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La revengeance des duchesses

Wartin Pantois : le Banksy de Saint-Roch

Coin Charest-Dorchester, un matin d’août, la température est clémente. Fidèle à votre habitude, vous traversez diagonalement l’intersection – un thermos de café à la main. Au coin de la rue, près de l’édifice de la Fabrique, quelques piétons ont les yeux rivés au sol; ils observent cette silhouette en craie blanche qui n’était pas là la veille. C’est votre premier contact avec le mystérieux Wartin Pantois. Vous manquez votre autobus…

Frappe la mort, Peinture aérosol sur asphalte, Saint-Roch, 2016, Wartin Pantois

Frappe la mort, peinture aérosol sur asphalte, Saint-Roch, 2016
Wartin Pantois

Ces interventions que vous avez croisées en déambulant…

Un sentiment d’indignation, d’injustice : c’est ce qui meut Wartin Pantois lorsqu’il conçoit ses fameuses interventions dans la Basse-Ville de Québec. Résidents de mon duché, vous connaissez probablement l’artiste pour ces silhouettes blanches au sol apparues l’été dernier aux endroits où il y eut des décès dans les rues de Saint-Roch. Par cette intervention artistique , Pantois souhaitait inciter les automobilistes du quartier à faire attention aux piétons et aux cyclistes. Le projet Frappe la mort fut qualifié de « coup d’éclat artistique » par une journaliste du Soleil. Parmi les interventions récentes de Pantois, adorables sujets de la Basse-Ville, vous avez probablement remarqué les sans-abris dormant à la place de l’Université; les expulsés sur la rue Christophe-Colomb Est et les clins d’œil à Dialogue avec l’histoire à l’îlot Fleurie (voir les photos ci-bas). En 2014, l’artiste avait également décoré quelques bâtiments de Saint-Roch de photos d’habitants du quartier afin de sensibiliser la population et la Ville à l’abandon des immeubles. L’art de rue est d’ailleurs bien souvent éphémère : point de gardiens de musée pour surveiller les œuvres! L’intervention de Pantois au coin Saint-Joseph et Monseigneur-Gauvreau n’existe plus puisque qu’entre temps, le bâtiment fut rénové et transformé en bar à champagne (#lol).

Le Banksy de Québec?

Un peu comme le célèbre artiste britannique Banksy, Wartin Pantois désire garder l’anonymat en se cachant sous un pseudonyme. Je ne suis certes pas la première à dresser un parallèle entre sa pratique et celle de Banksy; l’artiste trouve d’ailleurs la comparaison très flatteuse! Précisons cependant que contrairement à Banksy, les interventions artistiques de Pantois sont intrinsèquement in situ, c’est-à-dire conçues pour un lieu précis.

De son propre aveu, Wartin Pantois fait un art « populaire », c’est à dire accessible à tous. Chez l’artiste, il n’existe point de distinction entre le high-art et low art; il se plaît d’ailleurs à mélanger les genres. Avec Sans-abris, Pantois s’est amusé à coller des feuilles dorées sur ses personnages pour « questionner la valeur que l’on attribue aux gens et aux choses ». 

Cette planche de Calvin & Hobbes représente bien ce débat stérile!

Cette planche de Calvin & Hobbes représente bien ce débat stérile!

Quelques citations visuelles

Certes, l’artiste se plait à glisser des références à l’histoire de l’art çà et là dans ses œuvres, mais celles-ci ne doivent pas occulter le message derrière ses interventions. En d’autres mots, elles doivent être comprises d’un seul coup d’œil par tous et toutes!

Votre duchesse formée en histoire de l’art s’est tout de même plu à déceler quelques citations… Hommage à Jean-Pierre Raynaud, par exemple, fait référence à la défunte œuvre Dialogue avec l’histoire (le fameux cube blanc de la place de Paris), dont la destruction en 2015 avait, avec raison, semé la controverse dans le milieu artistique de Québec. Pantois cite également souvent l’un de mes artistes préférés : Keith Haring. Les silhouettes caractéristiques de l’œuvre de Haring entourées par des sortes d’exclamations se retrouvent citées dans Hommage à Jean-Pierre Raynaud et Frappe la mort (ouvrez l’œil, chers sujets!). Pour finir, Expulsés est plus qu’une citation visuelle puisque ce collage reprend directement Expulsions, une œuvre de l’artiste niçois Ernest Pignon-Ernest, précurseur du street art.

De jour ou de nuit?

En terminant l’entretien, je demande à Wartin s’il prépare ses interventions de nuit. J’ai déjà eu un colocataire artiste qui partait la nuit avec son skate, dessiner sur les murs des bas quartiers. J’entretiens sans doute une vision romantique du graffiteur! Au contraire, dit-il, Wartin pose ses interventions à l’aube, vers 4 heures du matin, juste avant que la ville ne s’éveille et grouille de monde. Présenter des réalités qui existent mais que l’on a tendance à occulter, éveiller les consciences, voilà la démarche de Wartin Pantois. Pensez-y, la prochaine fois que vous croisez l’une de ses œuvres dans le quartier, et ce, avant même  d’avoir pris votre premier café!

Wartin Pantois est en résidence au Cercle pendant le mois de février. Il présentera prochainement Horizons, son nouveau projet, le jeudi 2 mars en formule 5 à 7 au sous-sol du Cercle. Ce sera l’occasion pour l’artiste de travailler en intérieur et de faire des collages plus élaborés. Ses nouvelles interventions porteront sur les femmes, la nordicité, les Premières Nations et l’inquiétante étrangeté; on veut déjà en savoir plus! Vous trouverez le lien vers l’événement Facebook ici. Merci l’ami de m’avoir accordé le dernier entretien du blogue!

Horizons, Wartin Pantois, 2017

Horizons, Wartin Pantois, 2017

 

 

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