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La revengeance des duchesses

Véro

Elle aimait les pivoines.

Elle nous a accueillis, ma famille et moi, quand nous sommes arrivés les uns après les autres bien remplir notre maison située sur la 3e Avenue Est. Notre voisine était douce comme l’odeur des pivoines qu’elle nous coupait chaque printemps. Elle avait la patience de faire la conversation avec mes grands-parents déracinés. Elle s’assoyait souvent avec eux sur sa balançoire, en buvant un thé, leur expliquant tranquillement le vocabulaire des articles de journaux. Elle leur a inculqué l’importance de bien prononcer l’accent circonflexe inexistant dans « Jâcques », parce que dire « jacques », ça sonne comme «  Jack » dans une bouche hispanophone, et ça, c’est de l’anglais.

Rapidement devenue un membre de la famille, elle participait activement aux anniversaires, renouvellement de vœux de mariage, graduations… elle était toujours présente avec ses boucles châtaines et son sourire généreux. Elle apportait à tous les coups un gâteau renversé aux ananas, avec la texture moelleuse et jamais sèche d’une recette bien cachée. Plus souvent qu’autrement, son gâteau était terminé bien avant le forêt-noire de l’épicerie.

Douce, elle a gardé au salon une rose accrochée derrière la photo de son défunt mari. À l’entendre, il était deux fois plus généreux qu’elle. Vers la fin, elle a choisi de ne pas partager ses jours avec un autre qui lui faisait des avances, parce qu’elle avait eu un seul mari et qu’elle l’aimait toujours. « Les pages de notre amour » n’avaient rien à leur envier, même si on n’a pas eu le privilège de connaître son compagnon. En ce qui concerne ses enfants, son fils, P., est lui aussi devenu un ami cher, un membre du clan et une des nombreuses ancres qui ont facilité notre intégration en sol québécois.

La dernière fois que je lui ai parlé activement, je lui avais amené du pain aux bananes que j’avais fait. Quand je suis repartie, elle m’a dit de remercier ma mère pour la collation que je lui avais apportée. Elle avait l’air fatiguée, avec sa repousse blanche sur son crâne délicat.

Nous aimions ses pivoines, et elle nous manque terriblement.

Je ne peux pas m’empêcher de penser à elle quand j’en vois, depuis.

 

Crédit : Mariana Montoya

Crédit : Mariana Montoya

Comme on regarde les pivoines fleurir et faner,
Je me retire dans une chambre noire
Développer les vieux souvenirs dans le parfum
Des roses qui ne fleuriront plus

Puisse-t-elle encore sous les neiges
Dormir auprès de son roi,
Elle, notre reine de printemps.
Puissent-ils prendre le thé
Au-dessus du Soleil, ensemble,
Pour l’éternité qu’ils ont voulu partager.

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