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Se réapproprier la ville no 1 : L’îlot Charlevoix et l’enclos de flamants roses

Mise en contexte
Nota bene : J’ai eu cette idée longtemps avant que le design du nouveau projet soit présenté au public. Même si le timing n’est plus bon, je crois que ma critique reste pertinente.

Lorsque je travaillais dans le Vieux-Québec, je passais souvent à côté de l’îlot Charlevoix, un terrain vacant situé le long de la côte du Palais et voisin de l’Hôtel-Dieu. Avec sa clôture métallique et son sol couvert de gravelle, l’endroit est d’une laideur déplorable.
On est pourtant en plein cœur du centre historique et patrimonial!
Je ne dois pas être la seule à trouver ça embarrassant. Ça fait des années que rien n’a été fait pour embellir un endroit qui fait partie du quotidien de beaucoup de gens. C’est moche pour tout le monde, qu’on soit résidents, patients, travailleurs, hôteliers ou touristes.
On mérite mieux que ça.

La laideur urbaine est un irritant que l’on subit individuellement et qu’on vient à tolérer collectivement. Tant que personne ne chiale assez fort et qu’il n’y a pas de catastrophe, on peut procrastiner activement et pendant longtemps. On le voit souvent dans des cas de protection du patrimoine, de l’environnement ou de l’aménagement urbain. Il faut que le problème devienne une priorité pour qu’on passe en mode solution.

Il existe des moyens originaux d’embellir ces terrains vacants et ces espaces en stand-by, qu’on appelle communément des dents creuses dans le jargon de l’urbanisme. Par soi-même, on peut aussi prendre l’initiative d’intervenir directement sur le terrain afin qu’on lui donne de l’attention et donner une piste de solution.

La ville est à nous

La ville est à nous, alors pourquoi ne pas se réapproprier ces espaces négligés avec originalité et humour? Soyons créatifs et subversifs.

Ma proposition est la suivante : faisons de l’îlot Charlevoix un enclos de flamants roses. Ça ferait un spot tellement « instagrammable »! Ça ne fitte pas du tout dans le décor et c’est parfait! C’est ridicule, absurde, laid, ludique et amusant. Qui sait, cette installation artistique pourrait bien faire rire et sourire les gens. Peut-être même que ça ferait ralentir les voitures, comme ce serait plaisant! Je crois que même avec une centaine de flamants roses en plastique, l’endroit ne peut pas être plus laid qu’il ne l’est déjà.

Êtes-vous game de faire une opération de vandalisme artistique participative pour embellir d’autres espaces urbains aussi moches?

Lettre à Régis Labeaume

Sonia Plourde, Old Duch du Old Queb’ 2011

Allô Régis!

Long time no see. En fait, j’entends pas mal parler de toi, mais moi, je suis plus discrète. Ça fait déjà huit ans que j’ai été duchesse du Vieux-Québec. Il s’est passé pas mal de choses depuis. Laisse-moi te faire un petit résumé.

J’habite encore le Vieux. Ben oui, je tiens à défier les statistiques, c’est mon côté rebelle tranquille : je m’attaque aux chiffres, en silence. Il paraît que c’est dans tes objectifs de ramener les familles dans le Vieux? Tu devrais nous chérir, cher maire, nous, on est restés malgré tout. En presque dix ans dans notre 6 1/2 en plein cœur touristique, on a contre vents et G7 fait pousser des enfants dans la pierre bicentenaire d’un building qui est présentement suspendu entre deux propriétaires, succession oblige. On ne sait pas ce qui va se passer avec ça. Parce qu’il faut que tu saches, Régis, que depuis mon règne, mon proprio, un grand amoureux de la vie et de la ville, qui tenait à son bloc pour se garder amarré à ses origines, est tragiquement mort en s’écrasant avec son avion. Notre logement plein de poils de chat, de petits désagréments et d’amour, tôt ou tard sera vendu, probablement au plus offrant et sans sentiments.

