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Entrevue avec Alexys, partie 2 : Discussion entre deux personnes non binaires

Il est très important de connaître les termes et les concepts associés aux personnes non binaires puisque c’est la base pour comprendre leur réalité, mais, clairement, je pense que ce n’est pas suffisant pour bien saisir au quotidien ce que ces personnes vivent.

Alors voici la suite de notre conversation qui touche davantage notre vie personnelle.

 

Fre : Comment te présentes-tu aux autres?

Alexys : Ça va toujours dépendre des contextes. Si c’est des gens que je respecte beaucoup, que je sais que je vais côtoyer souvent et que je me sens en sécurité de le faire, je vais me présenter comme « Alexys » et dire que mon pronom préféré c’est « iel » ou qu’on peut alterner entre « il » et « elle ». Je vais dire que je suis une personne non binaire, il n’y aura aucun problème. Même chose avec des personnes que je ne vais jamais revoir ou pour qui j’ai peu d’intérêt, c’est les deux extrêmes. Les personnes qui sont plus des connaissances, ami∙e∙s d’ami∙e∙s, ça me dérange moins qu’elles me mégenrent parce que je ne les reverrai pas vraiment. Tout dépend aussi de quel milieu ces personnes proviennent. Si elles viennent de mon cercle d’ami∙e∙s principalement trans ou allié∙e∙s, je vais faire ma présentation complète et je n’aurai pas de limite à comment je me présente.

Dans d’autres milieux, comme présentement où je travaille, pour eux je suis une fille qui travaille dans une shop. Je leur dis quand même que j’ai parti Divergenres, que je suis en processus de changement de nom, mais ils font pas de lien… c’est très drôle! Je vais peut-être leur dire plus tard mais je m’en fous un peu, on n’a pas plus d’affinités que ça.

Sinon, je me présente en disant : « Salut c’est quoi ton nom et tes pronoms », alors là, ça amène de belles discussions et ils vont souvent me le demander en retour. Ça met la table!

Meme où on voit un chat regardant un sac de popcorn vide. À côté du chat, le mot "moi", à côté du sac de popcorn, l'expression "le pronom que je préfère".

Fre : Moi ça vient souvent avec mon nom. Je vais dire que je m’appelle Fre et habituellement ils ne comprennent pas ou ils vont me demander mon vrai nom. Et ça commence la discussion à ce moment, où ils demandent d’où vient mon nom, pourquoi mes parents m’ont appelé comme ça et je leur dit que je l’ai choisi moi-même. Après c’est comme toi, selon qui est devant moi, je vais dire que je l’ai choisi parce que c’est plus androgyne et je vais en profiter pour dire que j’utilise le pronom « iel ». Mais quand même, je ne le dis pas souvent, même avec des gens en qui j’ai confiance, souvent j’attends qu’ils s’en rendent compte par eux-mêmes avec les tournures de phrases que j’utilise, mais ce n’est pas nécessairement tout le temps bon. Je devrais avoir le réflexe de me présenter automatiquement comme ça, ça me faciliterait souvent la vie. Seulement, je pense que les personnes cisgenres n’ont jamais ce coming out là à faire et j’ai pas toujours envie de le faire moi non plus.

Fre : Reprends-tu les gens qui te mégenrent?

Alexys : Moi j’accepte le « elle » et le « il », mais si j’avais à en choisir un ce serait « iel ». Mais les personnes cisgenres trouvent difficile d’utiliser le « iel » et les accords neutres, donc pour leur faciliter la vie, les personnes non binaires vont souvent accepter d’utiliser le « il » et le « elle » en alternance. C’est vraiment pour faciliter la vie des personnes cisgenres, parce que sinon toutes les personnes non binaires que je connais ne l’accepteraient pas nécessairement. Moi je me promène entre le « il » et le « elle », donc pour moi me faire mégenrer c’est d’utiliser à outrance le « elle ». Me faire dire « Madame », ça ne me dérange pas tout le temps, mais c’est vrai que des fois ça devient lourd, ça ne me tente pas.

Fre : Oui, moi aussi c’est un peu ça. Les gens me demandent par exemple comment utiliser les adjectifs, donc je leur dis que j’aimerais qu’ils fassent l’effort de trouver des mots neutres, mais c’est vrai qu’en français ce n’est pas toujours évident, donc j’accepte qu’ils alternent entre le féminin et le masculin. Et je me mégenre moi-même souvent donc je ne peux pas demander aux autres d’être impeccables!

