Contactez-nous instagram twitter facebook courriel

Archives du mot-clé troisième lien

Entrevue avec les souliers de Sol Zanetti (3/3)

Voici tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les souliers de Sol Zanetti (voir la première partie, puis la deuxième partie).

Sur quoi ça les énerve le plus de piler?

Parizeau disait que la politique, c’est un océan d’orteils. Où que tu mettes le pied, tu piles sur des orteils tout le temps. Fait que ce serait de piler sur des orteils. En même temps, je pense que c’est inévitable, Il n’y a aucune action politique qui peut potentiellement plaire à tout le monde en même temps. Tu peux faire du surplace et les gens vont arrêter de crier. Faut juste choisir sur quel orteil tu vas piler.

Ont-ils déjà trompé leur propriétaire?

Non! Elles sont fidèles. Mais à moins que dans mon dos, quand j’étais pas là, je le sais pas. Ça serait surprenant parce que quand je m’en vais, je retire la semelle qu’il y a à l’intérieur. Ce serait donc vraiment une mauvaise expérience pour quelqu’un qui voudrait les essayer.

Dans leur identité de genre, s’identifient-ils comme souliers blancs?

Oui. Ils s’assument! Pour les souliers, la blancheur n’est pas un critère d’identification de la classe dominante. C’est le contraire, en fait. Ils sont un peu ostracisés. Ici, ils sont seuls. Il y a près d’un millier de personnes qui travaillent ici et ils n’ont jamais vu de leur semblable. Parmi l’aile solidaire, les souliers sont vraiment très ouverts d’esprit. Les Dr. Martens et mes souliers s’aiment beaucoup. Ensemble, ils forment un clan d’oppressés. Les minorités se ramassent entre elles et se soutiennent.

Pensent-ils piétiner le troisième lien un jour?

Ils espèrent que non. Ils espèrent vraiment que non. Faudrait pas que ce soit piétinable. Faudrait pas que ça existe. Faudrait pas que ça arrive. Peut-être qu’en fin de vie, lorsqu’ils ne seront plus portables dans cette noble institution, je pense qu’ils vont aimer aller dans les transports en commun.

C’est quoi leur blague préférée?

Il y a deux semaines, dans le journal, il y avait une réaction d’un type que j’aime bien, Jean-Pierre Charbonneau, un ancien parlementaire qui s’est beaucoup intéressé à la réforme du mode de scrutin. Il disait que quand il est entré député dans ses jeunes années, il existait une phobie des sandales dans le Salon bleu. On spécifiait que « les sandales même pas de bas » étaient à proscrire. Et là, la question qui se pose c’est est-ce que c’est pire des sandales pas de bas ou c’est pire des sandales avec bas? Ça, c’est la blague préférée de mes chaussures.

Comment se sont-ils sentis face à la controverse qu’ils ont causée par leur existence à l’Assemblée nationale?

Ils se sont sentis jugés. Ils se sont dit : « Si les gens me rencontraient pour vrai, ils trouveraient vraiment qu’il n’y a rien là ». Mais c’est comme si l’image projetée par eux dans les différentes chroniques a fait véhiculer bien des préjugés à leur égard. À entendre les chroniqueurs qui ne les ont jamais rencontrés, ils ne sont que des godasses, à la limite du portable. Que de viles chaussures.

Ce sont des chaussures philosophales.

La légende

Je rentrais de Québec, un beau matin de janvier, il faisait un de ces froids qui vous gèle jusqu’à la moelle. Comment vais-je commencer cette aventure lévisienne? Ben beau, devenir duchesse, astheure qu’elles t’ont acceptée parmi elles, qu’as-tu à dire? Il faudrait bien parler du troisième lien, on s’attend à ce que tu en parles, c’est dans l’air du temps, le troisième lien… C’est la nouvelle drogue à la mode!

Photo : Andréanne Virgule duchesse

Y’a même Radio-Canada qui faisait appel récemment à un spécialiste de toponymie pour créer une nouvelle avec le nom du futur pont ou tunnel. L’intention du professeur était louable : celui-ci voudrait qu’on donne à ce pont à naître un nom féminin, histoire de se rappeler que les femmes aussi ont marqué l’histoire.

