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Vestiges du passé

Toujours à la recherche d’anecdotes amusantes qui nous feraient voyager dans le temps, j’ai contacté David Gagné, l’historien de la Ville de Lévis. Malheureusement, il nous était impossible de nous rencontrer, mais il a eu la gentillesse de me référer à son livre paru en 2018 Curiosités de Lévis. J’ai suivi son conseil, me le suis procuré le jour même puis l’ai dévoré d’une couverture à l’autre. Quelle lecture intéressante, concise et illustrée, mettant en vedette des curiosités historiques de mon hood!

J’ai eu envie de faire ma Indiana Jane et d’aller capturer, c’est-à-dire photographier, certains de ces artefacts. J’ai motivé mon ami Martin à m’accompagner dans cette aventure, nous qui avions fait ce genre de périple par le passé, à Montréal, à Sherbrooke. On s’est donc embarqués pour un road trip matinal dans le grand Lévis. On a essayé en vain de trouver la Rotonde à Charny : terrain privé, amende, gnagnagna… On a aussi cherché le dernier mur du Fort no 3 (enseveli sous la neige), moi qui trippe ben raide sur l’histoire de nos forts qui n’ont jamais fait la guerre! On y a mis des animaux en quarantaine, fait pousser des champignons et même joué au baseball!

Lévis étant ben pieuse, la plupart du patrimoine qu’on a chassé est religieux. Rien qu’à voir on voit ben… entre les grottes de la vierge, les chapelles de procession, les chemins de croix, le Patro de Lévis (un ancien monastère), l’Anglicane (une ancienne église anglicane), la bibliothèque Pierre-Georges-Roy (une ancienne église catholique), l’école Marcelle-Mallet (un ancien couvent), Jésus est partout. À l’époque où on vend nos églises pour en faire des condos… je me permettrai de dire que je trouve ça beau quand ces bâtisses restent accessibles à la communauté, des lieux où se retrouver, apprendre ou se cultiver. À défaut de prier, être ensemble! Oui, je sais, y en a encore qui prient, j’en connais!

 

****** SPOILER ALERT *********** ALERTE AU DIVULGÂCHEUR ******

 

Si tu veux lire le livre de messieurs Gagné et Lahoud, je vais te gâcher quatre pages… ou te donner envie de lire tout le livre, c’est selon! Voilà, sois averti avant de poursuivre ta lecture!

Sincèrement, un 25 $ bien investi! Sinon, c’est sûr qu’ils l’ont à la bibliothèque…

 

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Curiosité no 15 : Les croix de chemin en fer de Pintendre

Croix de chemin à Pintendre

Ok, là, ce qui est hot, c’est que deux des quarante-trois croix de chemin qu’on retrouve partout à Lévis sont fait des mêmes retailles de découpes de lames de patin qu’on voit orner régulièrement les balcons et les escaliers de Québec. Ces retailles de métal proviendraient de la St.Lawrence Company Inc, qui était située dans Saint-Roch puis ensuite à Beauport.

J’étais si contente de retrouver chez nous ce détail qui fait le charme des balcons de Limoilou!

« (…) ces œuvres sont d’un grand intérêt puisqu’elles allient à la fois la pratique de la dévotion d’antan avec des traces de la passion des sports d’hiver. »

 

Avenue DES Églises à Charny

Curiosité no 76 : Les mitaines de New Liverpool et Charny

Une mitaine, c’est l’adaptation en joual de « meeting house », les églises protestantes. Ces églises sont des signes de la présence des anglos à Lévis. Ici, on a trouvé celle de Charny! C’est à cause de cette chapelle si l’avenue DES Églises est plurielle! J’y ai habité cinq ans, je le savais même pas. Construite en 1921, c’est devenu une résidence en 1986. Le parc adjacent s’appelle le parc de la Chapelle.

« En raison de la faible population à desservir, la chapelle alterne de confession de semaine en semaine. »

 

 

Curiosité no 71 : Monument-épitaphe aux victimes du pont de Québec

Bon, y a des curiosités plus accessibles que d’autres, mais je voulais trop y aller! Peut-être parce que jeune ado, je me promenais devant ce cimetière, frenchant à chaque lampadaire… Mon premier chum habitait juste en face! Besoin de vérifier que tout ce temps, il était là…

Ce monument qui commémore la mémoire des victimes de l’effondrement de 1907 est une partie de la structure du pont. On en retrouve une similaire derrière l’hôtel de ville et la bibliothèque Lauréat-Vallière.

