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Netflix Killed the Video Star

Le cinéma Odéon, Photo : Le journal l’Action du 14 et 16 septembre 1967 / Source : La société historique de Québec

Saint-Roch, il est rendu où ton cinéma?

En bonne amatrice du septième art, votre dévouée duchesse refuse de prendre sa voiture pour aller aux vues. Tout le monde vous le dira : je raffole du popcorn, « extra beurre, svp ». Ne reculant devant rien, il m’arrive même de gravir la côte vers la Haute-ville plusieurs fois par saison, question de me rendre sur la rue Cartier et d’apprécier ses affiches de films de répertoire, de jeunes réalisatrices-teurs québécois, et même, pour y voir quelques blockbusters. Oui, cela m’arrive de te tromper avec Montcalm et même, en femme de grande culture, j’adore mettre ma switch à off et regarder les muscles d’un Dothraki devenu roi des mers.

Mais, cher Saint-Roch, il est rendu où ton cinéma? J’ai fait le tour des maigres classiques, séries et documentaires sur Netflix (horrible monstre, je sais) pour ne pas te quitter. Je suis au bout du rouleau, ne vois-tu pas! Alors que les dernières pelles s’affairaient à mettre à terre la façade de l’ancien Cineplex – pour faire place à ce qui serait, nous ne le savions pas encore, le nouveau Y.M.C.A (chanté sur l’air de Village People) – moi, je pleurais, évidemment.

Nous savions tous que ce bâtiment qui devait être à la fine pointe de la technologie, au temps où le gaz s’achetait au gallon, ne serait pas remplacé et que les fans de ciné pourraient toujours sécher.

Et puis, je me suis intéressée à l’histoire du cinéma dans mon quartier. En bonne archéologue de la culture que je suis!

Si mes calculs sont bons, il devait y avoir quelque chose jadis, à l’endroit près de l’actuel Théâtre La Bordée, au coin des rues Saint-Joseph et Dorchester, selon l’article d’Yves Laberge « Aller aux vues dans la capitale » (1994). Il y aurait eu un édifice abritant un cinéma se nommant l’Arlequin, puis le cinéma de Paris et, finalement, le Pigalle.

Restons sur la rue Saint-Joseph. La salle de spectacle Impérial Bell n’était, avant l’apparition de l’écran cathodique, rien de moins (évidemment puisque c’est le sujet de cet article) qu’une salle de cinéma. Et même, à un certain moment de son histoire, elle fut consacrée aux films dits « de fesses ». À partir de 1971, on projetait au Midi-Minuit des grands classiques du cinéma érotique, comme une version émoustillante de Ti-Coq, ainsi qu’un remake québécois de RasPoutine. Certains pourraient y voir ici un signe du déclin du clergé de la paroisse de Saint-Roch. Cet endroit était connu par tous comme le vrai Paradis… Ça, c’était évidemment avant que le projectionniste ne se brûle les yeux en changeant la bobine, exacerbé de censurer tous ces beaux films et de couper tous ces petits frenchs, seins et autres petits bouts de peau.

Toujours est-il, Saint-Roch, je te le redemande : il est rendu où ton cinéma?

Il faut croire que je n’étais pas prête à le voir partir et que j’attendrai, j’attendrai toujours son retour… Comme ce beau vieux monsieur au Dauphin la semaine dernière qui chantait un classique de la jeune Renée Martel : « Je n’ai qu’un regret, qu’il soit loin de moi ».

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