Photo : Andréanne Virgule duchesse

 

L’exercice est bizarre, on sait même pas encore si on en veut un. Les experts disent que c’est une mauvaise idée mais, s’il venait à exister, comment le nommerait-on? Ça tient de la légende Saint-Lévis-de-Caxton*! Un pont Bonhomme-Sept-Heures, un tunnel Marie-Josephte-Corriveau. Tout le monde en parle, personne l’a encore vu! Le sujet fait peur, divise, polarise. Noël dernier en a été le théâtre pour plusieurs. Des familles scindées en deux : d’un côté, ceux qui en parlent comme du Messie qui nous sauvera du trafic à tout jamais, et de l’autre, ceux qui démonisent cette route de l’enfer qui pillera des terres, vendra des millions de chars et fera fondre le dernier glacier.

Bref, noir et blanc comme un bon vieux film muet, on se parle, mais on s’entend pas.

Puis, un craquement de glace me ramène les deux pieds dans le réel. Que je l’aime donc cette croisière hebdomadaire me ramenant au sud! Ça manque un peu de palmiers pour du sud, mais ça sent bon chez nous. Je sauve une fortune en croisière en Alaska, je fais la mienne à coup de 12 minutes, une à deux fois par semaine, à 5 $ la shot! **

Photo : Andréanne Virgule duchesse

Photo : Andréanne Virgule duchesse

Le fond de l’air ravigote. Mon troisième lien n’est pas une légende, il porte les noms NM Lomer-Gouin et NM Alphonse-Desjardins. Il transporte tout le monde : piétons, cyclistes et bibittes à moteur. Pourquoi on bonifie pas cette option-là? À Tadou, il est gratuit, le traversier… Y en ont aux 15 minutes, voire plus! Jour et nuit. Et mieux desservir les usagers du transport en commun toutes rives confondues… si on veut un jour s’affranchir du sacré-fichu-gaz.

À savoir sur la traverse Québec-Lévis :

  • Le dernier traversier est à 2 h du mat!
  • ** Hors de l’heure de pointe, le prix du passage automobile est réduit.
  • La passe de bus de Québec ou de Lévis permettent toutes deux de passer.
  • Quelques fois dans l’année, c’est gratuit pour les enfants! (Les bonnes habitudes, ça se prend de bonne heure!)
  • Il y a de la place en masse : capacité de 442 ou de 590 passagers et de 54 véhicules.
  • La distance parcourue est d’un kilomètre. Un seul. D’un bord comme de l’autre!
  • La durée de la traverse est suffisante pour : lire un chapitre, jouer une game de Candy Crush ou te maquiller, laver les vitres de ton char et ramasser ce qui traîne, lire les citations sur les bancs ou admirer les dessins d’enfants gagnants, te chicaner avec une machine distributrice ou rencontrer un étranger qui comptait prendre le traversier aller-retour et le convaincre de descendre au quai Paquet.

* J’emprunte l’expression à Fred Pellerin, je l’ai adoptée.

Un phare dans tes bobettes

Note : Ce texte burlesque peut ne pas convenir aux enfants.

J’évite le magasinage. Surtout dans les grandes surfaces. Néanmoins, quand je m’y perds par je ne sais quel mauvais hasard, j’admets que les centres d’achats offrent des expériences sociologiques fascinantes. À part une belle jeunesse liquidée derrière des caisses de Dolloramarde et autres boutiques dépressionistes, je suis transie par les madames qui s’habillent chic pour aller se racheter du linge et les monsieurs qui, de banc en banc, égrainent leurs heures à être seuls publiquement plutôt que seuls tout court. Mais il y a autre chose, en fait beaucoup de choses qui se résument à une seule : la marchandise. Et là, c’est malade. Je vous jure que, même si j’anime depuis plusieurs années des ateliers d’art au sein d’un organisme communautaire en santé mentale, je n’ai jamais vu de mes yeux vu quelque chose de plus délirant que la niaiserie capitaliste. Regardez bien ce bel exemple : un labo à lèvres qui offre des « expériences cérébro-stimulantes »! Avec ça, c’est certain, nous aurons à l’avenir plus de filles en sciences. Peu importe si elles portent des sarraus en dentelle et des éprouvettes au derrière.

