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Archives du mot-clé terres des Soeurs de la Charité

En fin de compte, au pied de la tour

Ok, si vous êtes fraîchement débarqués ici, allez plutôt lire mon texte intitulé « Un phare dans tes bobettes » ou visionner la vidéo « Sauvons la vocation (agricole) des terres ». Ce qui suit est plutôt pour les initiés! Mon blogue de duchesse se conclut (ouf! Enfin débute ma nécessaire cure des réseaux sociaux et de ma propre face partout). Ça y est, après les duchesses d’Aiguillon et Granola, je me glisse dans la lignée d’Iris, Lydia, Caroline, Nadine, Anne-Marie, Jeanne, Nancy. J’en appelle aux filles (j’aime ça dire filles) et j’en appelle aux iels (nouveau mot que j’ai appris, merci Fre) : Marie-France, Élisa, Julie, Flavie, Anne-Sophie, Fanny, Marie-Ève, Ève, Annie, Caroline, Marie-Claire, Marie-Hélène, Claudia, Paryse, Josée, Laetitia, Isabelle, Yacinthe, etc. : je vous exhorte de prendre le relais, de vous approprier cette tribune, cet espace de création AUTOGÉRÉ et FÉMINISTE, afin de vous exprimer et mettre en valeur vos territoires urbains et/ou imaginaires. Pas besoin de faire comme la duchesse de Saint-Jambe qui beurre épais et se surmène. Vous pouvez vous en tenir à quelques dessins, photos ou écrits.

À tous, MERCI pour vos encouragements multiples. Salut à toute la cohorte 2019, aux duchesses formidables et à toutes celles qui s’impliquent dans l’organisation des activités et du blogue. Ça fait du bien de rencontrer du beau monde de même. La Revengeance a tout du club social, mais plutôt que d’y jouer aux cartes, on se met sur la carte!

Enfin voici quelques images-souvenirs de ma duchessitude.

L’adoubement qu’officiait Alice Guéricolas-Gagné, où j’ai été intronisée au sein de l’Université de Saint-Jambe. Suivi d’un vin chaud à la rose et d’une microparade saint-jambienne.

Vue glaciale sur les terres à sauvegarder et sur ma délirante tenue de duchesse

Qu’est-ce que lit une duchesse? Entre autres : Marie-Claire, Francis Desharnais, Alain Denault, Paul Zumthor, Alain Larose, Meb et Alice de Saint-Jambe, bien entendu. Merci à la Librairie Pantoute pour l’accueil! Merci au groupe Mélisande d’avoir appuyé la cause des terres des Sœurs de la Charité au Théâtre Petit Champlain. Bienvenue à Céline Tremblay, héritière de la véritable couronne, Carole Turgeon et les autres.

Qu’est-ce qu’une duchesse expose à la bibliothèque de Saint-Jambe jusqu’au 17 mars? Une exposition autour du thème de Babel qui réunit poèmes, vidéos et dessins.

Babel de Hélène Matte et ZumTrobar :     https://vimeo.com/312642872

Enfin, ma duchessitude sera marquée à jamais par la joie de mon ami Edmé Étienne à l’approche de son concert punk, lequel j’ai inauguré le 2 février par quelques poèmes du recueil En berne. Puis, près d’une semaine plus tard, par l’atermoiement devant son acte manqué, sa survie ratée, comment dire : sa mort. Edmé, toi tellement show-off, te voilà juste off. Quel gâchis. À ton cri Oï! nous répondons ayoye. , changeons la formule punk No Future pour Low Future, ok? La décroissance de la consommation plutôt que la déchéance. L’Amour scandé et chanté plutôt qu’à l’arraché. L’autodérision plutôt que la mythomanie narcissique. Sympathies à tous ceux blessés par ton geste. À nous. Amour avide. Adieu Edmé tatoué. Va au silence.

Je conclus sur un court poème, que j’ai lu lors la cérémonie d’adoubement aux allures pataphysiques, tandis que ma fille (future duchesse de la Revengeance!) m’envoyait des pétales dans la face…

Je ne suis pas princesse d’ivoire (je suis duchesse revengeresse)

Je suis reine et je suis le château

Un château de pétales de roses. Un château de pétales de roses.

Sauvons la vocation (agricole) des terres (version visionnaire)

À mon tour d’être visionnaire. Je consulte les étoiles.

Je m’habille en toge.

Je mets un masque qui, au temps de la tragédie, servait aussi de porte-voix.

Me voici qui proclame en gesticulant :

« Sauvons! Sauvons-nous. Pas dans le sens de fuir.

Sauvons-nous dans le sens de : sauvons notre honneur et notre histoire, sauvons ce qui nous reste. Cueillons les possibles pour réaliser une suite, pas une fuite, une suite.

Pour la suite du monde.

Sauvons la vocation. Une « vocation », c’est un appel. L’entendez-vous?

Le chant de la terre s’élève à travers le vrombissement des moteurs et des systèmes de climatisation. La terre nous parle, elle nous parle de nous.

Son chant remue les cycles de vie et de mort au fil des saisons.

