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On a gagné

Il y a quelque chose de significatif dans le fait que les duchesses « officielles » ne font plus partie de la programmation du Carnaval de Québec. Quelles leçons peut-on tirer de leur re-disparition? Qu’on se le dise, la Revengeance semble avoir gagné une victoire symbolique en atteignant sa dixième édition!

On est des personnalités plus que juste des « beautés ». On a du style sans être commanditées par Place Laurier.

Photo : Claudia Genel/Radio-Canada, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/807352/duchesses-carnaval-quebec-devoilement

Pourquoi on a fini par gagner?

On peut philosopher, spéculer et s’épivarder durant des heures, voire même produire une thèse de doctorat sur le sujet et on n’aurait même pas fini de comprendre toute l’affaire.

En attendant, l’ethnologue en moi s’avance à analyser un brin du phénomène.

Du monde ’à messe pour visiter les monuments de la rue Sainte-Thérèse

Mémoire

On creuse dans de la matière pas facile, car on joue dans de l’intangible, avec tout ce que ça comporte de feeling, de souvenirs et de nostalgie. On sait bien que la mémoire est une faculté qui oublie et que nos perceptions sont souvent trompeuses. Nos histoires et nos souvenirs se bricolent et se transforment à force d’être racontés. Qui n’a pas d’images un peu idéalisées de son enfance, de ces soirées de parades magiques malgré le froid ou de l’enthousiasme débordant des enfants qui reçoivent la visite de Bonhomme dans leur école? J’espère que ces mots vous font sourire, qu’ils vous rappellent des moments joyeux. Cette connexion entre les souvenirs et les émotions est puissante, elle permet de marquer notre imaginaire.

Peut-être est-ce parce qu’on a puisé dans la mémoire, dans les traditions et la culture populaire. Peut-être que c’est en étant collées avec les gens de nos duchés qu’on avait de la légitimité auprès du monde. Sans un gros appareil de relations publiques pour nous formater, je pense que les gens ont surtout aimé notre authenticité. Ce sont nos expériences sincères et nos particularités qui nous ont fourni la street cred nécessaire pour bien les représenter.

Notre présence, originale et subversive, rappelle que la vie n’est pas toujours un conte de fée. Être duchesse, c’est aussi être un être humain dont le quotidien n’est pas toujours glamour. On s’attache à la formule, à ce format différent qui inspire et fait rêver tout en restant proche de la réalité des gens.

Être duchesse de la Revengeance, c’est entrer aussi en mode performance, présenter une version de soi qui est un peu plus festive, flyé et soignée dans ses apparats. Notre identité s’ajuste au contexte et aux circonstances de la fête. C’est le principe du carnaval qui nous offre un moment pour l’excès et pour vivre la vie avec full d’intensité.

Nous avons un rôle à jouer en tant qu’actrices principales durant cette fabuleuse pièce de théâtre quest la 10e édition de la Revengeance. Nous serons des créatrices, des activistes, des féministes, farouchement revendicatrices de nos beaux duchés. Notre destin est changé par la Revengeance. C’est une plateforme unique et précieuse, car elle nous offre l’opportunité de nous dépasser, de nous surprendre et de nous faire entendre sur toutes sortes d’enjeux qui nous tiennent à cœur. Je me sens déjà grandie par cette expérience et ces belles rencontres.

Même si la fête est temporaire, nous serons duchesses pour l’éternité.

On rêve tous d’être duchesse

On va continuer de vous inspirer et de nous étonner avec nos belles initiatives. Les projets vont venir de nous et de nos collaborations avec des super partenaires. C’est une démarche citoyenne et artistique, un geste d’engagement civique revendicateur pour montrer à nos décideurs que nous avons des aspirations différentes pour l’avenir de notre ville.

Vraiment, on peut se dire avec fierté que « la ville est à nous! »


Le but de ce texte n’est pas de faire une boutade gratuite contre le Carnaval et les feues duchesses. C’était chouette de voir les efforts mis dans la nouvelle formule pour recruter des belles personnalités qui pouvaient devenir de bonnes ambassadrices pour la Ville et le Carnaval. Peut-être que le leadership et le dynamisme qui entourent la Revengeance a pu aider à vendre leur retour. Maybe?

Je pense surtout que notre démarche a permis de ramener un intérêt pour le développement d’une programmation d’activités festives dans les quartiers.