Ramener les familles. Je ne veux pas te faire de peine, Régis, mais c’est mal parti. Sais-tu ce qui s’est passé aussi depuis sept ans? Six lettres, Régis. Devine? Airbnb. Six lettres qui sont en train de gratter ce qu’il reste de cœur et d’âme dans mon quartier pour le recouvrir de photos léchées pour allécher des pigeons voyageurs. Des vies qui ne prendront pas racine dans les parcs autour de chez moi. Des gens qui seront séduits, aimeront, puis iront voir ailleurs. Airbnb, c’est le Tinder de l’habitation.

Pour ramener les familles, il faudrait tordre le bras des promoteurs, qui ont bien compris que deux 3 1/2 ça se vend plus cher qu’un 6 1/2. Il faudrait nous aider à accéder à la propriété, nous, les rêveurs aux limites de la naïveté qui tentent de faire grandir nos enfants dans un coin qui semble, malgré tes beaux discours, les exclure de tous les plans. Le Vieux-Québec et ses Vieux Québécois, en majorité vieux de corps et de cœur, veulent semble-t-il des parcs tranquilles sans jeux, où il ne se passe rien, comme l’ont dit haut et fort plusieurs aigris gris lors d’un certain atelier consultatif sur l’avenir du parc du Corps-de-Garde, qui pourrait pourtant être un lieu de rassemblement entre les générations plutôt qu’un bunker pour se protéger de la vie qui pousse. Faut croire que les quelques jeunes âmes rêveuses de mon beau quartier avaient des berceuses à chanter ce soir-là, car j’étais pas mal la seule à tenir à bout de bras mon espoir de rires tout frais résonnant dans ce lieu inspirant.

Tu ne t’en souviens pas, Régis, mais depuis sept ans, on s’est rencontrés quelques fois : une photo officielle ensemble pour le Projet 100 robes dans Saint-Roch, un soir glacé d’avril, en 2012. Quelques salutations formelles quand je te croise quelque part, ma face anonyme dans le patchwork de ta vie mondaine. Une fois, au Marché de Noël, tu as fait un « pout » sur le nez de mon bébé d’un mois. J’aurais dû te demander s’il y aurait quelque chose pour elle plus tard qui enlacerait la vie quotidienne dans les rues de mon duché, si les pierres que nous habitons exalteraient une autre fierté que celle de leur âge avancé d’ici à ses premiers pas, son entrée à l’école, son premier baiser.

Eh oui, Régis : depuis sept ans, on a créé encore plus de vie. Une fillette de trois ans pétillante, qui est une future duchesse revengeresse à coup sûr, une reine, même. J’en ai même une autre dans le ventre, qui fleurit tranquillement tandis que je marche en mettant toute la foi inutilisée des dizaines de clochers qui dominent mes rues dans la paire de crampons qui essaient de m’empêcher de déraper sur les trottoirs mal déglacés. « On est fous de même », que je réponds chaque fois où devant mon arrondissement (de ventre) on s’exclame « un quatrième? ». Je prends donc encore de l’expansion, et notre 6 1/2 s’agrandit de l’intérieur. On est fous de même.

Le Vieux-Québec, c’est nous. Nous, les humains qui l’habitent toute l’année. Nous les têtus qui s’accrochent malgré tout.

Pense à nous, Régis. Pense à ceux qui veulent encore que le Vieux-Québec ait une âme vivante, qu’il ne devienne pas un Disneyland semi-historique vivotant d’amours éphémères entre deux magasins de bonbons. Pense à nous dans tes plans, chouchoute-nous comme si nous étions les Nordiques, tiens. L’âme de ton aimant à touristes, c’est nous, mon Régis. Sans nous, le lampion coloré perdra de son éclat, peu importe le nombre de kiosques que tu ajouteras au Marché de Noël allemand. Que tu le veuilles ou non, mon chat sur le bord de la fenêtre se fait sans doute autant photographier que bien des plaques historiques. Les dessins d’enfants dans mes vitres font jaillir des sourires authentiques aux passants, et quand pour sortir de chez moi je dois faire déplacer un groupe guidé de devant ma porte, leurs yeux brillent quand ils s’écartent en me saluant. Ça ne vaut pas quelques marchés de Noël, ça?

À la prochaine!

Sonia

Photo : Sonia P.

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