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Se réapproprier la ville no 1 : L’îlot Charlevoix et l’enclos de flamants roses

Mise en contexte
Nota bene : J’ai eu cette idée longtemps avant que le design du nouveau projet soit présenté au public. Même si le timing n’est plus bon, je crois que ma critique reste pertinente.

Lorsque je travaillais dans le Vieux-Québec, je passais souvent à côté de l’îlot Charlevoix, un terrain vacant situé le long de la côte du Palais et voisin de l’Hôtel-Dieu. Avec sa clôture métallique et son sol couvert de gravelle, l’endroit est d’une laideur déplorable.
On est pourtant en plein cœur du centre historique et patrimonial!
Je ne dois pas être la seule à trouver ça embarrassant. Ça fait des années que rien n’a été fait pour embellir un endroit qui fait partie du quotidien de beaucoup de gens. C’est moche pour tout le monde, qu’on soit résidents, patients, travailleurs, hôteliers ou touristes.
On mérite mieux que ça.

La laideur urbaine est un irritant que l’on subit individuellement et qu’on vient à tolérer collectivement. Tant que personne ne chiale assez fort et qu’il n’y a pas de catastrophe, on peut procrastiner activement et pendant longtemps. On le voit souvent dans des cas de protection du patrimoine, de l’environnement ou de l’aménagement urbain. Il faut que le problème devienne une priorité pour qu’on passe en mode solution.

Il existe des moyens originaux d’embellir ces terrains vacants et ces espaces en stand-by, qu’on appelle communément des dents creuses dans le jargon de l’urbanisme. Par soi-même, on peut aussi prendre l’initiative d’intervenir directement sur le terrain afin qu’on lui donne de l’attention et donner une piste de solution.

La ville est à nous

La ville est à nous, alors pourquoi ne pas se réapproprier ces espaces négligés avec originalité et humour? Soyons créatifs et subversifs.

Ma proposition est la suivante : faisons de l’îlot Charlevoix un enclos de flamants roses. Ça ferait un spot tellement « instagrammable »! Ça ne fitte pas du tout dans le décor et c’est parfait! C’est ridicule, absurde, laid, ludique et amusant. Qui sait, cette installation artistique pourrait bien faire rire et sourire les gens. Peut-être même que ça ferait ralentir les voitures, comme ce serait plaisant! Je crois que même avec une centaine de flamants roses en plastique, l’endroit ne peut pas être plus laid qu’il ne l’est déjà.

Êtes-vous game de faire une opération de vandalisme artistique participative pour embellir d’autres espaces urbains aussi moches?

Pick-up love

Lorsque je suis arrivée dans Saint-Sauveur, j’ai remarqué qu’il y avait un nombre considérable de pick-up et d’autres modèles de camionnettes dans le secteur. J’ai trouvé ça plutôt étonnant que tant de ces gros véhicules fassent partie du paysage du quartier. L’été où je suis arrivée, j’écoutais beaucoup de Bleu Jeans Bleu, et ça a sûrement contribué à révéler un petit côté redneck chez moi.

Il y a sûrement beaucoup de travailleurs de la construction, de gens manuels ou de techniciens qui habitent ou travaillent dans le secteur. Ces véhicules sont gros, donc plutôt difficiles à stationner, et leur volume important vient contraster avec la petitesse des espaces disponibles sur les terrains.

La voiture

Je n’ai pas de voiture et je fais partie de ce nouveau segment de la population qui n’a pas les moyens ni l’envie de devoir se payer un char. J’ai mon permis, mais je me déplace à pied et en autobus. En tant qu’urbaine, le transport en commun, c’est le mode de déplacement qui convient le plus à mes besoins.

Je suis également très critique des impacts négatifs qu’ont les voitures sur notre environnement, la qualité de vie, l’économie, la santé et l’aménagement du territoire. Je ne suis pas anti-voitures, je suis contre le gaspillage d’argent, de temps et de ressources qui viennent avec notre choix collectif d’investir autant dans des infrastructures qui nous rendent tellement dépendants de nos voitures.

Pour moi, la liberté passe par plus d’options pour la mobilité. Je l’ai dit plusieurs fois à des politiciens : je suis trop pauvre pour me payer une voiture, alors le troisième lien, ça ne m’aidera pas. Nous avons besoin de solutions durables, flexibles, attrayantes et accessibles, ce qui inclut l’autopartage, les modes de déplacement actifs ou l’investissement dans le réseau de transport structurant.

N’empêche que mon cœur de rockeur aime intensément les pick-up, plus particulièrement les modèles Ford F-150 un peu maganés qui ont quelques années d’usure. Pour moi, ça reste un élément significatif et symbolique de l’identité de Saint-Sauveur en tant que quartier populaire. Ça a quelque chose de spectaculaire et de surprenant. Ça représente bien les paradoxes et les contradictions qui font qu’on s’attache à ce quartier.

Collection

Je me promène souvent dans les rues du quartier et je suis souvent surprise de croiser toutes sortes de véhicules dans mon quotidien : le corbillard sur Montmagny, les voitures vintage, les Westfalia, le Hummer dans le coin de la rue Père-Grenier, etc. Cette habitude de collectionner s’étend également aux garages qui sont aussi très présents dans le paysage.