Si on veut se renouveler, on doit prendre des risques et essayer des idées, sans avoir de garanties que ça va marcher. Lorsque ça ne fonctionne pas, ce n’est pas la fin de monde et on doit apprécier les bons coups avec humilité. La vie nous apprend que l’échec n’est pas une finalité; c’est surtout une opportunité pour apprendre à se relever.

Qui nous aime, nous suive!

 

Papa nous promène

Durant mon enfance, mes parents se sont séparés : ma mère a gardé la maison en banlieue, et mon père s’est trouvé un appartement dans le quartier Saint-Sacrement. Lorsque mon père nous gardait pour la fin de semaine, nous allions souvent faire de longues marches et d’autres activités. J’ai de bons souvenirs de nos petites sorties au musée (MNBAQ et civilisation), à la bibliothèque, au curling, au cinéma, au carnaval, etc.

Mon animation pour le défilé de la Saint-Patrick 2018, mon père est venu m’aider comme bénévole.

Contrairement à la banlieue bienveillante et protectrice de maman, on était exposé à un mode de vie urbain très stimulant. Mon père nous traînait un peu partout, on se promenait dans toutes sortes d’endroits et c’était plein de gens différents. Il y avait des adultes, parfois des enfants. Avec lui, on explorait un milieu inconnu en toute sécurité.

Il nous a mis en contact avec la ville et fait découvrir qu’il y a plein d’activités plaisantes à faire ensemble à l’extérieur de la maison. Quand j’y repense, je me dis que c’est sûrement grâce à ces sorties que j’ai appris à aimer cette urbanité. Ça m’a fait apprécier l’importance de la proximité.

 

 


La mascotte du service de police de la Ville de Québec lors de la parade des jouets 2016

J’ai tant de beaux souvenirs associés à ces promenades. On partait de la rue Joffre et on se rendait sur Cartier ou Grande-Allée. Là-bas, on arrêtait prendre un chocolat chaud au Krieghoff ou au Second Cup. C’était notre petite récompense. On arrêtait parfois jouer au soccer sur les plaines, au parc des Braves ou à la patinoire des Saints-Martyrs. On jouait aussi dans les modules du parc du Musée (MNBAQ) ou on s’amusait à marcher sur les murets qui entourent l’Assemblée nationale du côté est de la Grande-Allée.

Je me souviens qu’on passait dans Saint-Roch, quand c’était encore « malfamé »C’était au début des années 2000, avant la revitalisation, je devais avoir 9-10 ans et mon frère, 8 ans.  Je me rappelle que nous sommes passés dans le mail pour manger au Ashton. On s’y rendait surtout pour aller au cinéma (RIP Odéon), tandis que sur Saint-Joseph, il y avait la pizzeria Welat et l’espace pour enfants de Gabrielle-Roy. Gamine, j’ai vu le retour de la parade des jouets et je suis allée au Omer DeSerres et chez Materia. Pour mon père, il n’y avait pas de problème, et ce n’était pas inapproprié ou supposément dangereux de se rendre dans Saint-Roch avec des enfants. Une chance que mon père pensait autrement. 


Papa et moi lors de Saint-Sauveur en fête 2016

Aujourd’hui, j’aime toujours marcher. C’est une activité importante pour moi et mon papa. Quand on se promène, on se parle de plein de choses et on partage de beaux moments. Ça nous permet d’être proches.

Lui, c’est un amoureux de la Haute-Ville et de son style de vie. Son bonheur, c’est d’aller faire un tour sur les plaines et Grande-Allée, et dans les commerces et les restos de la rue Cartier. On a nos petites habitudes et nos lieux incontournables. Tout est à côté, alors on en profite.

Moi, je l’initie à ma Basse-Ville et je lui fais découvrir les bons plans bouffe : la Montagne dorée, le Fin Gourmet, Kalimera, Ma Station Café, le Griendel, Le Renard et la chouette, la fabrique du Smoked Meat, etc.

Papa, la prochaine fois qu’il fait beau, on s’en va marcher et prendre un chocolat chaud? Comme dans le temps.