Elle digère le temps, comme nous digérons ce qu’elle prodigue.

La terre a une vocation : celle d’être prodigieuse.

À ceux qui veulent bâillonner la terre. À ceux souhaitant la couvrir vivante, dans un sarcophage doré de statistiques et de fausses promesses progressistes. Entendez-vous? Son frère le vent porte des prophéties, il annonce secousses et inondations, poison industriel et famine sociale. Entendez-vous ce qu’il vous siffle à l’oreille : soyez maudits! »

Et là, effet spécial : il y a un nuage de boucane. Disparaît la chorale de sopranos qui jouait le vent. Deus Machina, voilà que je m’envole dans les airs et me transforme en hologramme, karaoké des paroles du chant de la terre, qui est une simple chanson à répondre, en Fa dièse.

Terres des Sœur de la Charité, dessin de Marc Boutin, 2016

Sauvons la vocation (agricole) des terres des Sœurs de la Charité (finale)

Les terres des Sœurs de la Charité, j’en ai parlé et j’espère que vous en parlerez à votre tour. D’autres en parlent. Notamment, je vous invite à vous intéresser au groupe Voix citoyenne et à visionner ce reportage d’une dizaine de minutes sur le sujet.

https://ici.radio-canada.ca/tele/la-semaine-verte/site/segments/reportage/90425/terres-agricoles-developpement-urbain-soeurs-charite

www.facebook.com/voixcitoyennequebec

www.citylab.com/environment/2019/01/quebec-city-new-homes-for-sale-agricultural-land-sprawl/580402/?utm_source=fbb&fbclid=IwAR0lkdyrbualLDqMaGVM5cxF1iwuRwr3UL7d7kUp2QRqYNMV4aveyixBzJE

 

Visions d’horreur

Les visionnaires sont parfois des imbéciles
dont la vue est bouchée par leur masque.

Dans les années 1960, quand Québec prévoyait détruire le Faubourg Saint-Jean-Baptiste et déchirer la Haute-Ville à coups d’autoroutes, son maire prétendait qu’il y aurait plus d’un million de personnes à Québec au tournant des années 2000 et qu’il fallait prévoir leur transport. Une de ces autoroutes superflues a finalement abouti dans un cul-de-sac, direct dans le cap séparant Saint-Roch et l’îlot Saint-Vincent-de-Paul. Nous voilà à la veille de 2020 : nous n’atteignons pas encore ledit chiffre, même en comptant la population des banlieues lointaines. Deux autoroutes supplémentaires qui auraient rasé ce qui reste de notre quartier n’auraient pas réglé le trafic qu’on connaît aujourd’hui.

Courtoisie de Hélène de Saint-Jambe

Sous prétexte d’accueillir 60 000 nouveaux ménages 30 000 nouveaux ménages (le chiffre a été rectifié entre 2016 et 2018)… Donc sous prétexte d’accueillir 28 000 nouveaux ménages d’ici 20 ans, la Ville de Québec prévoit dézoner des centaines d’hectares de terres agricoles pour construire des habitations. Elle dit vouloir éviter l’étalement urbain. Pourtant elle laisse construire des tours et autres projets suffocants qui donnent à l’entourage l’envie de partir (îlot Irving). Surtout, la spéculation immobilière encouragée par les projets qu’elle autorise entraîne une hausse du prix des logements, premier frein à l’augmentation de la densité de la population au centre-ville et à l’installation des jeunes familles. Sans compter que le manque flagrant de vision de nos fonctionnaires dilapide à la fois notre patrimoine bâti (îlot Saint-Vincent de Paul) et notre matrimoine environnemental.

Parmi les terres que Québec veut dézoner se trouvent les terres des Sœurs de la Charité. Elles ont été achetées en 2014 par le même consortium de nantis qui voit dans un Phare une « porte d’entrée » de Québec (ici, voir le mot phare en hologramme et entendre un air de trompette solennel). Il imagine un emblème de la ville, là où il y a un mur générateur de rafales et un symbole phallocratique.

Décidément, on n’a plus les visionnaires qu’on avait. Jules Verne se contentait d’écrire des livres. S’il avait véritablement foré la croûte terrestre jusqu’aux profondeurs imaginées, les éclaboussures de magma lui auraient fait fondre la face.

 

            

Souvenir de Londres, dessins de Hélène de Saint-Jambe (courtoisie)

Sources :

  1. Journal Droit de Parole
  2. lesoleil.com/chroniques/francois-bourque/le-reve-americain-et-les-terres-agricoles-f2a11a42406f06dc63bbd4a4040df352
  3. https://ici.radio-canada.ca/tele/la-semaine-verte/site/segments/reportage/90425/terres-agricoles-developpement-urbain-soeurs-charite

Sauvons la vocation (agricole) des terres (version terre-à-terre)

Sauvons la vocation (agricole) des terres (version lyrique)

Paroles, voix et figuration : Hélène de Saint-Jambe, duchesse de la Revengeance 2019

Photographies : Wartin Pantois

Montage : Olivier Breton

Sauvons la vocation (agricole) des terres (version terre-à-terre)

La rue Saint-Jean a perdu de sa vitalité. Plusieurs échoppes sont vides. La boucherie pue la moisissure. Son bâtiment est barricadé par les panneaux publicitaires d’agents immobiliers qui présentent une vision vaudevillesque de ses futurs appartements. Le poissonnier d’en face a déménagé. Heureusement, pas loin, il y a Langlois, l’épicerie asiatique qui dépanne en fruits et légumes. Pas facile d’en trouver de bons. Avez-vous remarqué la qualité décroissante de ce qui se vend dans les grandes surfaces? Heureusement qu’existe le Marché de proximité1.

