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Primaire

Crédit : Mariana Montoya

Crédit : Mariana Montoya

Je ne garde pas énormément de souvenirs positifs de mon court passage au primaire à Québec. Pour être bien honnête, les deux années et demie que j’ai faites en sol canadien après mon arrivée furent ponctuées de confusion, d’amitiés, d’intimidation et d’isolement. Dans ma première école, je suis devenue amie avec une fille aux cheveux de la couleur du blé, qui partageait avec moi l’amour des reptiles et des dragons, un point en commun qui nous séparait des autres amies de notre âge. Mes plus beaux souvenirs de mon enfance post-immigration sont avec elle.

Lorsque j’ai changé d’école, et de municipalité, je me suis encore retrouvée à rebâtir ma vie sociale de zéro, à l’âge de 11 ans. Je n’avais plus de classe d’accueil pour enfants immigrants dans ma nouvelle école, et je ne savais pas s’il y avait d’autres jeunes filles qui aimaient les dragons et les serpents comme moi. Par chance, Harry Potter gagnait en popularité et ça a été mon point d’ancrage. Voyez-vous, la magie et l’imagination sont un langage universel. M.-J. et moi sommes même allées une fois au lancement du cinquième livre, à la Librairie Pantoute à minuit, avec des capes et des chapeaux de sorcière.

En cherchant l’acceptation de mes pairs, je me suis tenue quelque temps avec des jeunes filles qui, j’imagine avec le recul, l’ont eue pas mal rough elles aussi, mais différemment. Elles embrassaient la sexualité naissante du début d’adolescence avec une aise qui me troublait déjà. Avec elles, on parlait de la cruauté des autres, on parlait de garçons, et je riais quand elles riaient. Ce sont elles qui m’ont enseigné que chatte voulait aussi dire vulve, et qu’il n’était pas bien vu de manger lentement une banane ni un popsicle, parce que les garçons se feraient forcément des idées.

Dans ces couloirs, j’ai connu l’humiliation et les larmes de rage, j’ai senti le rejet et la solitude. Mais j’ai aussi observé en cachette le garçon aux yeux verts qui me plaisait tant à l’époque, j’ai appris à parler, à échanger, à me défendre et à me rebeller.

Quant à mes amies, chacune a fait son chemin. La très grande majorité, je ne les ai jamais revues. Les garçons qui m’ont tourmentée non plus. Les rumeurs sont les seuls échos qui sont restés, et leurs noms sont tombés dans l’oubli. Dans les couloirs de l’école, les fondations de la femme que je suis devenue ont été construites, et plus souvent qu’autrement, j’ai dû traîner les briques moi-même, que j’aime les dragons ou non.

Peut-être qu’après tout il y a une certaine magie à ces couloirs; ils sont témoins de tout, ils ne changent que superficiellement avec les années. Mais les enfants qui apprennent, eux, changent. C’est dans des explosions que les étoiles naissent.

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