Contactez-nous instagram twitter facebook courriel

Archives du mot-clé Saint-Jambe

En fin de compte, au pied de la tour

Ok, si vous êtes fraîchement débarqués ici, allez plutôt lire mon texte intitulé « Un phare dans tes bobettes » ou visionner la vidéo « Sauvons la vocation (agricole) des terres ». Ce qui suit est plutôt pour les initiés! Mon blogue de duchesse se conclut (ouf! Enfin débute ma nécessaire cure des réseaux sociaux et de ma propre face partout). Ça y est, après les duchesses d’Aiguillon et Granola, je me glisse dans la lignée d’Iris, Lydia, Caroline, Nadine, Anne-Marie, Jeanne, Nancy. J’en appelle aux filles (j’aime ça dire filles) et j’en appelle aux iels (nouveau mot que j’ai appris, merci Fre) : Marie-France, Élisa, Julie, Flavie, Anne-Sophie, Fanny, Marie-Ève, Ève, Annie, Caroline, Marie-Claire, Marie-Hélène, Claudia, Paryse, Josée, Laetitia, Isabelle, Yacinthe, etc. : je vous exhorte de prendre le relais, de vous approprier cette tribune, cet espace de création AUTOGÉRÉ et FÉMINISTE, afin de vous exprimer et mettre en valeur vos territoires urbains et/ou imaginaires. Pas besoin de faire comme la duchesse de Saint-Jambe qui beurre épais et se surmène. Vous pouvez vous en tenir à quelques dessins, photos ou écrits.

À tous, MERCI pour vos encouragements multiples. Salut à toute la cohorte 2019, aux duchesses formidables et à toutes celles qui s’impliquent dans l’organisation des activités et du blogue. Ça fait du bien de rencontrer du beau monde de même. La Revengeance a tout du club social, mais plutôt que d’y jouer aux cartes, on se met sur la carte!

Enfin voici quelques images-souvenirs de ma duchessitude.

L’adoubement qu’officiait Alice Guéricolas-Gagné, où j’ai été intronisée au sein de l’Université de Saint-Jambe. Suivi d’un vin chaud à la rose et d’une microparade saint-jambienne.

Vue glaciale sur les terres à sauvegarder et sur ma délirante tenue de duchesse

Qu’est-ce que lit une duchesse? Entre autres : Marie-Claire, Francis Desharnais, Alain Denault, Paul Zumthor, Alain Larose, Meb et Alice de Saint-Jambe, bien entendu. Merci à la Librairie Pantoute pour l’accueil! Merci au groupe Mélisande d’avoir appuyé la cause des terres des Sœurs de la Charité au Théâtre Petit Champlain. Bienvenue à Céline Tremblay, héritière de la véritable couronne, Carole Turgeon et les autres.

Qu’est-ce qu’une duchesse expose à la bibliothèque de Saint-Jambe jusqu’au 17 mars? Une exposition autour du thème de Babel qui réunit poèmes, vidéos et dessins.

Babel de Hélène Matte et ZumTrobar :     https://vimeo.com/312642872

Enfin, ma duchessitude sera marquée à jamais par la joie de mon ami Edmé Étienne à l’approche de son concert punk, lequel j’ai inauguré le 2 février par quelques poèmes du recueil En berne. Puis, près d’une semaine plus tard, par l’atermoiement devant son acte manqué, sa survie ratée, comment dire : sa mort. Edmé, toi tellement show-off, te voilà juste off. Quel gâchis. À ton cri Oï! nous répondons ayoye. , changeons la formule punk No Future pour Low Future, ok? La décroissance de la consommation plutôt que la déchéance. L’Amour scandé et chanté plutôt qu’à l’arraché. L’autodérision plutôt que la mythomanie narcissique. Sympathies à tous ceux blessés par ton geste. À nous. Amour avide. Adieu Edmé tatoué. Va au silence.

Je conclus sur un court poème, que j’ai lu lors la cérémonie d’adoubement aux allures pataphysiques, tandis que ma fille (future duchesse de la Revengeance!) m’envoyait des pétales dans la face…

Je ne suis pas princesse d’ivoire (je suis duchesse revengeresse)

Je suis reine et je suis le château

Un château de pétales de roses. Un château de pétales de roses.

Vies de quartier

Aujourd’hui poésie. Aujourd’hui dystopie.

Dystopie

Dans mon cauchemar

Les corridors de vents créés par les tours font tourbillonner les poussières toxiques

Et viennent nourrir un smog de plus en plus dense

Dans mon cauchemar

On se ruine à construire un troisième lien

Et j’ai honte d’habiter un village d’arriérés

Dans mon cauchemar

Les grosses poches et la mafia des agents immobiliers transforment la vie de quartier en labyrinthe individualiste.

Dans mon cauchemar

Il n’y a plus de coopérative ni de logement, les familles sont contraintes de louer des chambres à la petite semaine comme des touristes.

Dans mon cauchemar

Les radio-poubelles sont jouées non seulement dans les maudits autobus mais aussi dans les cours d’école.

Dans mon cauchemar

Les humoristes envahissent toutes les scènes et l’argent public réservé à la littérature finance des torchons populistes et sexistes.

Dans mon cauchemar

Des fonctionnaires décident de remplacer les jeux d’adresse et d’équilibre dans les parcs pour enfants par des masses en plastique et des écrans hystériques.

Dans mon cauchemar

Tous les artistes se sont convertis au numérique et les entrepreneurs créatifs n’ont d’intelligent que leurs outils de communication.