C’est une drôle de course au trésor, car je tombe sur de nouveaux spécimens à tout moment. C’est la joie de la découverte et ça m’amuse, tout simplement. Je les prends en photos et les partage sur les réseaux sociaux. J’ai accumulé une bonne quantité de spécimens dans mes archives et j’aimerais vous en faire part.

J’espère que ça va vous plaire et que vous allez en reconnaître quelques-uns. N’hésitez pas à me proposer des spécimens à votre tour!

 

Introduction au concept de GPS

Depuis que je suis arrivée dans Saint-Sauveur, j’ai développé une relation au territoire plutôt originale. Ma géographie mentale se construit au fil de mes promenades, de mes rencontres et de mes expériences. Le langage évolue avec notre nouvelle conception de l’espace, les lieux changent de nom et on se fait de nouveaux points de repère au passage.

La grande traversée. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

En bonne amatrice de choses vintage et de vieilles affaires, j’ai développé le concept de GPS, qui est très utile pour amorcer une conversation intéressante sur le quartier. 

GPS, c’est pour Géolocalisation paroissiale sympathique. 

Le principe est simple, je demande aux gens : « Dans quelle paroisse vous habitez? »

Faites un essai, vous verrez que c’est un excellent moyen de briser la glace pour tisser des liens avec les gens du quartier. Cette question fait sourire les anciens et déconcerte parfois les nouveaux venus. J’aime tellement voir la réaction des gens à ce moment-là. Les vieux résidents se sentent interpellés, c’est émouvant de les voir partager leurs souvenirs. Plusieurs églises sont disparues en basse-ville dans les dernières années et les jeunes n’ont pas toujours conscience du rôle de ces bâtiments dans la dynamique et l’identité du quartier.

Saint-Sauveur, avec son clocher. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Ça donne une perspective nouvelle sur notre milieu de vie et son histoire. Pour moi, cette expression permet d’amorcer une conversation sur le sentiment d’appartenance que nous avons envers notre quartier. En changeant de vocabulaire, on s’oriente dans la ville avec des repères différents, qui sont un peu plus intéressants que la simple signalisation routière.

Avec le temps, on développe des souvenirs, des relations, des connaissances sur les gens, les événements et les lieux qui nous entourent. On voit les choses évoluer, changer et se transformer, pour le meilleur et pour le pire si on connaît un peu l’histoire de Saint-Sauveur.

Adieu le Red Lounge, bonjour le Diner.  Ce bâtiment est un bon exemple de transition de l’identité d’un lieu en tant que point de repère important dans le paysage urbain. Il y a l’avant et l’après d’un espace qui restent associés dans notre mémoire. Par habitude, on conserve parfois dans l’usage l’ancien nom quand c’est une institution importante : pour moi, le Cercle restera le Cercle, l’ancien local du MEC sera encore le MEC, mais mon cerveau commence à se faire à l’idée du Diner. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Sans nécessairement tomber dans la nostalgie, le patrimoine nous parle et nous rassemble. Que l’on soit croyant ou pas, on peut apprécier la beauté des bâtiments, ainsi que le rôle des îlots paroissiaux dans l’animation du voisinage et de la vie de quartier. C’est souvent là, tout près de l’église et de son presbytère, qu’on retrouve l’école, la caisse populaire, le parc, les petits commerces et le centre communautaire.

Que ce soit dans les clochers d’églises, la toponymie, l’architecture bricoleuse, la « parlure » populaire, le paysage des rues remplies de poteaux ou les fêtes de quartier, la culture s’expose dans la vie quotidienne. À travers les rencontres et les échanges, la culture peut nous aider à se trouver une place dans cette étonnante communauté. 

Je pense à cet octogénaire qui discutait avec une vieille connaissance alors que j’attendais l’autobus devant le collège Aviron :

« J’aime bien ça faire ma p’tite marche jusqu’ici, pis la bus, le trajet me laisse juste en face de chez moi sur Sainte-Thérèse. »

Comme ethnologue, le passé, l’histoire et le patrimoine, ça me parle. J’aime l’idée de perpétuer l’esprit du lieu et de transmettre un peu de sa mémoire à mon tour. Ça me plaît bien d’appeler Raoul-Jobin avec son ancien nom : la rue Sainte-Thérèse.

Tenir debout. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

Prendre racine dans un quartier, c’est un peu ça : on s’adopte, on s’adapte.

L’histoire n’a pas toujours été tendre envers Saint-Sauveur et ça reste encore difficile pour beaucoup de gens de passer par-dessus sa mauvaise réputation. Faut pas toujours se fier aux apparences et remettre en question nos préjugés. Avec un peu de curiosité et d’ouverture d’esprit, la beauté se révèle sous d’autres formes pour ceux qui savent observer. Ça prend un peu de temps et d’exploration, mais aussi de la patience et de la tolérance pour apprivoiser le paysage, la culture et la communauté. On découvre qu’il y a des trésors partout, dans le patrimoine, les rues et les gens. On s’attache assurément.

À pied, la vie va à notre rencontre alors que les gens se croisent sur Saint-Vallier. Photo : Myriam, duchesse de Saint-Sauveur

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