En passant, les terres agricoles sont une ressource non renouvelable. Depuis 1971, le Canada a perdu plus de quatre millions d’hectares de ses terres agricoles, principalement en raison de l’étalement urbain.

Les terres des Sœurs de la Charité constituent une enclave urbaine située dans le secteur Bourg-Royal, à Beauport. Leur superficie de 200 hectares (2 km2) offre un territoire agricole d’exception. Cela prend des milliers d’années à la Nature pour en générer de tels. Véritable matrimoine, elles sont cultivées depuis les débuts de la Nouvelle-France. Les sols de ces terres retiennent les eaux. Comment réagiront les rivières Montmorency, Saint-Charles ou Lorette si les terres des Sœurs sont bétonnées par un projet immobilier?

Ces terres sont plutôt l’occasion d’élaborer un projet d’agriculture locale. Non pas un projet visionnaire, mais un projet terre-à-terre. Un projet écologique pour réduire les transports, pour accéder à une autonomie alimentaire, surtout pour contrer l’insécurité alimentaire de tous; l’insécurité alimentaire des personnes démunies certainement, mais aussi celles des personnes en général : consommateurs à qui on vend des produits louches, transformés et regorgeants de pesticides. L’insécurité alimentaire finalement, c’est de ne pas savoir ce qu’on mange en sachant qu’on nourrit notre cancer.

Les terres des Sœurs de la Charité pourraient devenir une FUSA, une Fiducie d’utilisation sociale agricole, où chacun y aurait sa part en bouffe biologique, sauf les agents immobiliers.


1 Le Marché de proximité de Québec propose un accès à des aliments produits localement via une plateforme de commande web et des points de chute hebdomadaires.

Lien : www.marchequebec.org

Vue de même, tour à tour

Saint-Jean-Baptiste, c’est une petite Gaule. Un quartier qui a été déchiré par l’urbanisme du béton goudronné, mais rebâti par le mouvement coopératif. Une enceinte dont le centre est partout, et la circonférence, une autoroute.

Après la pluie, gravure de Bill Vincent,1980, courtoisie de l’artiste

J’y ai mes quartiers. L’édifice de la Banque Nationale me cache le soleil. Le Complexe G me bombarde d’ondes électromagnétiques. Je sais ce qui m’attend. J’habite un ancien bâtiment en face d’un CHSLD. Quand le printemps arrive, j’ouvre les fenêtres et j’entends une vieille crier à la journée longue. D’année en année, ce n’est jamais la même. C’est ma vue bouchée d’en face.

De l’autre côté, j’ai le privilège de la hauteur. Je suis pourtant une duchesse de classe moyenne. Simplement j’habite la Haute-Ville. Je ne suis pas enfermée dans une de tour de verre, je n’ai pas besoin d’être sauvée. Néanmoins je me tiens à l’étage. J’aime voir loin. Je fais le guet.

L’horizon s’étend jusqu’aux montagnes. Je vois l’incinérateur et l’usine qui crache sa fumée jusqu’à Vanier. Au fond, j’aperçois Sainte-Brigitte-de-Laval qui colonise la nuit de lueurs en lumières. À l’avant-plan, il y a les nouveaux voisins de l’îlot Irving. Au dernier étage, ils ont des fenêtres mur-à-mur et un énorme téléviseur qui clignote comme, plus loin, l’écran hystérique du centre Vidétron*. Au second plan, les tours s’imposent : celle « tout en bois » qui a l’air d’un jeu de blocs Lego aux couleurs de la confédération; celle à côté de la bibliothèque qui fait ombre à l’église Saint-Roch; celle de Sherpa, multicolore, qui sera cachée par celles qui s’annoncent, subtilement, sur la rue Saint-Vallier. Les bâtiments érectiles strient le paysage. La Ville me dévisage.

Je vois encore les terres des Sœurs de la Charité. Un îlot de lumière. Je me dis tous les jours qu’un nouveau quartier couvrant cet endroit, ça serait la mort. J’en ai fait une chanson. Rendez-vous à un prochain post.

Courtoisie de Hélène de Saint-Jambe, dessin-collage d’après un plan de Marc Boutin sur la place de l’automobile dans le faubourg Saint-Jean-Baptiste

* Pas besoin du « o » au centre, la construction est elle-même un trou au milieu du paysage et des poches des contribuables : « Vidétron », puisque ça a l’air d’un immense bol de toilette.

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