#lavilleestànous

 

 

Pick-up love

Lorsque je suis arrivée dans Saint-Sauveur, j’ai remarqué qu’il y avait un nombre considérable de pick-up et d’autres modèles de camionnettes dans le secteur. J’ai trouvé ça plutôt étonnant que tant de ces gros véhicules fassent partie du paysage du quartier. L’été où je suis arrivée, j’écoutais beaucoup de Bleu Jeans Bleu, et ça a sûrement contribué à révéler un petit côté redneck chez moi.

Il y a sûrement beaucoup de travailleurs de la construction, de gens manuels ou de techniciens qui habitent ou travaillent dans le secteur. Ces véhicules sont gros, donc plutôt difficiles à stationner, et leur volume important vient contraster avec la petitesse des espaces disponibles sur les terrains.

La voiture

Je n’ai pas de voiture et je fais partie de ce nouveau segment de la population qui n’a pas les moyens ni l’envie de devoir se payer un char. J’ai mon permis, mais je me déplace à pied et en autobus. En tant qu’urbaine, le transport en commun, c’est le mode de déplacement qui convient le plus à mes besoins.

Je suis également très critique des impacts négatifs qu’ont les voitures sur notre environnement, la qualité de vie, l’économie, la santé et l’aménagement du territoire. Je ne suis pas anti-voitures, je suis contre le gaspillage d’argent, de temps et de ressources qui viennent avec notre choix collectif d’investir autant dans des infrastructures qui nous rendent tellement dépendants de nos voitures.

Pour moi, la liberté passe par plus d’options pour la mobilité. Je l’ai dit plusieurs fois à des politiciens : je suis trop pauvre pour me payer une voiture, alors le troisième lien, ça ne m’aidera pas. Nous avons besoin de solutions durables, flexibles, attrayantes et accessibles, ce qui inclut l’autopartage, les modes de déplacement actifs ou l’investissement dans le réseau de transport structurant.

N’empêche que mon cœur de rockeur aime intensément les pick-up, plus particulièrement les modèles Ford F-150 un peu maganés qui ont quelques années d’usure. Pour moi, ça reste un élément significatif et symbolique de l’identité de Saint-Sauveur en tant que quartier populaire. Ça a quelque chose de spectaculaire et de surprenant. Ça représente bien les paradoxes et les contradictions qui font qu’on s’attache à ce quartier.

Collection

Je me promène souvent dans les rues du quartier et je suis souvent surprise de croiser toutes sortes de véhicules dans mon quotidien : le corbillard sur Montmagny, les voitures vintage, les Westfalia, le Hummer dans le coin de la rue Père-Grenier, etc. Cette habitude de collectionner s’étend également aux garages qui sont aussi très présents dans le paysage.

C’est une drôle de course au trésor, car je tombe sur de nouveaux spécimens à tout moment. C’est la joie de la découverte et ça m’amuse, tout simplement. Je les prends en photos et les partage sur les réseaux sociaux. J’ai accumulé une bonne quantité de spécimens dans mes archives et j’aimerais vous en faire part.

J’espère que ça va vous plaire et que vous allez en reconnaître quelques-uns. N’hésitez pas à me proposer des spécimens à votre tour!

 

Introduction au concept de GPS

Depuis que je suis arrivée dans Saint-Sauveur, j’ai développé une relation au territoire plutôt originale. Ma géographie mentale se construit au fil de mes promenades, de mes rencontres et de mes expériences. Le langage évolue avec notre nouvelle conception de l’espace, les lieux changent de nom et on se fait de nouveaux points de repère au passage.

La grande traversée. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

En bonne amatrice de choses vintage et de vieilles affaires, j’ai développé le concept de GPS, qui est très utile pour amorcer une conversation intéressante sur le quartier. 

GPS, c’est pour Géolocalisation paroissiale sympathique. 

Le principe est simple, je demande aux gens : « Dans quelle paroisse vous habitez? »

Faites un essai, vous verrez que c’est un excellent moyen de briser la glace pour tisser des liens avec les gens du quartier. Cette question fait sourire les anciens et déconcerte parfois les nouveaux venus. J’aime tellement voir la réaction des gens à ce moment-là. Les vieux résidents se sentent interpellés, c’est émouvant de les voir partager leurs souvenirs. Plusieurs églises sont disparues en basse-ville dans les dernières années et les jeunes n’ont pas toujours conscience du rôle de ces bâtiments dans la dynamique et l’identité du quartier.