« Cette pièce rappelle la mémoire de ces travailleurs, victimes d’une course à l’exploit et d’une ambition démesurée des concepteurs. »

Église de Saint-Nicolas

Curiosité no 95 : L’église de Saint-Nicolas

J’ai toujours trouvé spéciale l’église de Saint-Nic… À la suite d’un incendie dans les années soixante, on a rebâti l’église en s’inspirant de la tradition maritime du village.

« Le clocher évoque à la fois la voile d’un navire et la mitre de saint Nicolas, il est surmonté de la croix de métal provenant de l’église incendiée. »

Le temple neuf fait rupture avec l’ancien temps, Même l’intérieur surprend avec sa forme ovale, le prêtre au centre et les fidèles autour… comme un théâtre grec, comme un improvisoire!

 

Pis je sais pas si tu l’as reconnu, mais c’est l’église dans Paul à Québec, la BD de Michel Rabagliati! Le film aussi. Fait que c’est ça… désolée, mais moi, je l’appelle Paul à Lévis!

On a fini ça dans la rue de mon enfance… Mais je trouve pus ma maison!

Nulle trace de mon enfance. Place de la Vanoise, Saint-Romuald Photo : Martin Drouin

 

 

 

Se réapproprier la ville no 1 : L’îlot Charlevoix et l’enclos de flamants roses

Mise en contexte
Nota bene : J’ai eu cette idée longtemps avant que le design du nouveau projet soit présenté au public. Même si le timing n’est plus bon, je crois que ma critique reste pertinente.

Lorsque je travaillais dans le Vieux-Québec, je passais souvent à côté de l’îlot Charlevoix, un terrain vacant situé le long de la côte du Palais et voisin de l’Hôtel-Dieu. Avec sa clôture métallique et son sol couvert de gravelle, l’endroit est d’une laideur déplorable.
On est pourtant en plein cœur du centre historique et patrimonial!
Je ne dois pas être la seule à trouver ça embarrassant. Ça fait des années que rien n’a été fait pour embellir un endroit qui fait partie du quotidien de beaucoup de gens. C’est moche pour tout le monde, qu’on soit résidents, patients, travailleurs, hôteliers ou touristes.
On mérite mieux que ça.

La laideur urbaine est un irritant que l’on subit individuellement et qu’on vient à tolérer collectivement. Tant que personne ne chiale assez fort et qu’il n’y a pas de catastrophe, on peut procrastiner activement et pendant longtemps. On le voit souvent dans des cas de protection du patrimoine, de l’environnement ou de l’aménagement urbain. Il faut que le problème devienne une priorité pour qu’on passe en mode solution.

Il existe des moyens originaux d’embellir ces terrains vacants et ces espaces en stand-by, qu’on appelle communément des dents creuses dans le jargon de l’urbanisme. Par soi-même, on peut aussi prendre l’initiative d’intervenir directement sur le terrain afin qu’on lui donne de l’attention et donner une piste de solution.

La ville est à nous

La ville est à nous, alors pourquoi ne pas se réapproprier ces espaces négligés avec originalité et humour? Soyons créatifs et subversifs.

Ma proposition est la suivante : faisons de l’îlot Charlevoix un enclos de flamants roses. Ça ferait un spot tellement « instagrammable »! Ça ne fitte pas du tout dans le décor et c’est parfait! C’est ridicule, absurde, laid, ludique et amusant. Qui sait, cette installation artistique pourrait bien faire rire et sourire les gens. Peut-être même que ça ferait ralentir les voitures, comme ce serait plaisant! Je crois que même avec une centaine de flamants roses en plastique, l’endroit ne peut pas être plus laid qu’il ne l’est déjà.

Êtes-vous game de faire une opération de vandalisme artistique participative pour embellir d’autres espaces urbains aussi moches?

La Tour du Mordor

Le ministère de l’Éducation t’observe, le jeune.

En attendant l’érection (hehe, pas mature) du Phare, une autre tour domine le paysage urbain de la ville de Québec depuis des décennies. Quand on est en Basse-Ville, l’immense complexe Marie-Guyart n’échappe pas à notre regard. En tout temps, tout en haut de la Tour, des lumières rouges clignotent au bout des antennes.

Si on a un peu trop d’imagination comme moi, on peut y trouver une certaine ressemblance avec la Tour du Mordor et le regard omniscient de Sauron. Isolée dans l’espace, la tour dégage quelque chose de dominant, d’intimidant et tu te sens un peu observé ou surveillé. Étudiante, ça me donnait l’impression que le ministère de l’Éducation nous tenait à l’œil.

En tout cas, c’est mon étrange observation… Et vous, quels cauchemars vous inspirent le Phare?

Tant qu’à lancer un débat : quels sont les autres tours et bâtiments laids et terrifiants qui sont apparus à Québec depuis 10 ans?

