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Entrevue avec Alexys, partie 1 : Être non-binaire, c’est quoi?

Source : Fre

Depuis quelques années, on entend de plus en plus parler de la communauté LGBTQ, mais j’ai l’impression qu’on ne parle pas suffisamment du + qui vient souvent après le sigle. Quand je dis aux gens que je suis non-binaire, c’est souvent une grosse confusion qui se lit sur leur visage. Non-bi-quoi?

J’ai donc rencontré Alexys Guay pour m’aider à démystifier un peu mieux pour vous ce que c’est qu’être non-binaire.

Alexys a 31 ans, est une personne non binaire et iel a démarré l’organisme Divergenres qui fait principalement de l’éducation populaire et de la démystification au sujet de la pluralité des genres ainsi que de l’accompagnement et de la formation.

C’est quoi être non-binaire?

Alexys : D’abord, être binaire, c’est être un homme ou une femme et c’est souvent le genre qui est assigné à la naissance. Être non-binaire, c’est donc de sortir de ces deux genres-là pour aller dans autre chose. Quand on dit « non-binaire », c’est de ne pas s’identifier exclusivement à un ou à l’autre ou même à aucun des deux.

Il y a aussi le terme « cisgenre » qui fait référence à une personne trouvant que son genre assigné à la naissance correspond au genre ressenti. Si on trouve que ça ne correspond pas, on est par définition une personne transgenre. Les personnes non binaires font donc partie des personnes transgenres, car « transgenre » est un terme parapluie qui inclut la binarité et la non-binarité. Et dans la non-binarité, il y a plein de possibilités.

Petit schéma pour faciliter la compréhension de ces propos!

Source : Fre

Peux-tu nous expliquer la dysphorie de genre?

Alexys : C’est un sentiment de détresse intense qui va être vécu principalement sur le plan psychologique, mais peut être causé par quelque chose de psychologique, physique ou social. Quand on parle du social, c’est surtout amené de l’extérieur, par exemple se faire appeler « Monsieur » ou « Madame ». Au niveau physique, ce sera par exemple se dire : « Aujourd’hui je vis de la dysphorie à cause de mes hanches, mes seins… J’aimerais ne pas en avoir. » Et le psychologique, c’est vraiment au niveau de la socialisation, par exemple, dernièrement, c’était les partys des fêtes et il y a les fameux stéréotypes des femmes dans la cuisine et les hommes dans le salon. Donc on y trouve le discours que tu ne peux pas gérer, mais qui t’associe automatiquement à une femme.

Peux-tu nous définir ce qu’est de mégenrer quelqu’un?

Alexys : Mégenrer, c’est d’utiliser un genre qui ne correspond pas à la personne dont il est question. Par exemple de parler en disant « elle » à quelqu’un qui s’identifie comme un homme.

 

Merci à Alexys qui explique si bien ces concepts qu’on croit parfois trop compliqués.

Ces définitions vous font mourir d’envie d’en savoir plus? La deuxième partie vous comblera (ou presque) avec une discussion entre Alexys et moi qui permettra de se mettre, l’instant de quelques lignes, dans la peau d’une personne non binaire.

Ressources disponibles pour personnes en questionnement, voulant s’informer ou rencontrer d’autres personnes LGBTQ+ :

Drapeau non binaire (jaune, blanc, violet, noir)

Source : Wikipédia

Divergenres
https://divergenres.wordpress.com/

L’Accès du GRIS-Québec
https://grisquebec.org/lacces/

Aide aux trans du Québec
https://atq1980.org/

 

Gens de Limoilou : Laurence Caron, l’excentrique artiste visuel·le

Joëlle : Raconte-moi une histoire.

Laurence : Je suis un artiste visuel·le pis je parle beaucoup de la diversité de genre. C’est une de mes obsessions. J’ai eu un parcours identitaire assez trouble, on s’entend. Jusqu’à l’âge de 25 ans, je savais pas que c’était possible d’être non binaire, fait que j’ai essayé de me suicider par divers moyens. Maintenant que j’ai déconstruit le genre, j’en parle beaucoup dans mon œuvre. Sébastien et moi, on est un couple d’artistes non binaires et… folles. J’ai pas peur d’utiliser le mot « folle ». On struggle avec divers problèmes de santé mentale pis en plus dans notre expression, on est folle. Si tu veux lire le recueil de Sébas, ça s’appelle #monâme. Ça explique bien le parcours identitaire d’une folle. C’est dans l’attitude. Je conçois ma vie comme une performance artistique constante. Je performe ma vie. J’ai ma bio sur le site de Première Ovation. On a même reçu leur bourse de Mentorat cet été. C’est mieux écrit de ce que je suis capable de dire là, on the spot.