Alexys : « Il » ou « elle » pour toi, est-ce que c’est mégenrer?

Fre : Non, je dirais que c’est surtout quand c’est avec quelqu’un que je côtoie souvent et qui est au courant de mon identité et que cette personne utilise uniquement le « elle » que je vais me sentir mégenré. Mais je me sens toujours un peu imposteur moi-même en alternant les adjectifs féminins et masculins pour parler de moi, parce qu’après, j’ai toujours la réflexion de : « Ok je viens d’utiliser un adjectif féminin, pourquoi? Est-ce que la personne devant moi va croire que c’est correct de seulement utiliser le féminin? » Et le contraire aussi : « C’est un adjectif masculin, mais la personne va saisir ça comment? » J’ai toujours une réflexion constante sur les mots que j’utilise et ça devient lourd, donc définitivement il faut plus de mots neutres!

Photo d'un chat surmontée du texte suivant : "Personne random à l'épicerie : Bonjour, Madame, voulez-vous un sac Madame? Bonne journée Madame! Moi : [photo du chat contrarié]]

Source : Fre

Alexys : Moi je peux me genrer dans trois phrases différentes de trois façons différentes ou dire « il est belle »… Je fuck le chien! Des fois la personne est un peu mystifiée par ça et c’est une façon que j’utilise pour dire que je suis non-binaire et que c’est normal. Et ça amène ensuite parfois à de vraiment belles discussions.

Fre : Je dirais que ça me fait vraiment plaisir même quand les gens posent des questions parce que trop souvent je trouve qu’ils n’osent pas en poser, par malaise ou par gêne, et ensuite ils vont se tromper. Mais moi je me dis toujours : « Pose-les tes questions! Ça me fera plaisir de te répondre! »

Alexys : Oui, même que souvent je leur dis « profites-en pour te pratiquer si tu veux, ça va me faire plaisir et profites-en pour apprendre et j’aurai aucun malaise avec ça ». Les gens pensent qu’on veut qu’ils parlent parfaitement à l’inclusif dès le départ, mais on sait bien que ce n’est pas évident, nous-mêmes on est en apprentissage.

Fre : Exactement. Sur un autre sujet, comment tu vis ta dysphorie?

Alexys : Quand je me fais genrer au masculin j’ai un gros sourire dans la face et ce n’est pas parce que je me sens plus homme que femme dans ma non-binarité, c’est juste que me faire genrer autrement que femme m’amène à être vraiment content, ça fait changement. Il y en a qui ont de gros problèmes au niveau des seins et vont utiliser des « binders » pour aplatir la poitrine, moi personnellement ça ne me dérange pas tant que ça. Au niveau du look je suis plus masculin depuis mon coming out, mais ça ne m’empêche pas d’être féminin aussi des fois. Il y a aussi la voix qui est l’extension de notre corps et ça concerne aussi la dysphorie. Moi ma voix je ne la trouve pas si pire, mais quand je ris c’est plus aigu et quand j’éclate de rire ça m’empêche après d’avoir du fun parce que je focus juste là-dessus. J’ai aussi changé mon nom, parce qu’à partir du moment où quelqu’un disait mon nom donné à la naissance, je me sentais comme imposteur.

Fre : Oui le nom joue beaucoup, mais c’est aussi entre autres pour ça que je me suis rasé les cheveux. J’avais besoin d’être plus androgyne d’une part, mais c’est aussi ce qui m’a donné plus de confiance pour faire mon coming out. En même temps, aujourd’hui j’y repense, et je ne regrette rien, j’adore mes cheveux, mais ça me fâche d’avoir dû faire ce geste là pour me sentir légitime d’être non-binaire. Comme si les personnes non binaires devaient absolument être androgynes, mais c’est complètement faux. Tu es une personne non binaire à part entière même si tu es plus féminine ou plus masculine.

Texte : "Une personne non-conforme de genre marchant avec assurance. Moi : [image d'un chat qui dit "wow"]]

Source : Fre

Fre : Quels préjugés t’énervent vraiment?