Saint-Sauveur, avec son clocher. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Ça donne une perspective nouvelle sur notre milieu de vie et son histoire. Pour moi, cette expression permet d’amorcer une conversation sur le sentiment d’appartenance que nous avons envers notre quartier. En changeant de vocabulaire, on s’oriente dans la ville avec des repères différents, qui sont un peu plus intéressants que la simple signalisation routière.

Avec le temps, on développe des souvenirs, des relations, des connaissances sur les gens, les événements et les lieux qui nous entourent. On voit les choses évoluer, changer et se transformer, pour le meilleur et pour le pire si on connaît un peu l’histoire de Saint-Sauveur.

Adieu le Red Lounge, bonjour le Diner.  Ce bâtiment est un bon exemple de transition de l’identité d’un lieu en tant que point de repère important dans le paysage urbain. Il y a l’avant et l’après d’un espace qui restent associés dans notre mémoire. Par habitude, on conserve parfois dans l’usage l’ancien nom quand c’est une institution importante : pour moi, le Cercle restera le Cercle, l’ancien local du MEC sera encore le MEC, mais mon cerveau commence à se faire à l’idée du Diner. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Sans nécessairement tomber dans la nostalgie, le patrimoine nous parle et nous rassemble. Que l’on soit croyant ou pas, on peut apprécier la beauté des bâtiments, ainsi que le rôle des îlots paroissiaux dans l’animation du voisinage et de la vie de quartier. C’est souvent là, tout près de l’église et de son presbytère, qu’on retrouve l’école, la caisse populaire, le parc, les petits commerces et le centre communautaire.

Que ce soit dans les clochers d’églises, la toponymie, l’architecture bricoleuse, la « parlure » populaire, le paysage des rues remplies de poteaux ou les fêtes de quartier, la culture s’expose dans la vie quotidienne. À travers les rencontres et les échanges, la culture peut nous aider à se trouver une place dans cette étonnante communauté. 

Je pense à cet octogénaire qui discutait avec une vieille connaissance alors que j’attendais l’autobus devant le collège Aviron :

« J’aime bien ça faire ma p’tite marche jusqu’ici, pis la bus, le trajet me laisse juste en face de chez moi sur Sainte-Thérèse. »

Comme ethnologue, le passé, l’histoire et le patrimoine, ça me parle. J’aime l’idée de perpétuer l’esprit du lieu et de transmettre un peu de sa mémoire à mon tour. Ça me plaît bien d’appeler Raoul-Jobin avec son ancien nom : la rue Sainte-Thérèse.

Tenir debout. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Prendre racine dans un quartier, c’est un peu ça : on s’adopte, on s’adapte.

L’histoire n’a pas toujours été tendre envers Saint-Sauveur et ça reste encore difficile pour beaucoup de gens de passer par-dessus sa mauvaise réputation. Faut pas toujours se fier aux apparences et remettre en question nos préjugés. Avec un peu de curiosité et d’ouverture d’esprit, la beauté se révèle sous d’autres formes pour ceux qui savent observer. Ça prend un peu de temps et d’exploration, mais aussi de la patience et de la tolérance pour apprivoiser le paysage, la culture et la communauté. On découvre qu’il y a des trésors partout, dans le patrimoine, les rues et les gens. On s’attache assurément.

À pied, la vie va à notre rencontre alors que les gens se croisent sur Saint-Vallier. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Poésie de voitures no 1

Autoroute Dufferin et troisième lien,
Deux projets que 50 années séparent
Qu’est-ce qu’on en retient?
Québec, maudit que tu es une ville de chars!

 

Je me dis souvent que je devrais faire ce genre d’intervention. Merci Sylvie Isabelle pour ton contenu.

Ma philosophie sur les véhicules et l’espace en ville : quand on retire de l’espace pour les voitures, on donne plus de place pour les êtres humains.

S’éduquer

Le transport, c’est pas juste une affaire de chars! C’est aussi une question qui touche plusieurs sphères de nos vies individuelles et en société telles que la santé, l’économie et l’environnement. Pour en apprendre plus sur les enjeux de la mobilité durable et de l’aménagement des infrastructures de transport sur le territoire, faites un tour sur le site web de Accès transports viables, Vivre en Ville, collectivitesviables.org, centdegres.ca, etc.

Sinon, cliquez sur les liens suivants pour du beau contenu en français!

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