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La revengeance des duchesses

Vue de même, tour à tour

Saint-Jean-Baptiste, c’est une petite Gaule. Un quartier qui a été déchiré par l’urbanisme du béton goudronné, mais rebâti par le mouvement coopératif. Une enceinte dont le centre est partout, et la circonférence, une autoroute.

Après la pluie, gravure de Bill Vincent,1980, courtoisie de l’artiste

J’y ai mes quartiers. L’édifice de la Banque Nationale me cache le soleil. Le Complexe G me bombarde d’ondes électromagnétiques. Je sais ce qui m’attend. J’habite un ancien bâtiment en face d’un CHSLD. Quand le printemps arrive, j’ouvre les fenêtres et j’entends une vieille crier à la journée longue. D’année en année, ce n’est jamais la même. C’est ma vue bouchée d’en face.

De l’autre côté, j’ai le privilège de la hauteur. Je suis pourtant une duchesse de classe moyenne. Simplement j’habite la Haute-Ville. Je ne suis pas enfermée dans une de tour de verre, je n’ai pas besoin d’être sauvée. Néanmoins je me tiens à l’étage. J’aime voir loin. Je fais le guet.

L’horizon s’étend jusqu’aux montagnes. Je vois l’incinérateur et l’usine qui crache sa fumée jusqu’à Vanier. Au fond, j’aperçois Sainte-Brigitte-de-Laval qui colonise la nuit de lueurs en lumières. À l’avant-plan, il y a les nouveaux voisins de l’îlot Irving. Au dernier étage, ils ont des fenêtres mur-à-mur et un énorme téléviseur qui clignote comme, plus loin, l’écran hystérique du centre Vidétron*. Au second plan, les tours s’imposent : celle « tout en bois » qui a l’air d’un jeu de blocs Lego aux couleurs de la confédération; celle à côté de la bibliothèque qui fait ombre à l’église Saint-Roch; celle de Sherpa, multicolore, qui sera cachée par celles qui s’annoncent, subtilement, sur la rue Saint-Vallier. Les bâtiments érectiles strient le paysage. La Ville me dévisage.

Je vois encore les terres des Sœurs de la Charité. Un îlot de lumière. Je me dis tous les jours qu’un nouveau quartier couvrant cet endroit, ça serait la mort. J’en ai fait une chanson. Rendez-vous à un prochain post.

Courtoisie de Hélène de Saint-Jambe, dessin-collage d’après un plan de Marc Boutin sur la place de l’automobile dans le faubourg Saint-Jean-Baptiste

* Pas besoin du « o » au centre, la construction est elle-même un trou au milieu du paysage et des poches des contribuables : « Vidétron », puisque ça a l’air d’un immense bol de toilette.

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