Alexys : Lâchez-moi le « on n’est pas branché∙e∙s »! C’est un peu comme les préjugés sur les bisexuel∙le∙s, on sait très bien ce qu’on est, il ne reste que vous à comprendre. Paf! On vient d’en éliminer un! Mais sérieusement, prenez le temps d’aller jaser, poser des questions pour confirmer ou pas ce que vous croyez savoir. Faites vos devoirs! Oui, les personnes trans sont là pour vous informer, mais ce n’est pas notre travail et ça ne nous tente pas toujours d’en jaser pendant deux heures. Ça fait du bien de savoir que les gens autour de nous s’éduquent et viennent nous en parler après. Ça donne tellement plus le gout de donner de l’énergie à en parler avec les autres ensuite.

Image d'un chat fâché avec le texte "Quand quelqu'un dit qu'être non-binaire c'est une mode"Fre : Moi ce qui m’énerve, c’est celleux qui pensent que c’est une mode. Ça a toujours existé! Seulement, on découvre des choses, on y met des mots et on en parle plus. Les gens sont de plus en plus au courant et se sentent interpellés, ils peuvent mettre des mots sur ce qu’ils vivent depuis longtemps. L’ouverture des autres permet juste aux gens d’être eux-mêmes, sans avoir peur. Et c’est une belle chose! Les gens se sentent simplement plus à l’aise d’être qui ils sont au grand jour.

Fre : Une question qu’on ne te pose jamais, mais que tu aimerais te faire poser?

Alexys : « Qu’est-ce que je peux faire de plus pour rendre ton quotidien plaisant? » C’est rare que ça arrive et c’est toujours nous qui faisons tout le travail, donc se faire poser cette question par une personne cisgenre, c’est non seulement sentir son ouverture, mais aussi se faire servir sur un plateau d’argent son aide. Et c’est bon pour n’importe quelle minorité! C’est une question qui montre beaucoup d’ouverture.

Fre : Tout à fait! Je me souviens quand j’ai fait mon coming out à ma meilleure amie, c’était la deuxième personne à qui j’en parlais officiellement et j’étais tout stressé, je ne voulais pas rendre les gens mal a l’aise, donc je lui avais dit que si elle se trompait ce n’était pas grave du tout. Elle m’avait juste répondu que si elle se trompait c’était à elle d’être mal à l’aise, que c’était son problème et pas le mien, que je vivais déjà assez de malaise comme ça. Ça m’a tellement fait du bien! J’ai encore sa phrase dans la tête, et aujourd’hui je me dis que les malaises des autres ne m’appartiennent plus, gérez ça vous-même! Bienvenue en 2019!

Fre : Quel serait ton souhait pour l’année en ce qui concerne les luttes LGBTQ+?

Alexys : Plus d’ouverture et de responsabilisation de la part des gens. Qu’ils prennent conscience de leur privilège. De ne pas juste se dire que ça ne les concerne pas, parce que ce n’est pas vrai. Tout le monde peut faire beaucoup pour aider ces gens-là au quotidien. Quand vous entendez quelque chose, une joke transphobe ou homophobe, réagissez! Ça aidera à donner plus d’espace aux personnes LGBTQ+.

Texte : "Collègue : fait un joke transphobe." Photo de chat insulté qui dit "pardon?"Encore un énorme merci à Alexys Guay. Ça fait toujours du bien d’échanger sur notre vécu avec quelqu’un qui nous comprend, spécialement quand on fait partie d’une minorité de la population! Et en espérant que cette lecture vous aura appris des choses, vous permettra d’être plus à l’aise ou carrément vous amènera d’autres questions sur lesquelles vous irez faire des recherches!

Entrevue avec Alexys, partie 1 : Être non-binaire, c’est quoi?

Source : Fre

Depuis quelques années, on entend de plus en plus parler de la communauté LGBTQ, mais j’ai l’impression qu’on ne parle pas suffisamment du + qui vient souvent après le sigle. Quand je dis aux gens que je suis non-binaire, c’est souvent une grosse confusion qui se lit sur leur visage. Non-bi-quoi?

J’ai donc rencontré Alexys Guay pour m’aider à démystifier un peu mieux pour vous ce que c’est qu’être non-binaire.

