligatoirement à se définir en tant qu’homme ou femme? Est-ce vraiment nécessaire? Et si ce l’est, pouvons-nous ou devons-nous choisir?

Est-ce que pour la onzième édition de la Revengeance, on ne pourrait pas changer de nom et devenir la RevenGENRE? Hihihi ;) Pourquoi pas!

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