Photos : Courtoisie de Hélène de Saint-Jambe

Cela dit, il se trouve aussi des marchandises étranges dans les petits commerces de la rue Saint-Jean. Dans une vitrine, j’ai trouvé ces caleçons exaltants. Moi qui porte des bobettes de grand-mère, je me suis tout-à-coup imaginé faire corps-à-corps avec le paysage et me parer d’architecture. Cependant, je n’ai pas trouvé le pendant féminin. Faudrait-il donc avoir un pont-levis préalable pour s’affubler de Manhattan ou s’accoutrer d’une œuvre de Frank Lloyd Wright? Je n’ai pas trouvé non plus d’immortalisation de la rénovation urbaine québécoise. Il n’y a pas de petites culottes imprimées du Château Frontenac, pas de string du centre Vidétron. Qu’à cela ne tienne, les stylistes peuvent aller se rhabiller : j’ai décidé de créer moi-même des bobettes imprimées de monuments.

Voici mes culottes nouveau genre : le devant est agrémenté de ce qui reste de la tour de Vésone, une antique construction dédiée à la déesse de l’eau et de la fécondité celtique Vésunna. Ce temple se trouve en Occitanie, plus précisément à Périgueux en Acquitaine, auprès d’un site archéologique gallo-romain hallucinant mis en valeur par le musée avoisinant, conçu par l’architecte Jean Nouvel.

C’est beaucoup moins vénérable, mais c’est aussi possible de créer des bobettes avec des aménagements immobiliers de Québec. On pourrait imaginer une couche-culotte avec le « troisième lien », par exemple. Ou encore ce magnifique modèle de caleçon, une façon de dire : le Phare, mettez-vous-le où je pense!

Ici, en février, la neige est rose comme chair de femme

En cas d’attaque de zombies, c’est de notre côté du pont que tu aimerais te retrouver. OK! Oui! Notre pont te fait peut-être peur… mais certainement pas autant qu’une armée de candidats élus de la CAQ, zombifiés, crinqués, criant BRAINNNNN… En fait, je crois que c’est peut-être bien pour cette raison que nous ne sommes pas tous réellement convaincus concernant le projet du troisième lien.

Bref, je réside à l’île d’Orléans, en plein cœur du garde-manger de la ville de Québec. Là où, dans une même journée, tu peux te bourrer la face de framboises, vivre un rush de sucre à la chocolaterie et virer une brosse sur du vin québécois. Il n’y a pas de plus bel endroit où vivre quand tu aimes profiter de la richesse des produits locaux.

Quarante-deux milles de choses tranquilles. L’île est baignée par le fleuve, d’un bout à l’autre. À marée haute, tu peux aller te baigner nu pis il y a peut-être personne qui va te voir. De toute façon, nous, les Orléanais, nous sommes du ben bon monde, chaleureux et ouvert d’esprit.

L’hiver venu, nous vivons sur nos réserves parce que nous sommes aussi un peu la chambre froide de la ville de Québec. En février, comme dirait Félix, la neige est rose comme chair de femme. Selon ma grand-mère, il n’y a rien de plus paisible que de faire un tour de l’île au lendemain d’un soir tempête en écoutant du Enya. Puis, arrive avril avec ses érables gorgés d’extases. C’est alors l’occasion de tout mettre, enfin, dans du sirop d’érable : œufs, crêpes, poils de chest… Bref, c’est le printemps, on se dégèle!

En conclusion, bien que parfois, le vent frais du fleuve porte une légère odeur de fumier, cette terre insulaire a toujours su faire fleurir le bonheur et lui faire faire des bourgeons. Terre inspirante pour des projets créatifs et patiente pour les moments de réflexion, l’île d’Orléans est un territoire fertile, riche, inspirant, qui fait rêver les gens d’ici et les autres qui ont peur du pont.

Merci à nos partenaires