Alexys a 31 ans, est une personne non binaire et iel a démarré l’organisme Divergenres qui fait principalement de l’éducation populaire et de la démystification au sujet de la pluralité des genres ainsi que de l’accompagnement et de la formation.

C’est quoi être non-binaire?

Alexys : D’abord, être binaire, c’est être un homme ou une femme et c’est souvent le genre qui est assigné à la naissance. Être non-binaire, c’est donc de sortir de ces deux genres-là pour aller dans autre chose. Quand on dit « non-binaire », c’est de ne pas s’identifier exclusivement à un ou à l’autre ou même à aucun des deux.

Il y a aussi le terme « cisgenre » qui fait référence à une personne trouvant que son genre assigné à la naissance correspond au genre ressenti. Si on trouve que ça ne correspond pas, on est par définition une personne transgenre. Les personnes non binaires font donc partie des personnes transgenres, car « transgenre » est un terme parapluie qui inclut la binarité et la non-binarité. Et dans la non-binarité, il y a plein de possibilités.

Petit schéma pour faciliter la compréhension de ces propos!

Source : Fre

Peux-tu nous expliquer la dysphorie de genre?

Alexys : C’est un sentiment de détresse intense qui va être vécu principalement sur le plan psychologique, mais peut être causé par quelque chose de psychologique, physique ou social. Quand on parle du social, c’est surtout amené de l’extérieur, par exemple se faire appeler « Monsieur » ou « Madame ». Au niveau physique, ce sera par exemple se dire : « Aujourd’hui je vis de la dysphorie à cause de mes hanches, mes seins… J’aimerais ne pas en avoir. » Et le psychologique, c’est vraiment au niveau de la socialisation, par exemple, dernièrement, c’était les partys des fêtes et il y a les fameux stéréotypes des femmes dans la cuisine et les hommes dans le salon. Donc on y trouve le discours que tu ne peux pas gérer, mais qui t’associe automatiquement à une femme.

Peux-tu nous définir ce qu’est de mégenrer quelqu’un?

Alexys : Mégenrer, c’est d’utiliser un genre qui ne correspond pas à la personne dont il est question. Par exemple de parler en disant « elle » à quelqu’un qui s’identifie comme un homme.

 

Merci à Alexys qui explique si bien ces concepts qu’on croit parfois trop compliqués.

Ces définitions vous font mourir d’envie d’en savoir plus? La deuxième partie vous comblera (ou presque) avec une discussion entre Alexys et moi qui permettra de se mettre, l’instant de quelques lignes, dans la peau d’une personne non binaire.

Ressources disponibles pour personnes en questionnement, voulant s’informer ou rencontrer d’autres personnes LGBTQ+ :

Drapeau non binaire (jaune, blanc, violet, noir)

Source : Wikipédia

Divergenres
https://divergenres.wordpress.com/

L’Accès du GRIS-Québec
https://grisquebec.org/lacces/

Aide aux trans du Québec
https://atq1980.org/

 

Gens de Limoilou : Laurence Caron, l’excentrique artiste visuel·le

Joëlle : Raconte-moi une histoire.

Laurence : Je suis un artiste visuel·le pis je parle beaucoup de la diversité de genre. C’est une de mes obsessions. J’ai eu un parcours identitaire assez trouble, on s’entend. Jusqu’à l’âge de 25 ans, je savais pas que c’était possible d’être non binaire, fait que j’ai essayé de me suicider par divers moyens. Maintenant que j’ai déconstruit le genre, j’en parle beaucoup dans mon œuvre. Sébastien et moi, on est un couple d’artistes non binaires et… folles. J’ai pas peur d’utiliser le mot « folle ». On struggle avec divers problèmes de santé mentale pis en plus dans notre expression, on est folle. Si tu veux lire le recueil de Sébas, ça s’appelle #monâme. Ça explique bien le parcours identitaire d’une folle. C’est dans l’attitude. Je conçois ma vie comme une performance artistique constante. Je performe ma vie. J’ai ma bio sur le site de Première Ovation. On a même reçu leur bourse de Mentorat cet été. C’est mieux écrit de ce que je suis capable de dire là, on the spot.

Joëlle : Pourquoi Limoilou?

Laurence : Parce que je m’y sens chez moi, dans un quartier loin de la gentrification.

  • Laurence Caron-C., artiste visuel·le

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