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Introduction au concept de GPS

Depuis que je suis arrivée dans Saint-Sauveur, j’ai développé une relation au territoire plutôt originale. Ma géographie mentale se construit au fil de mes promenades, de mes rencontres et de mes expériences. Le langage évolue avec notre nouvelle conception de l’espace, les lieux changent de nom et on se fait de nouveaux points de repère au passage.

La grande traversée. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

En bonne amatrice de choses vintage et de vieilles affaires, j’ai développé le concept de GPS, qui est très utile pour amorcer une conversation intéressante sur le quartier. 

GPS, c’est pour Géolocalisation paroissiale sympathique. 

Le principe est simple, je demande aux gens : « Dans quelle paroisse vous habitez? »

Faites un essai, vous verrez que c’est un excellent moyen de briser la glace pour tisser des liens avec les gens du quartier. Cette question fait sourire les anciens et déconcerte parfois les nouveaux venus. J’aime tellement voir la réaction des gens à ce moment-là. Les vieux résidents se sentent interpellés, c’est émouvant de les voir partager leurs souvenirs. Plusieurs églises sont disparues en basse-ville dans les dernières années et les jeunes n’ont pas toujours conscience du rôle de ces bâtiments dans la dynamique et l’identité du quartier.

Saint-Sauveur, avec son clocher. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Ça donne une perspective nouvelle sur notre milieu de vie et son histoire. Pour moi, cette expression permet d’amorcer une conversation sur le sentiment d’appartenance que nous avons envers notre quartier. En changeant de vocabulaire, on s’oriente dans la ville avec des repères différents, qui sont un peu plus intéressants que la simple signalisation routière.

Avec le temps, on développe des souvenirs, des relations, des connaissances sur les gens, les événements et les lieux qui nous entourent. On voit les choses évoluer, changer et se transformer, pour le meilleur et pour le pire si on connaît un peu l’histoire de Saint-Sauveur.

Adieu le Red Lounge, bonjour le Diner.  Ce bâtiment est un bon exemple de transition de l’identité d’un lieu en tant que point de repère important dans le paysage urbain. Il y a l’avant et l’après d’un espace qui restent associés dans notre mémoire. Par habitude, on conserve parfois dans l’usage l’ancien nom quand c’est une institution importante : pour moi, le Cercle restera le Cercle, l’ancien local du MEC sera encore le MEC, mais mon cerveau commence à se faire à l’idée du Diner. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Sans nécessairement tomber dans la nostalgie, le patrimoine nous parle et nous rassemble. Que l’on soit croyant ou pas, on peut apprécier la beauté des bâtiments, ainsi que le rôle des îlots paroissiaux dans l’animation du voisinage et de la vie de quartier. C’est souvent là, tout près de l’église et de son presbytère, qu’on retrouve l’école, la caisse populaire, le parc, les petits commerces et le centre communautaire.

Que ce soit dans les clochers d’églises, la toponymie, l’architecture bricoleuse, la « parlure » populaire, le paysage des rues remplies de poteaux ou les fêtes de quartier, la culture s’expose dans la vie quotidienne. À travers les rencontres et les échanges, la culture peut nous aider à se trouver une place dans cette étonnante communauté. 

Je pense à cet octogénaire qui discutait avec une vieille connaissance alors que j’attendais l’autobus devant le collège Aviron :

« J’aime bien ça faire ma p’tite marche jusqu’ici, pis la bus, le trajet me laisse juste en face de chez moi sur Sainte-Thérèse. »

Comme ethnologue, le passé, l’histoire et le patrimoine, ça me parle. J’aime l’idée de perpétuer l’esprit du lieu et de transmettre un peu de sa mémoire à mon tour. Ça me plaît bien d’appeler Raoul-Jobin avec son ancien nom : la rue Sainte-Thérèse.

Tenir debout. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Prendre racine dans un quartier, c’est un peu ça : on s’adopte, on s’adapte.

L’histoire n’a pas toujours été tendre envers Saint-Sauveur et ça reste encore difficile pour beaucoup de gens de passer par-dessus sa mauvaise réputation. Faut pas toujours se fier aux apparences et remettre en question nos préjugés. Avec un peu de curiosité et d’ouverture d’esprit, la beauté se révèle sous d’autres formes pour ceux qui savent observer. Ça prend un peu de temps et d’exploration, mais aussi de la patience et de la tolérance pour apprivoiser le paysage, la culture et la communauté. On découvre qu’il y a des trésors partout, dans le patrimoine, les rues et les gens. On s’attache assurément.

À pied, la vie va à notre rencontre alors que les gens se croisent sur Saint-Vallier. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

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