Ce n’est qu’un cauchemar

Quand j’ouvre les yeux pis que je te vois, gens de Saint-Jambe

C’est encore possible de rêver

Tout en gardant l’œil ouvert

 

Le bandeau du projet Vies de quartier est une œuvre collective d’Hélène de Saint-Jambe, en collaboration avec Malcom Reid, Pishier, Xavier Bélanger-Dorval, Marc Boutin et Edmé Étienne

En 2016 j’ai initié et dirigé un projet de médiation culturelle nommé Vie de quartier. Un journal éponyme, écrit et illustré par les résidents de Saint-Jambe et à propos de leur quartier, a été distribué gratuitement, de porte en porte, à près de 6 000 exemplaires.

J’y avais publié quelques poèmes et dessins. Je les partage avec vous, accompagnés de quelques gravures de Bill Vincent, l’un des artistes de Saint-Jambe y ayant participé.

La maison bleue dans Saint-Jean-Baptiste, gravure de Bill Vincent, 1976 (courtoisie)

Espaces sonores

Instant de grâce

hors de l’église

La cloche sonne

Par-dessus le tumulte

de la cour d’école

*

Piaillement multiple

L’arbre rue Saint-Olivier

a pour feuillage

Cent mille oiseaux

*

En arrière, gravure de Bill Vincent, 1979 (courtoisie)

Point d’ordre

au conseil de quartier :

Veuillez cesser le vacarme

Réveillez sur-le-champ

l’homme qui ronfle

à tout rompre

*

Est Sainte-Anne de Beaupré, gravure de Bill Vincent, 1977 (courtoisie)

Coulée de phares

Inversion du volcan

au petit matin

Vrombissement des périphéries

Mouvement de la banlieue

vers le centre

L’hémorragie des voitures

phares grand ouverts

Lave de lumière aux sillons des routes

Le jour éclate sur la ferraille peinte

La radio fait état

de la circulation

Frise de bâtiment, selon les dessins de Marc Boutin (courtoisie)

Pour voir l’ensemble du projet Vies de quartier :

Quartier de (2/2)

J’ai précédemment mis en doute l’identité de « quartier des arts » que Montcalm s’est fabriquée et expliqué trop brièvement comment le Nouvo Saint-Roch s’est construit sur le dos des artistes. Ce n’est pas pour être chauvine que j’affirme que nous sommes, dans le faubourg Saint-Jean-Baptiste, plus artistes encore. Certainement, Limoilou et Saint-Sauveur font aussi bonne figure dans cette catégorie et je leur cède volontiers le titre puisqu’en nombre comme en qualité, il y a foison. Chez nous dans le faubourg, nous n’avons pas besoin de le revendiquer : nous sommes artistes. Nous sommes aussi beaucoup plus encore.

Disons-le, nous sommes un quartier d’intellectuels. On sait, grâce à une étude effectuée par le département de sociologie de l’Université Laval en 2011, que plus de 65 % des gens du faubourg (sur environ 9 000) ont fait des études supérieures. Les gens du département de sociologie savent de quoi ils parlent puisque, il faut le dire, l’exemple le plus probant est que justement, la moitié de ce même département habite Saint-Jean-Baptiste. Au moins cinq de ses professeurs s’y voisinent dans un rayon de moins d’un kilomètre. Les diplômes de nous ont pas bâillonné dans une tour d’ivoire. Ils ne font pas de nous des pelleteux de nuages ou des péteux de broue. Chez nous comme ailleurs, on pelte de la neige et on a de la broue dans le toupet.

                    

Dessins, courtoisie de Hélène de Saint-Jambe

Vaut mieux nommer le quartier « faubourg Saint-Jambe ». Faubourg, parce que cette dénomination rappelle notre historique géopolitique. Nous étions, avant l’invention des banlieues, en tant que périphérie du Vieux-Québec, l’un de ses bourgs. En plus, puisque notre quartier est mixte (tantôt aisé tantôt pauvre, la majorité avec un revenu médian mais toujours favorisé par notre position géographique), sa consonance avec « faux bourgeois » nous sied bien.

Alice de Saint-Jambe, auteure de Saint-Jambe, VLB éditeur, 2018. Dessin, courtoisie de Hélène de Saint-Jambe.

Si on se doit désormais d’ajouter « Saint-Jambe » à notre étiquette, c’est que l’une de nos artistes et archéologue les plus prometteuses, Alice Guéricolas-Gagné, a publié un livre inspiré du quartier sous cette appellation. Le portrait qu’elle fait de nous, surréaliste et intemporel, est phénoménal. On s’y reconnaît et on s’y découvre à la fois. Cette fabuleuse auteure, est en quelque sorte notre Fred Pellerin locale. Nous sommes en permanence dans un conte urbain. La puissance créatrice d’Alice a fait de Saint-Jambe une république dont l’Université Libre se passe de recteur et se compose de philologues. Elle a mis à découvert la filiation amicale entre les bibliomanes et les terroristes-jardiniers et l’esprit maléfique de l’autobus 7. Avec elle, nos hordes de poètes n’ont rien à envier aux ramoneurs mirifiques du premier Mary Poppins. Surtout, elle a fait preuve d’un sens d’observation et d’un amour des gens qui l’entourent. Parce que c’est ça aussi, Saint-Jambe. Les coopératives, la proximité et les luttes populaires aidant : il fait bon vivre chez nous.

On ne fait pas qu’habiter Saint-Jambe, on l’occupe. L’îlot Berthelot, point de rendez-vous des enfants, espace de jeux préservé malgré les tentacules des promoteurs immobiliers, est exemplaire : quoi qu’en disent parfois les gens d’affaires, le meilleur investissement en est un pour le bien commun.

Récipiendaire du prix Robert-Cliche, le livre d’Alice Guéricolas-Gagné est en vente à la Librairie Saint-Jean-Baptiste et à la Librairie Pantoute, notamment.

Merci à nos partenaires