Joëlle : Pourquoi Limoilou?

Laurence : Parce que je m’y sens chez moi, dans un quartier loin de la gentrification.

  • Laurence Caron-C., artiste visuel·le

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RevenGENRE

Marjorie Champagne, duchesse de Limoilou 2010 et Reine-Mère [cofondatrice de la Revengeance des duchesses]

Quand j’étais petite, je dessinais. Je dessinais tout le temps, beaucoup. Vers l’âge de 9 ou 10 ans, j’ai commencé à faire du dessin de mode. Ce qui m’intéressait n’était pas tant la création du vêtement, mais plutôt le dessin du mannequin, voire de la silhouette qui le portait. En gros, je m’intéressais à la représentation du corps féminin.

Dessins réalisés à 11 et 12 ans.

Un jour, j’entrepris un grand projet : celui de dessiner six femmes « grandeur nature ». Une fois cela fait, j’affichai ces dessins, qui mesuraient cinq pieds de haut, en face de mon lit, sur le mur de ma chambre. Bien alignées les unes à côté des autres, chaque femme était très différente. Il y avait une frisée rousse, une brune à grands yeux verts, une blonde avec de grosses joues, etc. À cette époque, je n’avais pas l’impression que ce que j’avais réalisé était spécial. Aujourd’hui, quand j’y repense, je trouve ça plutôt révélateur.

En fait, depuis toujours, je suis à la recherche de ce qu’est une femme. Et bien sûr, cette recherche s’applique à ma propre identité. Pourquoi ce questionnement? En retournant la question dans ma tête à plusieurs reprises, j’en suis venu à une partie de réponse.

Ma mère m’a toujours dit : « Ce n’est pas parce que t’es une fille que tu ne peux pas faire ça! ». Le « ça » étant du BMX, du skate, du baseball, du soccer, du hockey, name it! Mon ego de jeune fille s’est construit autour de cette injonction. Très jeune, j’ai voulu prouver aux gars qu’il n’y avait aucune différence entre eux et moi. Mon « combat » s’exprimait concrètement dans les compétitions sportives. Ainsi, je cherchais à les battre sur leur propre terrain, et souvent, ça marchait.

J’étais la première choisie dans les équipes de ballon-prisonnier, je tirais des « boulets », je gagnais les compétitions de course et de lancer du poids. Ça me remplissait de fierté. Et pour en ajouter, entre 3 et 10 ans, ma « gang » d’amis était formée que de garçons. J’étais la seule fille et jamais je n’ai ressenti de différence entre eux et moi.

Marjorie Champagne, 11 ans. Courtoisie : Marjorie Champagne

À l’adolescence, mon identité « féminine » a gagné du terrain. S’est établie une tension intéressante entre le fait que je ne me sentais pas nécessairement différentes des garçons, mais que j’avais aussi envie d’embrasser cette identité féminine.

Comment faire alors pour devenir une femme sans renier cette partie de moi, qui dans ma tête, correspondait au masculin? Comment faire pour devenir séduisante, tout en restant puissante et, il faut le dire, pas mal « loud » pour une fille?

Aujourd’hui, je regarde les duchesses de la Revengeance et je me rapporte à ces six dessins que j’avais fait plus jeune. La Revengeance reprend ce même questionnement : qu’est-ce qu’une femme au juste?

La réponse se trouve en partie dans ce projet qui m’est si cher : nous sommes poètes, dessinatrices, vidéastes, philosophes, politiciennes, historiennes, agricultrices, communicatrices, enseignantes, infirmières, sportives, intellectuelles, mannequins. De plus en plus, nous ne nous définissons plus que par le genre auquel nous appartenons, mais par le fait que nous sommes uniques, diverses et multiples.

La Revengeance fête cette année son dixième anniversaire et pose des questions de fond toujours aussi pertinentes. Elle accueille cette année une représentante non binaire, Fre, duchesse du Vieux-Limoilou. La question s’élargit et s’étend donc à la nécessité de définir les êtres humains selon leur genre. Est-ce que ça nous apporte quelque chose d’avoir obligatoirement à se définir en tant qu’homme ou femme? Est-ce vraiment nécessaire? Et si ce l’est, pouvons-nous ou devons-nous choisir?

Est-ce que pour la onzième édition de la Revengeance, on ne pourrait pas changer de nom et devenir la RevenGENRE? Hihihi ;) Pourquoi pas!

Merci à nos partenaires