#lavilleestànous!

Introduction au concept de GPS

Depuis que je suis arrivée dans Saint-Sauveur, j’ai développé une relation au territoire plutôt originale. Ma géographie mentale se construit au fil de mes promenades, de mes rencontres et de mes expériences. Le langage évolue avec notre nouvelle conception de l’espace, les lieux changent de nom et on se fait de nouveaux points de repère au passage.

La grande traversée. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

En bonne amatrice de choses vintage et de vieilles affaires, j’ai développé le concept de GPS, qui est très utile pour amorcer une conversation intéressante sur le quartier. 

GPS, c’est pour Géolocalisation paroissiale sympathique. 

Le principe est simple, je demande aux gens : « Dans quelle paroisse vous habitez? »

Faites un essai, vous verrez que c’est un excellent moyen de briser la glace pour tisser des liens avec les gens du quartier. Cette question fait sourire les anciens et déconcerte parfois les nouveaux venus. J’aime tellement voir la réaction des gens à ce moment-là. Les vieux résidents se sentent interpellés, c’est émouvant de les voir partager leurs souvenirs. Plusieurs églises sont disparues en basse-ville dans les dernières années et les jeunes n’ont pas toujours conscience du rôle de ces bâtiments dans la dynamique et l’identité du quartier.

Saint-Sauveur, avec son clocher. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Ça donne une perspective nouvelle sur notre milieu de vie et son histoire. Pour moi, cette expression permet d’amorcer une conversation sur le sentiment d’appartenance que nous avons envers notre quartier. En changeant de vocabulaire, on s’oriente dans la ville avec des repères différents, qui sont un peu plus intéressants que la simple signalisation routière.

Avec le temps, on développe des souvenirs, des relations, des connaissances sur les gens, les événements et les lieux qui nous entourent. On voit les choses évoluer, changer et se transformer, pour le meilleur et pour le pire si on connaît un peu l’histoire de Saint-Sauveur.

Adieu le Red Lounge, bonjour le Diner.  Ce bâtiment est un bon exemple de transition de l’identité d’un lieu en tant que point de repère important dans le paysage urbain. Il y a l’avant et l’après d’un espace qui restent associés dans notre mémoire. Par habitude, on conserve parfois dans l’usage l’ancien nom quand c’est une institution importante : pour moi, le Cercle restera le Cercle, l’ancien local du MEC sera encore le MEC, mais mon cerveau commence à se faire à l’idée du Diner. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Sans nécessairement tomber dans la nostalgie, le patrimoine nous parle et nous rassemble. Que l’on soit croyant ou pas, on peut apprécier la beauté des bâtiments, ainsi que le rôle des îlots paroissiaux dans l’animation du voisinage et de la vie de quartier. C’est souvent là, tout près de l’église et de son presbytère, qu’on retrouve l’école, la caisse populaire, le parc, les petits commerces et le centre communautaire.

Que ce soit dans les clochers d’églises, la toponymie, l’architecture bricoleuse, la « parlure » populaire, le paysage des rues remplies de poteaux ou les fêtes de quartier, la culture s’expose dans la vie quotidienne. À travers les rencontres et les échanges, la culture peut nous aider à se trouver une place dans cette étonnante communauté. 

Je pense à cet octogénaire qui discutait avec une vieille connaissance alors que j’attendais l’autobus devant le collège Aviron :

« J’aime bien ça faire ma p’tite marche jusqu’ici, pis la bus, le trajet me laisse juste en face de chez moi sur Sainte-Thérèse. »

Comme ethnologue, le passé, l’histoire et le patrimoine, ça me parle. J’aime l’idée de perpétuer l’esprit du lieu et de transmettre un peu de sa mémoire à mon tour. Ça me plaît bien d’appeler Raoul-Jobin avec son ancien nom : la rue Sainte-Thérèse.

Tenir debout. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Prendre racine dans un quartier, c’est un peu ça : on s’adopte, on s’adapte.

L’histoire n’a pas toujours été tendre envers Saint-Sauveur et ça reste encore difficile pour beaucoup de gens de passer par-dessus sa mauvaise réputation. Faut pas toujours se fier aux apparences et remettre en question nos préjugés. Avec un peu de curiosité et d’ouverture d’esprit, la beauté se révèle sous d’autres formes pour ceux qui savent observer. Ça prend un peu de temps et d’exploration, mais aussi de la patience et de la tolérance pour apprivoiser le paysage, la culture et la communauté. On découvre qu’il y a des trésors partout, dans le patrimoine, les rues et les gens. On s’attache assurément.

À pied, la vie va à notre rencontre alors que les gens se croisent sur Saint-Vallier. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

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