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Protection de l’hiver

Vieux-Limoilou, je t’aime d’amour. Tu es un quartier formidable, avec tes appartements côte-à-côte cachés par des arbres, tes ruelles à découvrir en croyant prendre un raccourci, tes petites boutiques dans lesquelles on se sent si bien accueilli.

Par contre, Vieux-Limoilou, tu dois avouer que tes hommes sont tannants. Surtout l’été. Tes hommes sont tannants quand ils me dévisagent avec un sourire pervers parce que j’ai eu l’audace de mettre des shorts à 30 °C. Ils sont tannants quand j’attends à la lumière rouge à vélo et qu’ils me disent « fais attention, ce serait dommage de gâcher une belle *femme* comme toé ». Ils sont tannants quand je m’installe au parc et qu’ils s’assoient tout près juste pour pouvoir me jeter un coup d’œil continuel, pendant que j’essaie de lire un livre. Ils sont tannants quand je reviens en soirée et que bien saouls ils essaient carrément de savoir où j’habite.

Et puis maintenant, c’est l’hiver et j’ai la paix. Mes pantalons longs et mon manteau me protègent de vos regards vicieux. J’ai tout de même une étincelle de panique qui se fait ressentir quand je repense aux journées chaudes où je devrai vous réaffronter.

Vieux-Limoilou, tu as tellement de qualités, mais le sexisme fait encore partie de toi.

À tous les garçons qui m’ont harcelée

Juste Jo, duchesse de Neufchâtel 2018

Hier soir, je suis sortie prendre un verre pour fêter mon anniversaire, vers les vingt-deux heures. Un samedi, donc, la foule de Saint-Roch était jeune. (Non, je ne sors pas dans mon duché. Y a-t-il seulement des bars dans cette banlieue endormie?)

À une grande table en diagonale avec la nôtre, cinq filles, jeune vingtaine, blondes, riantes. Elles ont l’air de bien s’amuser, ça me rappelle ma jeunesse (dit-elle du haut de ses nouveaux vingt-neuf ans). Ça me rappelle mes années de cégep et d’université, les sorties du mercredi, jeudi, vendredi, samedi soir.

La suite me rappelle aussi ces années-là. Deux hommes prennent la table d’à côté et, en moins de cinq minutes, s’incrustent dans le groupe. L’un prend la dernière chaise libre, l’autre se penche sur la table, ils lâchent des âneries, parlent fort, commandent une tournée de shooters.

Une des filles n’a pas l’air à l’aise. Même un enfant de quatre ans pourrait le deviner. Bras croisés, regard fermé, la tête légèrement tournée vers sa gauche pour éviter le regard du gros colon qui gâche sa soirée. Ils ne comprennent pas le message, pas tout de suite. Ils partent enfin après avoir laissé un numéro de téléphone. Pendant les dix minutes suivantes, elles se moquent d’eux, roulent des yeux, rient jaune. Ce n’est sûrement pas la première fois que ça leur arrive, et sûrement pas la dernière.

Cette scène, vécue dans la ville de Québec, arrive malheureusement partout dans le monde. Y’a des choses pires, me direz-vous. Oui. Mais y a des choses mieux. Par exemple, ne pas se faire harceler au bar. Être à l’aise. Pouvoir profiter d’une seule soirée avec ses amies sans la crainte constante qu’un gros lourdaud s’impose et crée un malaise.

Messieurs, voici un petit truc pour savoir si votre présence est nuisible. Si quelqu’un dans le groupe a une attitude fermée, allez-vous-en! Bras croisés, regard fuyant, réponses monosyllabiques: allez-vous-en! Rires malaisés, sourcils froncés, nez pincés : allez-vous-en! Vous vous faites dire de partir? Allez-vous-en. Vous vous faites dire non, non merci, ou recevez un silence en guise de répondre? Allez-vous-en.

À tous les garçons qui m’ont harcelée, et à tous ceux qui se permettent encore une telle attitude déplorable en 2019 : allez-vous-en.

Mesdames, j’en appelle aux armes et à votre solidarité féminine. Que 2019 marque le début d’une nouvelle ère. Que la ville soit à nous. Non, que le monde soit à nous. Que jamais plus nous ne nous fassions harceler dans les bars, dans la rue, au travail, à la maison, au restaurant, au théâtre, au café, à l’épicerie. Qu’enfin nous soyons respectées. Réapproprions-nous l’espace.

À tous les garçons qui m’ont harcelée, vous avez tort, et en 2019 je jure votre perte.

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